Conférence sur la rémunération des agents de la fonction publique: Enfin la fin de la stratégie de diversion ?

La conférence sur la rémunération des agents de la fonction publique a eu lieu du 12 au 14 juin 2018. Comme on pouvait s’en douter, les participants se sont érigés en médecin légistes pour réaliser l’autopsie de la fonction publique et de l’administration publique du Burkina Faso.

Avant de lister la longue panoplie des propositions  pour la révision du système de rémunération des agents de la fonction publique dont le document a été largement diffusé à travers les réseaux sociaux, les participants ont d’abord tenu à passer en revue la situation socio-politique et économique du pays. Le diagnostic a révélé que l’effritement de l’autorité de l’État  qui empêche celui-ci de jouer son rôle dans le sens de l’intérêt général  est dû entre autres  «au sentiment d’impunité qui se développe,  à la rupture d’égalité entre les citoyens  et au fait que le citoyen burkinabè n’a plus de repère»! On croirait relire le rapport du Collège des Sages publié en 1999 ou celui de la Commission de la réconciliation nationale   et des reformes (CRNR) élaboré en 2015 sous la Transition. Tellement les résultats du diagnostic se ressemblent. A quelques exceptions près, notamment sur les propositions liées au système de  rémunération et du  fameux  fond commun qui n’avait pas été explicitement abordé par les deux commissions antérieures, le reste peut être assimilé à un véritable exercice de copier-coller.

C’est dire que les maux qui minent actuellement le Burkina Faso ne sont pas nouveaux, ni méconnus. Chacun se souviendra que déjà en 1999, au lendemain de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et de ses compagnons, que  le Collège des sages, dans un rapport mémorable avait pointé l’impunité comme la source des frustrations et des crises qui secouent le pays. C’est vraiment dommage que ce ne soit que maintenant que le souci de l’équité dans le traitement des agents publics de l‘Etat et de la rationalisation du train de vie de l’Etat devienne une préoccupation partagée chez les gouvernants. Pendant longtemps, la question de la justice sociale a été royalement ignorée au sommet de l’Etat. Cette posture qui frisait le mépris pour une catégorie de burkinabè a fini par creuser un énorme fossé entre la classe des privilégiés et la caste des laissés pour compte.

Ça n’a peut-être l’air de rien, mais l’impunité qui se développe, la rupture d’égalité entre les citoyens et l’absence de repères constituent les maladies endémiques qui risquent de plonger le pays dans le chaos.

En effet, qu’est-ce qui est encore étrange et qui n’avait jamais été relevé par les deux pertinentes commissions sus mentionnées? La conférence du premier ministre Paul Kaba Tiéba n’a fait qu’enfoncer une porte déjà ouverte. C’est à croire que les régimes qui se succèdent à la tête du pays ont la même stratégie et la même méthode de gouvernance. Celle qui consiste à recourir à la création  tous azimuts de cadres et fora de réflexion pour faire diversion mais sans s’emballer pour réussir la mise en œuvre de leur rapport. Les travaux du Collège de Sages n’ont-ils pas été rangés dans les tiroirs, juste après l’accalmie des manifestations consécutives au drame de Sapouy ? Les recommandations pertinentes de la Commission de la réconciliation nationale et des reformes sont en souffrance. Et il ne sera pas surprenant de voir les conclusions de la récente conférence –qui semble promouvoir l’équité-tomber aux oubliettes après une quelconque trêve sociale négociée. C’était du reste le cas avec le syndicat des agents du ministère de l’économie et des finances. Après avoir signé un protocole d’accord secret avec ces partenaires sociaux en 2017 et obtenu par la même occasion la fin des grèves à l’époque, l’Etat a trainé les pas dans le respect dudit  protocole.

L’Etat et ceux qui l’incarnent ne se rappelleront  de l’existence d’une esquisse de solutions à telle ou telle situation que lorsqu’ils seront à nouveau face à une autre crise d’envergure.

Tout cela parce qu’il manque visiblement aux gouvernants une volonté politique affichée  pour œuvrer à une réelle transformation de la société. Comme si chacun voulait rester indifférent face à la dérive étatique et sociétale, personne n’entend sonner la fin de la recréation. Le louvoiement semble être la règle aussi bien au niveau de la majorité que de l’opposition. Pour des considérations purement électoralistes, aucune partie n’entend s’aliéner un groupe fut-il minoritaire. Tous naviguent à vue oubliant que la bombe peut exploser d’un moment à l’autre. Il y a lieu d’espérer donc que les conclusions de cette conférence qui n’est qu’une étape du processus des réformes du système de rémunération-selon ses organisateurs- puissent enfin s’écarter de la diversion pour impacter définitivement la vie de la nation.   Sinon, les partenaires sociaux qui ont boycotté cette tribune n’auront pas à se faire du mouron.

Mutations

 

 

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