Les classiques de la musique traditionnelle Burkinabè à revisiter

On ne réinvente pas la roue dit-on. Un trésor est entre les mains des musiciens Burkinabè : le riche patrimoine culturel et les œuvres que les devanciers ont déposé pour la postérité. Y puiser donnera davantage de la valeur à la culture.

Seydou Richard Traoré , président directeur général de Seydoni production disait lors d’une émission à Radio Burkina que dans les conservatoires en occident, on apprend la musique avec du classique ancien. La Haute-Volta a connu des talents dans la musique moderne malgré l’absence de promotion de leurs œuvres à l’international. Il en est de même des chansonniers traditionnels. Après l’avènement de la Radio, les premiers responsables de cet outil de communication ont enregistré des cantatrices et des chansonniers de toutes les parties du pays. Leurs productions ont rythmé les programmes de la Radio. Certaines chansons si elles se jouaient suscitaient des interrogations. Elles  étaient sollicitées à des occasions solennelles où quand le pays traversait une crise grave qui nécessitait la livraison aux auditeurs des décisions exceptionnelles de l’Etat. Dans le lot des musiciens traditionnels qui ont tenu en haleine les auditeurs de la Radio à travers le pays et qui étaient aussi écoutés par le truchement des cassettes des magnétophones, figure le violoniste malvoyant de Barma, Mathias Kaboré. Barma est situé à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou et le virtuose du violon venait de cette localité. Il jouait à merveille cet instrument mais était également un compositeur prolixe. Sa spécialité était la satire dans la chanson. « Bii saand Koaga » l’enfant fait la diarrhée, « Blandine Rika Mouka » Blandine a engagé un sourd muet, est un infime échantillon de ses chansons satiriques qui font marrer tout le long du morceau. Pour donner une idée du contenu de ses chansons aux lecteurs, pour les morephones écoutez « Bii Saand Koaga ». C’est une dame mère d’un bébé de quelques mois qui rejoint son amant. Pendant son séjour amoureux chez son bien aimé, elle est bien choyée. Chaque jour, ses  mets sont riches et variés en ingrédients. Les sauces bien corsées de la viande des gallinacées mais la pauvre oublie que cet égard n’est pas fait sans contrepartie une fois la nuit tombée. Imprudente, elle pique une autre grossesse pendant que le bébé allaite toujours. Ce qui provoque la diarrhée chez le tout petit. La manière dont l’histoire est contée dans la chanson laisse l’auditeur dans l’hilarité. Malheureusement le jeune violoniste de Barma n’aura pas longue vie. Il décède à 25 ans, laissant une œuvre immense. Ses chansons sont peu connues de la jeune génération.

Yongo, le violoniste du roi

Yongo était cet autre musicien du roi. Il chantait les louanges de Naaba Kougri. « Naaba Wa Yi » qui veut dire roi sort, évoque le vécu quotidien chez le Moogho-Naaba qui chaque matin à la levée du soleil apparait pour profiter des premiers rayons du soleil. La symbolique est que le Roi de Ouagadougou est le roi soleil. Yongo c’était le violon « Rudga » et le  « Kéma » un instrument en fer qui se joue à la main. Dans le même registre, on peut citer Gomkoudgou qui était aussi le violoniste de Naaba Kougri. Souvent, ces musiciens servent plusieurs rois. Avec la modernité qui impliquait beaucoup de changement, il avait fini par ne plus jouer le violon et s’est converti à islam et a fait le pèlerinage de la Mecque. Comme seconde activité, l’instrumentiste musicien du roi était couturier. Dans la Haute-Volta d’une décennie après les indépendances formelles, il y avait un duo musicien de langue peule. Toufado Gadiaga et Imata Pathé meublaient le temps d’antenne des émissions en fulfuldé de l’animateur Amidou Cissé. Un homme de radio qui a servi pendant longtemps à radio Haute-Volta et plus tard à radio Burkina. Ce duo de musiciens étaient connus  de toutes les parties du Burkina Faso parce qu’ils étaient sollicités par les fulaphones dans les différentes activités ludiques. Dans les marchés de l’intérieur du pays, les sons de leurs musiques étaient distillés par les magnétophones que les jeunes de la communauté fulbé portaient en bandoulière pour la parade au marché. La Radio doit ses génériques des années 1970 à 1980 à Palé Nani. Quand la radio s’interrompait le matin à 8 heures avant qu’elle cesse d’émettre, c’est le balafon de Palé Nani qui résonnait. Il en était de même pour l’interruption des émissions à 14 heures et la clôture des programmes de la radio à 00 heure. Lors de la soutenance en Master en Sociologie sur l’initiation au Djôrô dans la région du Sud-Ouest de l’étudiant Da Sié de Bindouté, il a fait jouer Palé Nani pendant son exposé. Le Théâtre Populaire de Gaoua porte son nom. Dans l’infime lot des musiciens traditionnels choisis pour illustrer l’immense apport à la musique figure Aladary Dembelé. Il est à l’image de Mathias Kaboré et faisait aussi dans la satire. Il était le Zao (du nom du musicien congolais qui a chanté ancien combattant) du Burkina pour sa chanson en rapport avec la formation militaire. Malheureusement lui aussi décède au moment où les mélomanes avaient commencé à s’intéresser à ses œuvres. Celui qui essaie d’intégrer le violon (Rudga) dans la musique moderne, c’est l’artiste Nouss Nabil. Il dit s’être consacré à l’apprentissage  de cet instrument pendant un long moment. Dans la même lignée le rapeur Burkinabè Smockey a fait appel à un violoniste de Koudougou, Sibi Zongo pour un featuring dont les titres suscitent de l’engouement dans les boîtes de nuit. Avec le même Smockey le vieux du Bissakou, Biri est aujourd’hui connu au-delà du Burkina Faso. Ce trésor de la musique traditionnelle déposé par plusieurs chansonniers doit inspirer les jeunes musiciens qui font dans le tradi-moderne. Le matériau est disponible. Un projet du genre Burkina Gigamix de Djiga Boureima est aussi envisageable. Sélectionner des chansons des chansonniers traditionnels d’alors et les mettre au goût du jour. L’illustration a été faite par le jeune artiste Gildas à travers le morceau  « Nam Sin jiini » du griot Guofo de Manéga. Un coffret peut être  dédié à ces musiciens traditionnels et  donner également  l’occasion aux amoureux de ce genre musical de pouvoir se procurer d’un support qui puisse les permettre un confort d’écoute. Le chantier de la musique Burkinabè est vaste mais les artistes feront œuvre utiles, s’ils re- convoquent les merveilles du passé.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

Savane FM et Salankolonto deux radios qui replongent les auditeurs dans le passé

Ces deux radios FM au milieu de la nuit et souvent à l’aube, transportent les auditeurs dans les premières années des indépendances ou dans les décennies qui ont suivi. Les œuvres des deux humoristes de Larlé Naaba, Pivot et bougssaguilga sont diffusées pour le bonheur des auditeurs. Tofado Gadiaga, Imata Pathé, Mathias Kaboré, Yamdaré, Yongo, Koamba Lankoandé qui a une ruche de miel dans la voix et bien d’autres chansonniers et cantatrices sont joués pour le plaisir des oreilles. Ce sont les radios qui ont de la mémoire. A Savane FM particulièrement, une émission est consacrée aux musiciens traditionnels qui vivent mais qui ont disparu de la scène. Par El Hadj Leb-Yiri Sawadogo, les auditeurs d’un certain âge redécouvrent les artistes de leurs tendres enfances ou de leurs primes jeunesses par cette émission qui ramène en surface ces artistes. Dominique Sawadogo qui est un chansonnier de renom de l’époque et qui semble avoir dit adieu à la musique a eu l’opportunité d’être reçu par Leb Yiri. Par ce passage, on a su que l’artiste vit toujours et se dit capable d’émerveiller une salle de spectacle lors d’un concert. Faire un retour dans le passé par la radio, serait faire œuvre utile, car l’avenir sort du passé.

MNZ  

La mémoire du pays doit être entretenue

Le journaliste, sociologue Da Sié De Bindouté avait émis une critique dans la presse sur l’entretien des archives au Burkina Faso. L’article a été illustré par des supports audio qui trainaient sur un tas d’immondice. De plus en plus pour réaliser un documentaire sur un passé récent du pays dans tous les domaines, il faut compter avec les archives de l’extérieur ou les archives privées des gens  avertis de l’importance de la mémoire. L’Etat ne semble pas en faire un souci. Les efforts doivent être faits pour numériser les musiques, les discours et les émissions qui sont sur des bandes  de Nagra. Une échéance et les moyens doivent être mis à la disposition des techniciens de la radio pour sauver ce travail antérieur mais qui est toujours utile pour le pays. Ayons le sens de l’accumulation. Les nations se bâtissent  en se fondant sur les expériences antérieures.

MNZ

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