Clément P. Sawadogo, ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale: Le fonctionnaire burkinabè n’a pas de raisons pour être plus mécontent qu’avant »

L’année 2017 a été l’une des plus mouvementées dans l’administration publique burkinabè.  Les mouvements de grève ont sérieusement secoué les autorités et bloqué le fonctionnement normal des services de l’administration. Presque tous les ministères ont observé des mouvements de protestation.  Le ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale, Clément P. Sawadogo, dans cette interview donne sa lecture de la situation.

De juin 2016 à aout 2017, nous avons relevé plus d’une vingtaine de mouvements de grèves des agents de la fonction publique. Ces travailleurs ont observé des sit-in, des marches. Et mieux, même ceux qui n’étaient pas coutumiers aux grèves, ont emboité le pas. Comment expliquez-vous ce bouillonnement au niveau des syndicats de la fonction publique ?

Je pense qu’il faut l’appréhender la question du front social sous plusieurs directions. D’abord, le contexte. N’oublions pas que nous sommes venus d’une insurrection populaire qui a libéré la parole de tout le monde. Par conséquent, les citoyens s’expriment librement que ce soit dans la presse mais aussi dans la rue. Dans tous les milieux, il y a la liberté d’expression, dont d’aucuns pensent qu’elle est un peu excessive. Par moment, on tend un peu vers l’anarchie. Mais quelque part, il faut admettre qu’après l’insurrection populaire, personne ne comprendrait qu’il y ait une action visant à restreindre les libertés individuelles et collectives des citoyens. Donc l’incivisme que nous constatons çà et là a aussi son prolongement dans tous les secteurs de la vie sociale. En particulier, en ce qui concerne le mouvement syndical, il y a certainement des préoccupations légitimes des travailleurs qui sont portées par ce mouvement. Mais il y a certainement aussi une part qui est imputable à cet élan d’excès de liberté, de tendance à réagir de façon tout azimut au niveau de la société. Je pense qu’il faut mettre bout à bout toutes ces questions-là. A côté de cela, il ne faut pas oublier qu’il y avait beaucoup d’insatisfactions dans la gestion du régime précédent en raison du fait que beaucoup de questions, de préoccupations n’avaient pas pu être cernées. Donc les gens s’attendent à ce que du coup, on trouve une solution à tout. Ça aussi, c’est une réaction normale de la société dans un contexte précis. Sinon, je vous dis, aujourd’hui, le fonctionnaire burkinabè n’a pas de raisons vraiment de fond pour être plus mécontent qu’avant. Pourquoi ? Parce qu’après les reversements dans la Loi 081, beaucoup de fonctionnaires en faisant le point de leur rémunération ont pratiquement doublé leur salaire, si on considère leur salaire dans les années 2010 en venant. C’est quand même important dans un pays comme le Burkina Faso. C’est un fait indéniable. Et beaucoup de fonctionnaires sont honnêtes pour le reconnaitre. Ce n’est donc pas en ce moment-là, que l’on trouve qu’il est normal de multiplier les actions de revendications au risque de bloquer l’évolution de toute la société. Or c’est ce qu’on constate. Ce qui m’amène à dire qu’il faut aussi chercher les raisons dans d’autres directions. Et, il faut être honnête et le reconnaitre.

Par rapport à la loi 081-2015/CNT, on avait pensé que les problèmes allaient être résolus mais ce n’est pas le cas. Le Syndicat des travailleurs de l’action sociale, par exemple, qui a annoncé une grève évoque un statut particulier qui a été adopté dont l’application tarde à venir. Qu’en dites-vous ?

A l’action sociale, il n’y a pas de corps particulier là-bas. Ils ont le même statut que tout le monde. Tout le monde est dans la même enseigne. Les travailleurs de l’action sociale répondent du statut général de la fonction publique. Je ne sais pas quelle situation particulière y a-t-il  là-bas  pour qu’il ait ce mouvement sans cesse. Mais je pense que toutes les grèves n’ont pas pour motivations les problèmes salariaux. Peut-être qu’il y a d’autres types de problèmes à leur niveau. Je n’en sais rien.

Les négociations entamées avec leur ministre de tutelle ont été infructueuses. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de rentrée au niveau des Centres d’éducation non formelle.  On ne connait toujours pas le statut des enseignants qui interviennent dans ces centres. Le syndicat estime que le protocole d’accord signé en 2012 n’a pas été respecté. Qu’est-ce qui se passe à ce niveau ?

En 2012 ? Ça, je n’ai pas fait le point de cette question. Mais il y a un certain nombre de points qui ont été soulevés comme celui qui a trait aux personnels des garderies populaires. Ce sont des questions qui ne sont pas délaissées mais dont les solutions ne sont pas évidentes. Il faut chercher des solutions. Le problème du personnel des garderies populaires date de près de 40 ans. C’était sous la révolution que le problème est né. Il y a eu un recrutement de ces personnels dans des conditions particulières. Près de 40 ans après, on veut que de manière rétroactive, on régularise systématiquement sur toute la période. Le gouvernement n’a pas dit non, mais sachant que ce n’est pas un dossier facile à régler, il doit se donner quand même le temps de réfléchir pour chercher des solutions.  Ce ne sont pas tous les problèmes qui se règlent aussi à la hâte, dans l’urgence. Or certains syndicats veulent que dès qu’une plateforme est déposée, le lendemain, le gouvernement donne les réponses. C’est facile de fabriquer une plateforme mais ce n’est pas facile de donner des réponses. Il faut regarder toutes les implications.  Si la réponse implique qu’on trouve des ressources, on trouve ces ressources où ? Il faut les trouver quelque part. Ce n’est pas à bras raccourci qu’on distribue des solutions. J’entends, je lis que les gouvernants doivent tenir leur promesse. Souvent ils parlent de promesse. On ne sait pas de quelle promesse il s’agit.

Justement les syndicats disent qu’il y a des protocoles d’accord qui sont signés mais le gouvernement traine les pieds quant à l’application. Pourquoi les protocoles d’accord sont rangés aux orties ?

2. « Il se trouve qu’ici, des gens montent des stratégies de fer et de feu, arrachent au gouvernement des acquis dans la douleur »

Mais c’est normal que le gouvernement traine les pieds. Les solutions ne tombent pas du ciel. Il faut chercher les solutions et si vous ne les avez pas trouvés ? Il faut revenir aux conditions dans lesquelles certains protocoles d’accords sont signés. Parce qu’on vous met la pression à l’extrême.  Alors pour sauver la situation, vous êtes obligés de lâcher du lest. Mais après, il y a la mise en œuvre. Il faut que nos partenaires sociaux, les syndicats comprennent qu’ils n’ont aucun intérêt à forcer le gouvernement à décider sous la contrainte. Parce qu’en décidant sous la contrainte, il y a deux inconvénients majeurs. Le premier est de déséquilibrer le tissu social, puisque vous avez un moyen de pression tellement lourd que le gouvernement a été obligé de vous satisfaire. Et cela va allumer d’autres fronts. Puisque les autres vont estimer que le gouvernement en vous donnant satisfaction a déséquilibré l’harmonie sociale entre eux et vous. La deuxième conséquence, c’est justement que le gouvernement soit obligé au temps précis de trouver une réponse au risque d’être dans la difficulté sinon dans l’impossibilité d’exécuter. Je dis donc qu’il ne sert à rien de forcer le gouvernement quelque fois. Si vraiment le gouvernement a fait un examen sérieux de la plateforme, de la revendication, vous a donné une réponse dans laquelle il y a eu une petite avancée, c’est bon à prendre. Parce que l’histoire ne règle pas toutes les questions en un seul moment.  Or, là vous voyez des gens qui tirent à boulets rouges ignorant qu’en réalité c’est un simple jeu d’écriture. Quand on dit le gouvernement, c’est qui ?  Ce sont les ressources de tous les Burkinabè qu’on réallouent.  C’est-à-dire que pour pouvoir vous donner satisfaction, le gouvernement est obligé de supprimer des postes qui allaient profiter à d’autres citoyens. Cela donne à réfléchir. Est-ce que dans la fonction publique, la revendication sociale doit vraiment être traitée de la même manière. Franchement, moi je vous assure qu’en tant que ministre en charge du travail, je réfléchis beaucoup sur le sujet.  Et j’ai comme l’impression qu’en assimilant un gouvernement à un peu comme un capitaliste qui gère une entreprise, il y a quand même une erreur de fond dans la manière de voir les choses.

Les syndicats disent que vous avez trouvé une stratégie de les opposer aux populations. Or toutes les revendications ne sont pas financières.  C’est bien cela ? 

Ce sont des choses qu’on raconte. Mais personne de sérieux ne peut dire des choses pareils.  J’ai vu toutes ces plateformes défilées devant moi. Les gens maquillent les plateformes, mais leurs vraies revendications sont financières. J’ai déjà entendu le Secrétaire général de la CGT-B dire devant le premier ministre que toutes les revendications ne sont pas financières. C’est vrai ce qu’il dit mais je lui réponds que les revendications à problèmes sont des revendications financières.  Tout cela, c’est des maquillages. C’est la petite bourgeoisie qui lutte pour s’imposer aux autres couches de la société, pour se partager l’essentiel du budget national. Et ce n’est pas bon. Si on va continuer sur cette voie, on risque de mettre le pays à feu et à sac. Et ce qu’on croit même avoir, finalement, on n’aura rien. Parce que le jour où le gouvernement lui-même se trouvera en cessation de paiement, c’est fini. Ni indemnité, ni salaire, ni rien. Ce n’est pas une hypothèse d’école puisque d’autres pays ont vécu ces mêmes situations.

La plupart des revendications tiennent aux manques d’infrastructures, d’équipements. C’est le cas du SYNTSHA qui dit qu’on peut trouver dans une salle de consultation par exemple cinq agents. Ce qui cause, entre autres, des problèmes d’efficacité dans les services de santé. Les travailleurs du MENA disent qu’il n’y a pas assez d’écoles et d’enseignants. Tous ces éléments font partie, quand même, des revendications non salariales 

Les syndicats ne peuvent pas s’approprier ces revendications-là. Ce sont des questions connues par toute la société. C’est le niveau d’évolution de ce pays qui fait que beaucoup de questions ne peuvent pas aujourd’hui trouver des solutions. Même dans ce cas, soyons honnêtes et commençons par accepter le peu de salaire pour que l’essentiel des ressources de l’Etat aillent vers les plus pauvres. Malheureusement, ceux qui disent que les salles ne sont pas équipées, qu’il y a des écoles sous paillote et qu’il faut les remplacer ne se gênent pas que 50% des ressources engrangées aille dans les poches des fonctionnaires. Ce qui est complétement inédit. Dans la sous-région, nous sommes le seul pays qui a atteint ce ratio. Pendant ce temps les gens continuent à envoyer des plateformes revendicatives. Il y a quand même quelque chose qui ne va pas.  Il faut être honnête avec soi-même. Aujourd’hui notre effort principal doit aller en direction de la population, la grande majorité de la population qui est vraiment la moins favorisée. Quoi qu’on dise les fonctionnaires sont tous dans les 10 à 15% des favorisés du pays. Alors partant de postulat, il faut du même coup renoncer à forcer l’Etat à multiplier des rémunérations et à créer des indemnités de toutes natures. Il y a une contradiction quelque part. Évidemment certains rétorquent que la situation économique du pays est la conséquence de l’impérialisme ou le néo-colonialisme.

Pour le syndicat des impôts, il y a de l’argent dans ce pays. Mais le problème est qu’il y a des entraves à la mobilisation. Comment des techniciens trouvent qu’il y a de l’argent mais le gouvernement se réfugie toujours derrière le manque de moyens pour ne pas traiter les revendications ?

Je défie le secrétaire général du syndicat des impôts de me trouver des exemples où le pouvoir actuel issu de l’insurrection populaire a protégé quelqu’un, qui doit au fisc pour qu’il ne paie pas les impôts. On sait que dans un pays donné, le niveau de l’activité économique peut permettre de prélever un niveau de ressources fiscales. Il faut l’avouer. Théoriquement, on s’imagine qu’on doit pouvoir prélever mille milliards, on n’a prélevé que 800 milliards. Mais, est-ce qu’on peut trouver un pays dans le monde où il n’y a pas un taux de déperdition qui n’est pas forcément dû que le pouvoir a protégé quelqu’un. Je ne crois pas. La capacité même du système fiscal à engranger la totalité peut être mise à mal. Je pense, qu’il faut dans nos pays, une introspection collective. Il faut que tous, on prenne conscience qu’on est assis sur de mauvaises pratiques, de mauvaises conceptions, sur des méthodes qui ne font pas avancer la société. En ce moment-là, vous allez voir, si le fiscaliste fait bien son travail, il engrangera plus. De même que l’agent de santé s’il fait bien son travail même avec le peu de matériels à sa disposition. Si l’enseignant, fait bien son travail, on verra que le niveau des élèves s’améliore.

Monsieur le ministre, pourtant les syndicats trouvent que c’est le dilatoire qui leur est servi lors dans les cadres d’échanges. C’est le cas des enseignants qui disent que leur dossier est au niveau du premier ministère qui a mis en place une commission qui n’a même pas commencé à travailler…

C’est normal. Les solutions ne sont pas toutes faites posées. Si vous examinez la plateforme des syndicats de l’éducation, vous savez quelle est l’incidence qui est demandée ? Si les syndicats vous déposent une plateforme qui demande des centaines de milliards, vous faites quoi ? Eux à notre place, ils auraient fait quoi ? Encore une fois revenons à la réalité. Le Burkina Faso, c’est notre pays. On a tous l’obligation de le construire. Laissons tomber les surenchères inutiles. Je dis bien qu’il soit enseignant, infirmier, médecin, administratif, économiste, fiscaliste, trésorier, au Burkina Faso, tous les fonctionnaires ont aujourd’hui amélioré leur niveau de vie. Pourquoi ne pas s’en tenir à cela pour permettre au pays d’avancer, d’aller à un niveau stable où nos efforts communs permettent d’atteindre un niveau d’évolutions qui permette d’améliorer la condition de vie de tout le peuple burkinabè. Il ne suffit pas de venir déposer une plateforme, pour ensuite parler du dilatoire. Dilatoire veut dire quoi ? Ça veut dire que vous avez des solutions en poche, mais vous ne voulez pas les donner. Mais ce postulat, il est faux.

Quand vous êtes arrivé à la tête du ministère, vous avez rencontré les syndicats pour leur dire qu’il y aura une relation de dialogue permanent entre eux et le gouvernement. De nos jours, quand on écoute les syndicats, on a l’impression que ça n’a pas fonctionné. Qu’est-ce qui n’a pas marché, monsieur le ministre ?

Allez-y voir les caractéristiques aujourd’hui du mouvement syndical burkinabè, est-ce qu’il n’est pas un mouvement qui, par moment, fait un peu trop dans la surenchère. Il faut poser la question là-bas. Parce que si c’est le cas, ne soyons pas surpris que le dialogue soit empoisonné parce que le gouvernement se retrouve devant des prétentions auxquelles aucune réponse ne peut être donnée.  Quand je parle, (il ne faut pas mettre le monde dans le même sac), du mouvement syndical, ils sont nombreux qui comprennent que la situation que nous traversons aujourd’hui n’est pas celle dans laquelle il faut aller creuser davantage le gap social pour créer une plongée inéluctable du pays. Ils sont nombreux les syndicalistes qui comprennent et qui se comportent en fonction de cela. Mais, ils sont aussi un certain nombre, qui en réalité veulent utiliser le mouvement syndical comme des paravents pour des objectifs quelque fois même inavoués. Tout le monde aussi le sait. Je n’invente rien. Eux-mêmes ne le cachent pas quelque fois. Quel type de dialogue, il peut y avoir dans ces conditions ? Si la bonne foi et la bonne volonté ne sont pas partagées par toutes les parties, le dialogue devient difficile. Sinon notre gouvernement, est celui qui a véritablement travaillé à faire éclore le dialogue social. Si nous faisons le point depuis que nous sommes là, il n’y a pas eu un moment dans l’histoire de ce pays où il y a eu autant de dialogue social. Mais n’empêche, les gens continuent à dire qu’il n’y a pas de dialogue. Ils veulent quoi ? Peut-être qu’ils veulent, qu’on distribue les solutions comme des tickets de restaurant. Aucun gouvernement ne peut trouver ce type de solutions.

 

Avez-vous déjà entendu que dans un pays sur cette terre, le Trésor public a été fermé pendant un mois ? Dans ces conditions, que peut-on reprocher au gouvernement qui a essayé de trouver un modus vivendi pour que le verrou soit levé

Pourtant les agents de votre ministère, en l’occurrence les contrôleurs et inspecteurs de travail disent que vous avez rompu le dialogue avec eux. Or ils demandent seulement du matériel, des locaux pour travailler. 

Les inspecteurs et contrôleurs du travail ont déposé une plateforme de six points. Tous les quatre points qui ont trait aux conditions de travail, à la création d’inspection de zones à Ouaga et à Bobo, à l’équipement des inspections de travail en matériels logistiques, en véhicules, à la construction ou à la réhabilitation de l’inspection de travail, sur toutes ces questions, nous nous sommes entendus à 100%. Le cinquième point est relatif au statut autonome pour les inspecteurs. J’ai leur ai dit que sur ce point aucun débat n’est possible. Je suis ministre de la Fonction publique. Je gère le statut général de la Fonction publique. Aucune discussion n’est possible sur un statut sur lequel on vous a recruté et vous rentrez, vous dites après de vous sortir pour vous mettre dans un autre statut. La même réponse, je l’ai donnée à tout le monde, je ne discute pas sur cette question. Eux-mêmes, ils ont compris. A la fin il a été décidé de s’entendre sur le procès-verbal dans lequel on retient que chaque partie est restée sur sa position. Par conséquent, il ne reste qu’un 6ème point, celui de l’indemnité de conciliation. Quand je vous dis que les autres questions n’intéressent pas les gens, vous discutez, voilà.  Sur l’indemnité de conciliation, j’ai demandé qu’ils exposent leurs arguments. L’indemnité de conciliation représente l’une des missions d’un inspecteur ou d’un contrôleur de travail. Ce n’est pas toute la mission. La mission essentielle, c’est le contrôle. Maintenant, une autre mission, c’est la conciliation qui consiste à essayer de rapprocher les parties quand il y a des crises, etc. mais ils disent qu’en fin de compte la conciliation finit par leur prendre plus de temps et d’efforts que les autres missions. Par conséquent, ils disent qu’on doit indemniser ce surcroît d’efforts. J’ai répondu qu’effectivement le gouvernement est sensible à cette préoccupation et peut consentir au principe de vous accorder une indemnité de conciliation. Cependant, le gouvernement est obligé de fixer un montant compatible avec non seulement les moyens de l’Etat, mais aussi en prenant en compte les autres qui ont ce type d’indemnité. Si on commet l’erreur encore une fois d’accorder les yeux fermés, les indemnités faramineuses, vous avez aussi tous les autres sur votre dos. C’est sur ce point que nous avons proposé un montant. Et ils disent que ce montant est insuffisant.  Ce n’est pas pour autre chose. Tout autre chose qu’on raconte relève simplement du dilatoire. Il n’y a rien de vrai. C’est uniquement sur le montant. Ce n’est même pas sur le principe qui est déjà concédé. Alors qu’il grevait, depuis trois, quatre ans pour même arracher le principe.  Nous nous leur sommes accordé le principe. C’est le montant qu’ils trouvent petit. Oubliant que nous sommes au Burkina Faso.

Beaucoup de syndicats estiment que vous les traitez de manière discriminatoire. Pour ces derniers, lorsqu’il s’agit des agents des finances, du trésor, des magistrats, vous êtes diligents. Mais lorsqu’il s’agit par exemple des enseignants, des agents de l’action sociale, etc.,   vous n’êtes pas très motivé. Qu’en dites-vous ?

Ce que le gouvernement n’a pas accordé de gaieté de cœur ne peut pas être mis sur sa tête. Quand un syndicat a usé de moyens de pressions extraordinaires, imparables de telle sorte que le gouvernement a été obligé de lui faire des concessions, les larmes aux yeux, on ne peut pas lui opposer ça. Il ne l’a pas fait de sa propre stratégie. Effectivement, il est évident que si nous avions eu le choix, les fonds communs du ministère des finances n’auraient pas flambé. C’est à notre corps défendant. Après tout, qui doit trouver l’argent ? Vous avez vu. Le Trésor public a été fermé ici pendant un mois. Avez-vous déjà entendu que dans un pays sur cette terre, le Trésor public a été fermé pendant un mois ? Dans ces conditions, que peut-on reprocher au gouvernement qui a essayé de trouver un modus vivendi pour que le verrou soit levé.  Evidemment si le gouvernement doit prendre une mesure, la logique aurait été que les syndicats du secteur public permettent au gouvernement de prendre des mesures générales. Des mesures qui concernent tous les fonctionnaires et eux-mêmes, ils peuvent reverser leurs réflexions, leurs propositions pour alimenter la manière d’agencer cette mesure générale. En ce moment, la mesure tiendrait en compte tous les paramètres d’égalité, d’équité. Mais, il se trouve qu’ici, des gens montent des stratégies de fer et de feu, arrachent au gouvernement des acquis dans la douleur (un gouvernement qui cède dans la douleur). Qu’est-ce qu’on peut faire dans ce cas ? Voilà la réalité. Donc encore une fois, je dis qu’à mon avis dans le secteur public, les syndicats devraient permettre au gouvernement de procéder autrement en faisant en sorte qu’à chaque fois qu’il y a une allocation de ressources, qu’elle le soit de manière globale et globalisante. En ce moment, les risques de distorsions, de déséquilibres, d’iniquité seront au maximum tempérés. Par exemple, le statut général de la fonction publique et la grille qui est indexée à ce statut n’est pas source d’iniquité. Puisque le principe est connu. BEPC plus 2 ans, vous êtes à tel niveau, et correspond à telle rémunération. BAC plus 3 ans, vous êtes à tel niveau et correspond à telle rémunération. Chacun est rémunéré en fonction du niveau où il se trouve. Et personne ne le remet en question. On devait s’en tenir à ça. Maintenant, s’il y a une amélioration, en ce moment, on regarde est-ce que le niveau des recettes permet d’améliorer globalement. Pourtant actuellement se coalisent en groupe de pressions. Donc la responsabilité, il faut la situer quelque part.  Ce n’est pas sur le gouvernement seul. Il y a aussi ceux qui prennent l’option de forcer le gouvernement à aller là où normalement on ne devrait pas aller.

Certains fonctionnaires disent qu’ils sont concurrencés par d’autres personnes non qualifiées. Ce sont entre autres, les gestionnaires de ressources humaines, les secrétaires.  Comment se fait-il que des agents formés viennent trouver que leurs postes sont occupés par des personnes non qualifiées ?

Le fait est réel, mais il faut quand même aussi l’analyser en profondeur. Les emplois spécifiques dans lesquels aujourd’hui les fonctionnaires sont rangés ne datent pas de vingt ans. Ils datent seulement d’une dizaine d’années. Et ces emplois spécifiques ont été créés par des décrets en application de la Loi 013-1998, l’ancienne loi (ndlr sur la fonction publique) pour faire en sorte que chaque fonctionnaire se retrouve dans un emploi correspondant à son profil de formation. Le principe même des emplois spécifiques, c’est d’aller beaucoup plus vers la spécialisation du travail et par conséquent d’avoir un gain en professionnalisation. Chacun est dans un domaine professionnel précis de sorte qu’il est plus efficace parce qu’il maitrise mieux le domaine. Auparavant, c’est vrai, il y avait les différents corps de l’administration mais avec beaucoup de généralistes. Les emplois étaient beaucoup plus globalisants. Par exemple, vous pouvez trouver un enseignant qui est DAF, qui est DRH, un fonctionnaire du ministère du commerce qui se trouve à des fonctions qui normalement relèveraient du ministère des finances (même si c’est un peu voisin) ou un ingénieur qui est DAF ou qui est directeur de marchés. En effet aujourd’hui, vous allez voir que de plus en plus les cas dont je parle n’existent plus.  Ce qui subsiste, c’est quelque rares situations. Mais l’évolution d’un pays ne règle pas toutes les questions en un jour, il est normal qu’il ait des cas subsidiaires, reliquataires qu’il faut encore régler et au nombre de ces cas, vous avez des situations qui concernent des personnes d’administration et de gestion du ministère de l’éducation nationale. Parce que vous avez beaucoup d’enseignants qui sont dans les tâches d’administration ou de gestion alors qu’en principe ce n’est pas leur rôle. Mais si aujourd’hui, vous voulez mettre fin à ça, il faut du coup recruter plusieurs milliers d’agents d’administration et de gestion pour les remplacer parce qu’ils sont très nombreux. Voilà par exemple un cas où il faut laisser le temps régler certaines questions. Le cas des secrétaires est un peu plus complexe parce qu’il y a des recrutements de secrétaires qualifiés aussi pour le secrétariat dans l’administration parce que justement la matière secrétariat n’était pas suffisamment fournie. C’est ceux que l’administration avait elle-même n’étaient pas en nombre suffisant. On a admis qu’on recrute parallèlement des gens qui ont un CAP en secrétariat ou un BAC G1 ou un DUT Secrétariat pour le secrétariat de direction. Donc, c’est comme en complément du personnel. Evidemment, il s’est produit maintenant une rivalité entre les outsiders et ceux qui ont été formés à l’intérieur. Donc, c’est ce problème que le syndicat des secrétaires soulève. Nous les avons reçus et nous avons beaucoup discuté sur ces questions. Nous allons travailler avec eux pour savoir comment mieux maitriser l’emploi de secrétaires parce qu’il y a plusieurs aspects à l’intérieur qu’il faut mieux cerner. Mais , je dois vous dire qu’il n’est pas non plus une bonne chose de ne faire que de la spécialisation. Comme un peu si vous admettez qu’en médecine, on doit éliminer des médecins généralistes et il n’y aurait que des spécialistes. On va se rendre compte qu’il y a un pan qui manque. Il faut bien que quelque part il y ait des passerelles qui permettent aussi qu’entre les différents corps de profession, il puisse avoir de l’interprofession. Cela fait partie de la vie d’une administration qui se construit de manière responsable et solidaire. C’est par exemple un aspect que nous sommes en train de cerner dans le cadre d’un projet qui s’appelle le dossier RIME (Répertoire interministériel des métiers et des emplois) dans lequel on va encore réorganiser le système des emplois.

Nous continuerons à faire du dialogue social à la faveur d’ailleurs de la mise en place du Haut conseil du dialogue social très bientôt.

Les gestionnaires de ressources humaines ont fait un atelier sur les recrutements. Qu’est-ce qui est ressorti de cette rencontre ?

C’est une conférence nationale de gestion des ressources humaines. C’est une conférence qui se tient normalement chaque année et qui fait le point sur tous les problèmes qui ont trait à la gestion des ressources humaines de l’Etat. Elle est en principe présidée par le premier ministre. Cette année, nous avons voulu un thème qui portait sur la rationalisation des recrutements dans la fonction publique, mettre le doigt sur  une question essentielle. C’est vrai nous recrutons chaque année de beaucoup d’agents, en particulier depuis que nous sommes élus, nous avons voulu faire un clin d’œil à la jeunesse en accroissant le nombre des effectifs de recrutement. Auparavant, on recrutait neuf milles, dix milles mais maintenant on va jusqu’à dix-huit milles pour aider à résorber la question de chômage. Mais, il y a des questions qui se posent. Nous recrutons dans quelle discipline ? Nous recrutons pour servir dans quoi et où ? Ce sont des questions auxquelles il faut répondre aujourd’hui de manière claire parce qu’il est établie qu’il y a beaucoup de dysfonctionnements, de dispersion d’énergies, de ressources dans l’allocation des ressources humaines de l’Etat. Vous avez plein d’enseignants du primaire qui sont dans les villes de Ouagadougou et Bobo. D’une manière globale, 36 % de tous les effectifs de la fonction publique burkinabè servent à Ouaga et à Bobo. 36 % dans deux villes, il y a quand même un problème. Donc, il faut arriver à trouver un schéma dans lequel tout le monde devrait être  appelé à servir partout au Burkina Faso, parce que c’est le Burkina de tout le monde. Deuxièmement, il faut que les agents recrutés aillent où il y a véritablement le besoin. Et troisièmement, qu’on tienne aussi compte quelque part des capacités du pays parce que par ailleurs la masse salariale aussi s’est accrue de manière exponentielle. Son rythme d’accroissement est même plus fort que celui des effectifs puisque le niveau des rémunérations aussi s’est accru. Ce sont ces questions que nous avons analysées. Il y a un certain nombre de recommandations qui ont été faites pour qu’on puisse mieux rationaliser les emplois, qu’on puisse trouver un schéma pour l’affectation, pour les mutations, les mouvements du personnel pour que l’on ne soit plus dans la situation d’aujourd’hui où on peut trouver plusieurs enseignants sur une seule salle de classe à Ouagadougou.

Certaines personnes pensent que l’usage des tests psychotechniques ne permet pas d’évaluer le niveau réel des candidats. Par conséquent de recruter les bons candidats si bien que de nombreux citoyens demandent à ce qu’on repense les épreuves. Quelle est votre appréciation ?

Nous avons renvoyé cette question à une réflexion concertée à l’occasion d’un forum organisé en 2017 sur l’organisation des concours de la Fonction publique. C’était un forum national avec beaucoup de compétences qui avaient été associées. La question de ces tests psychotechniques ou questions à choix multiples (QCM) a été posée. Les pédagogues ou andragogues, en tout cas des spécialistes de la question ont indiqué que ce n’est pas la nature même du test psychotechnique qui est mis en cause. Aux Etats-Unis, c’est la méthode utilisée. Qui peut établir qu’aux Etats-Unis les cadres sont médiocres ? Ce n’est donc pas le système en lui-même  qui est mauvais, mais le contenu qu’on y a mis. Pour un test qui concerne par exemple, l’ENAREF où ce sont  des financiers, il faut que quand même les sujets soient orientés vers des matières financières. A ce moment, on sait que ceux qui sortent, sont déjà des gens qui ont  un niveau de base pour affronter des études dans ce domaine. Si c’est un test qui concerne l’enseignement, il faut que le contenu permette de tester véritablement le niveau de vocabulaire, de grammaire, de capacité de dissertation, etc. Le contenu doit être très spécialisé, suffisamment profond. Il doit être à un niveau tel que quelqu’un ne peut pas, par hasard, être sélectionné. Il a été alors proposé à ce forum de mener des démarches des universités anglo-saxonnes qui peuvent nous venir en aide. Par exemple, on a ciblé le Canada, pour former un vivier d’enseignants dans cette pratique, pour que dorénavant ces tests ne donnent pas lieu à des admis qui n’ont pas un bon niveau. Le forum n’a pas retenu le rejet pur et simple du principe du test psychotechnique. Mais on a dit, il faut toujours travailler sur les modalités. Les QCM, c’est une méthode qui nous facilite la tâche. Ça aussi, il faut le reconnaitre. Parce que si on doit organiser un concours avec un million de candidats, corriger des copies longues de quatre pages, c’est là que vous risquez même de prendre n’importe qui parce que les enseignants submergés par les copies risquent de finir par attribuer des notes hasardeuses. Donc, on fait quand même attention. C’est une méthode qui est assez facile parce qu’elle peut permettre des corrections rapides.

Nous sommes en début d’année. Une adresse à l’endroit de vos partenaires sociaux…

D’abord, je souhaite à tout le peuple burkinabè une belle année 2018. Année de santé, de chance, de succès pour tous, individuellement et collectivement. A l’endroit de nos partenaires sociaux, en particulier des travailleurs, je souhaite qu’elle (ndlr l’année 2018) soit une année de consolidation de notre action commune. Notre action commune d’abord pour tirer le Burkina Faso en avant et que chacun soit prêt à jouer sa partition  dans le travail bien fait. Les revendications, nous continuerons bien sûr à les traiter comme le chef de l’Etat l’a dit dans son message du 11 décembre. Nous continuerons à faire du dialogue social à la faveur d’ailleurs de la mise en place du Haut conseil du dialogue social très bientôt. Mais, je dis, il faut qu’on soit conscient que ce qui va permettre d’améliorer les conditions des  Burkinabè, c’est travailler à consolider le produit national, à créer des richesses et à promouvoir toujours et d’avantage une gouvernance vertueuse de la société.

Interview réalisée par

                                                                                                                  Abdoul Razac Napon

                                                                                                 Idriss K. Ouédraogo (stagiaire)

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