Chronique de Mutant : Facebook notre fast-food

Quand l’heure de l’euphorie des réseaux sociaux va passer-et elle passera parce la nouveauté de la chose aujourd’hui justifie en bonne partie l’enthousiasme démesuré de ses utilisateurs-, les gens reviendront à la raison des médias (traditionnels).

Informer est avant tout une science, une technique et enfin un art. Dans une tribune du doyen sénégalais Hamadou Tiadiane Sy qui annonçait son “déport” des réseaux sociaux, j’avais noté un passage que je tiens pour vérité. Il disait ceci “Les réseaux sociaux sont à la Presse ce que le fast-food est à la gastronomie“. Il avait fait cette déclaration sans commentaire. Je me permets un commentaire. Nous connaissons tous le fast-food et autres mets froids. Presque tous autant que nous sommes, nous consommons ces aliments et dans certaines situations c’est même indispensable voire vital ces fast-foods. Tant que c’est une fois en passant, ces mets à la « va vite » nous sont très utiles. Mais parmi nous, qui ne vit que de fast-food, ou de mets froids?

Et pourtant de plus en plus, c’est en tout cas mon impression, beaucoup de gens, des Burkinabè pour ne pas aller chercher loin, ne vivent que des réseaux sociaux. Ils n’ont pour source d’information que les réseaux sociaux dont Facebook en particulier. De consommateurs d’informations certains sont passés à producteurs d’info pour ne pas dire fabricants ou simplement inventeurs d’informations. Les mêmes là annoncent la mort de la presse (traditionnelle) s’ils ne l’ont pas déjà enterrée. Parce qu’il y a Facebook, la presse (professionnelle) perd sa place dans nos habitudes au point de perdre son sens. ERREUR! Tous ceux qui soutiennent de telles thèses et travaillent dans cet esprit ignorent le précipice dans lequel ils poussent la société de l’information et le monde tout simplement. Les réseaux sociaux sont indispensables (c’est le cas du fast-food) mais ils ne remplacent pas la Presse.

Il n’y point (de mandat) d’information sans responsabilité. C’est ce qu’on dit aux journalistes partout, à l’école, dans les rédactions, même devant les tribunaux de jugement. Responsabilité ou irresponsabilité (“aresponsabilité”), c’est l’un des reproches faciles que tout quidam fait au journaliste et à toute la corporation. Quand un journaliste déraille (ça ne manque pas et ça ne manquera pas malheureusement) il est vite traité de journaleux. Mais qu’en est-il des illustres informateurs de Facebook? Quid de leur code d’éthique et de déontologie? Leur école? Qui est leur régulateur? Et leur responsabilité dans tout ça?

Les fake news pour ne pas dire Fake book et autres bavures (intentionnelles ou non) sont légions sur les réseaux sociaux. Facebook sinon des facebookers vont s’auto-dissoudre. Il appartient à la Presse de savoir rester de ZEN. Mais la presse n’échappera au péril des réseaux sociaux que si et seulement si les professionnels de la presse traditionnelle restent sur leur ligne (de garde) en faisant honneur à leurs principes édictés par la Charte d’éthique et de déontologie du métier. Il faut regretter que pour l’heure ce ne soit pas encore tout à fait le cas. Ce n’est plus le scoop (au sens noble de l’expression) si cher au journaliste qui nous “aveugle” mais la recherche d’une popularité populiste qui mesure au nombre de « likes ». Quant aux “activistes” ou ceux qui se prennent comme tels (il faut remarquer qu’ils ont assassiné le terme), ça leur passera. Après avoir amassé des likes il ne nous restera que des loques…de crédibilité.

Boukari Ouoba

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