Bus, taxis et tricycles à Bobo Dioulasso: Guerre froide pour le contrôle de la clientèle

Les tricycles ont le vent en poupe à Bobo-Dioulasso. Plusieurs habitants de la capitale économique du Burkina Faso s’attachent les services des conducteurs de tricycles pour convoyer leurs marchandises, leurs biens et surtout lors des déménagements. A Bobo-Dioulasso, les tricycles transportent les passagers et leurs bagages. Cette percée des taxi-mot s’est faite au grand dam des taximen traditionnels qui voient leurs affaires péricliter. Quant au bus, le dernier arrivé dans le transport urbain bobolais, il a du mal à trouver son chemin. Entre taximen, conducteurs de tricycles et conducteurs de bus la concurrence est farouche et les conducteurs se regardent en chiens de faïence. La police qui jouent les arbitres procède souvent à des arrestations et de mise en fourrière des tricycles transportant des passagers. Nous vous amenons faire un tour dans le milieu du transport urbain à Bobo.
Ce mardi 7 août 2018, le soleil vient de s’éclipser et le crépuscule s’installe dans la ville de Sya. Les travailleurs du grand marché de Bobo-Dioulasso cherchent à regagner leur domicile après une journée bien remplie. Devant le marché, quelques taxis sont stationnés. Certains ont arrêté leur moteur, d’autres ont laissé les leurs en marche. Juste à côté des taxis, une longue file de tricycles. Ils attendent aussi des clients, la même clientèle que guettent les taximen. Chaque conducteur précise sa destination. « Le 24, c’est ici. Si c’est le secteur 24, venez monter. On s’en va », entend-on de part et d’autres. « Bobo 2010 ! Venez, il y a toujours de la place. Secteur 10, c’est ici », relance un autre conducteur de tricycle qui est descendu de son siège pour mieux démarcher la clientèle. Ces conducteurs de tricycles sont plus actifs que les taximen qui restent terrés dans leur cabine. Petit à petit, chaque tricycle commence à avoir des occupants. Ces tricycles ne transportent pas seulement des marchandises. Ils prennent aussi des passagers au même titre que les taxis et les bus. Les tricycles, dans la soirée entre 17h30 et 18h, font de bonnes affaires. Ils font le plein de marchandises et de passagers. Si certains conducteurs de tricycles prennent exceptionnellement des passagers, d’autres par contre ont fait du transport mixte une activité en permanence. Les premiers transportent en priorité les marchandises. C’est occasionnellement qu’ils offrent leurs services aux passagers « les matins quand ils partent en ville et les soirs quand ils retournent au quartier ». Pour ces derniers, ils aident les piétons. « Au lieu de laisser les gens marcher jusqu’au quartier, nous les prenons moyennant la modique somme de 100 francs. Si c’est le taxi qu’ils vont prendre, ils vont trainer là-bas et ils vont payer entre 300 et 500 francs », relate un conducteur de tricycle. C’est pour toutes ces raisons que les Bobolais moyens se sont tournés vers les tricycles. Depuis lors, les tricycles encore appelés taxi-moto ou taxi-bagages ne désemplissent pas. Ils écument les profondeurs de Bobo-Dioulasso au grand bonheur des populations qui arrivent facilement convoyer leurs marchandises et se faire transporter à un prix acceptable. Awa Coulibaly est commerçante de légumes au grand marché de Bobo-Dioulasso. Elle habite le quartier Colma de la ville. En cette soirée pluvieuse du 7 août 2018, elle est à la recherche d’une occasion pour rejoindre les siens. Postée au bord de la voie avec un sac de marchandises à moitié plein, elle n’attend qu’un tricycle pour la conduire à sa destination. Comme si le conducteur était informé à l’avance, une fois parvenue au niveau de la dame, il serre sur son coté et marque l’arrêt. Awa jette son sac à l’intérieur et embarque sportivement à l’arrière. C’est la 8ème passagère dans le tricycle. Ce qui était comme un jeu pour nous au début de l’exercice commençait à devenir sérieux. Le chauffeur s’arrête à nouveau et nous donna des instructions sur comment se tenir dans « le véhicule pour que ça ne pèse pas sur un côté ». Et c’est fait. Le tricycle reprend surement son chemin. A l’approche du Commissariat de police de Dô, certains passagers émettent l’idée de changer de trajet pour ne pas tomber dans la nasse des policiers. « Changeons de voie. Le commissariat est proche » suggère un passager à bord. « Une fois, on rentrait à bord d’un tricycle et les policiers, nous ont fait descendre et ont conduit le tricycle en fourrière » avertit-t-il. Refus catégorique du conducteur qui rétorque : « Quels policiers ? Nous allons passer devant le commissariat. Si tu as peur, il faut descendre. Parce que je n’aime pas qu’on m’emmerde ce soir. Si les policiers retirent ma moto, je vais chercher une autre. Nous allons continuer à transporter nos clients et leurs bagages pour nous nourrir ». Nous y sommes. Et rien n’y fit comme l’avait prédit le conducteur bien à l’aise en Mooré et très approximatif dans le Dioula. A Bobo-Dioulasso, les populations ont adopté les tricycles qui ont intégré leurs us et coutumes. Les grands oubliés, ce sont les taximen qui broient du noir. Pas de clients. « Aujourd’hui, à Bobo, on ne peut pas conduire taxi et avoir 5000 francs par jour. C’est difficile. Souvent, pour avoir 3000 francs, c’est compliquer. Donc je ne sors pas tous les jours. Le problème, c’est que tout le monde transporte des passagers. Tricycles comme bus. Les rares clients que nous avons se plaignent. Ils trouvent que nos tarifs sont chers », confie un conducteur de taxi. « Ce n’est pas la faute des conducteurs de tricycles. Le problème, ce sont ceux qui acceptent monter dans les tricycles malgré les risques. Certains prennent jusqu’à 15 personnes souvent. Plusieurs fois, ils tombent et créent des accidents », explique froidement un autre taximan. Trajet Farakan-Yegueré-Colma par tricycle. C’est 100 francs CFA. Les tricycles refusent souvent du monde alors que les taximen roulent à vide. Ils ont ravi la vedette et la clientèle aux taxis ou au bus. Si les taximen ont encore un peu de chance, les conducteurs de tricycle n’ont rien laissé au bus. Les conducteurs de bus arpentent les grands axes routiers de la capitale économique et peinent pour avoir dix 10 occupants. « Il n’y avait pas de bus à Bobo comme cela. C’est les étudiants, comme le nombre est devenu un peu trop, c’est là qu’ils ont envoyé les bus », confie un jeune commerçant de Farakan. Avec les vacances qui se sont installées à l’Université, c’est encore plus difficile pour le bus. Les autres passagers disent souvent emprunter le bus mais dénoncent un emplacement quelque peu hasardeux des arrêts. A cela, s’ajoute les retards. « Ce sont ceux qui n’ont rien à faire qui peuvent perdre leur temps à attendre un bus. Tu peux passer toute la journée là-bas à attendre. Tu risques de vieillir ou périr à l’arrêt », estime un conducteur de tricycle qui accuse les autorités de vouloir faire la part belle aux taxis et aux bus à leur détriment. « Les autorités nous traquent. Ils retirent nos motos. Nous ne sommes pas d’accord. Ce que nous voulons, c’est qu’on laisse chacun avec ses clients », conclue un chauffeur de tricycle.

Idriss K. Ouédraogo
De retour de Bobo-Dioulasso

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