Conseil de l’Entente: Comment le leadership de la Côte d’Ivoire a été mis à rude épreuve

Le Conseil de l’Entente a connu plusieurs épreuves. La mise en œuvre d’un Fonds qui n’a jamais remplis ses objectifs. Le choix de la Côte d’Ivoire de soutenir la sécession biafraise et les espoirs non comblés de certains pays membres ont écorné l’image de leader de cette organisation sous-régionale. Aujourd’hui, le Conseil de l’Entente continue malgré son poids diminué à résister au temps.
Au moment de la création du Conseil de l’Entente qui regroupait la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta, le Togo, le Bénin et le Niger, les initiateurs avaient mis en place un Fonds de Solidarité. Ce fonds va susciter beaucoup d’espoir. Les bénéficiaires ne cachent pas leurs enthousiasmes mais le fond de par ses caractéristiques ne tarde pas à connaître des difficultés. Selon l’article 3 : « Aucun projet ne doit absorber plus de 15% du potentiel aval du Fonds. » Et l’article 6 de la nouvelle convention : « donne à chaque Etat, un double droit de véto pour tout projet. » Le président Hamani Diori annonce au moment de quitter la réunion de la constitution du Conseil de l’Entente dans la capitale ivoirienne en mai 1959 que le Fonds sera doté de 650 000 000 Fcfa. Chaque année : la participation ivoirienne sera d’un demi- milliard. Celle du Togo 24 000 000 Fcfa. Chacun des 3 autres pays aura à verser 42 000 000Fcfa. Le gouvernement ivoirien s’est soustrait du recours de ce fonds de garanties pendant les 5 premières années. Mais le couac est que la Côte d’Ivoire a mis près de 18 mois pour ratifier la Convention. Ce Fonds aurait pu jouer un rôle décisif en garantissant les emprunts des projets d’envergure et pour lesquels le soutien des Etats n’aurait pu suffire. Un Exemple, le gouvernement de la Haute-Volta a présenté le 9 décembre 1967, une note au Conseil de l’Entente lui demandant le prolongement du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou jusqu’à Tambao, à la frontière du Niger. A la fin de l’année 1972 ce projet comme celui du chemin de fer Cotonou-Niamey n’avait pas pu être matérialisé. Dans l’ouvrage intitulé : « La Politique Africaine D’Houphouët-Boigny » de Jacques Baulin, il est écrit que : « La paralysie effective du Fonds est regrettable. Une vue moins étriquée de la solidarité, une gestion plus dynamique, un désir réel de promouvoir des projets de développement dans les quatre pays bénéficiaires auraient permis le lancement des réalisations vraiment utiles aux économies voltaïques, nigérienne, togolaise, et dahoméenne. Et surtout, une telle politique aurait comblé le vœu émis par le Président Houphouët Boigny, dans son message du Nouvel an 1967. » Houphouët disait en substance que : « La Côte d’Ivoire, pays de la fraternité, ne souhaite pas être, et ne peut pas être une oasis de prospérité, de sécurité, et de stabilité au milieu d’un désert de misère et d’anarchie. » Mais par-delà le manque de solidarité de la Côte d’Ivoire, c’est la reconnaissance du Biafra malgré les hostilités manifestes des partenaires qui donne un coup de grâce à ce fonds qui était déjà moribond. Au-delà de la crise biafraise, les relations de la Côte d’Ivoire avec chacun des 4 partenaires vont se dégrader. Le leadership du bélier de Yamssoukro va être de plus en plus contesté. Les relations de la Côte d’Ivoire et de la Haute-Volta sont particulièrement tendues depuis l’éviction au pouvoir de Maurice Yaméogo. La situation est similaire à celle qu’a vécu le Burkina Faso les 30, 31 Octobre 2014 avec l’insurrection qui a évincé Blaise Compaoé du pouvoir et le comportement des autorités ivoirienne vis –à –vis de la Transition. Pour la situation de 1966, Le 9 juin de la même année, le Lieutenant-colonel Sangoulé Lamizana, le successeur de Yaméogo se déplace en Côte d’Ivoire pour signer la convention relative à la création du Fonds d’entraide et de garantie. Il reçoit un télégramme du comité inter-syndical de Haute-Volta qui proteste « énergiquement contre la façon humiliante dont vous [ndlr : le Président Sangoulé] avez été reçu en Côte d’Ivoire ». Pour la troisième fois le Président Lamizana se rendait en Côte d’Ivoire, Houphouët Boigny ne s’était pas dérangé pour l’accueillir à l’aéroport. Pour les voltaïques de l’époque cette attitude du président ivoirien montrait le peu d’estime qu’il avait pour le successeur de son ami Maurice Yaméogo.

Après cette manifestations d’hostilité au comportement du leader ivoirien, le 10 juin Sangoulé Lamizana sera raccompagné par le Président ivoirien jusqu’à l’intérieur de son avion. Cette tension ne cessera qu’au début du 2ème semestre de 1967. En août 1967, 235 dockers voltaïques sont expulsés de la Côte d’Ivoire pour fait de grève. Mais les nouvelles les plus graves, le 11 septembre 1967, on annonce la confirmation par le Président Lamizana de la découverte d’une conspiration dans laquelle est impliquée Hermann Yaméogo, le fils aîné de l’ancien Président voltaïque. Certains fonctionnaires de l’Ambassade de Haute-Volta en Côte d’Ivoire sont indexés comme complices dans cette affaire de complot. Baulin indique que : « Rien ne le confirme. Par contre, on le sait, le président Félix Houphouët-Boigny se maintient en contact étroit avec ses amis sur place, en Haute-Volta, et s’intéresse en particulier, de très près au sort de M. Maurice Yaméogo. » Deuxième fait, le 28 octobre 1968, Gérard Kango Ouédraogo envoie une lettre au Président de la Côte d’Ivoire. Il signifie à Houphouët Boigny que le gouvernement militaire va vers son terme. Et que si l’on veut implanter le Rassemblement démocratique Africain (RDA) des moyens financiers énormes seront nécessaires. En 1969, le gouvernement manifeste l’intention de traduire Maurice Yaméogo devant un tribunal spécial pour répondre de différents détournements qui se chiffraient à 800 000 000 Fcfa en six ans. Le Président Félix Houphouët Boigny s’attache les services de Maître Bertin Borna, ancien ministre dahoméen et avocat à la cours d’appel de Cotonou, pour la défense de l’ex Chef d’Etat voltaïque. L’avocat envoie un compte rendu de son action à Ouagadougou à Houphouët Boigny ainsi que la copie de sa lettre à Lamizana. Les rapports entre Ouagadougou et Abidjan vont se détériorer davantage quand Maurice Yaméogo a été condamné à 5 ans de travaux forcés pour détournement de fonds. Les relations entre le Dahomey et la Côte d’Ivoire ne sont pas non plus au beau fixe. Les coups d’Etats vont amplifier leurs désaccords. Cotonou déçu par les maigres résultats du Fonds du Conseil de l’Entente ne ménage pas ses critiques. Pendant la campagne pour l’élection présidentielle de mars 1970, Sourou Migan Aipthy attaque le Conseil de l’Entente dans lequel souligne-t-il « certains pays comme le Dahomey apparaissent comme les appendices d’autres nations, la Côte d’Ivoire. » Pour ce qui concerne les relations entre le Togo et la Côte d’Ivoire, elles atteindront le point de rupture en janvier 1967 quand le régime de Nicolas Grunitzky est renversé par le Sergent-chef Eyadema promu pourtant par Grunitzky au grade de Lieutenant-colonel et aux fonctions de chef d’état- major. Le Président ivoirien n’est pas en odeur de sainteté avec le nouvel homme fort du Togo. Le motif, il a été le promoteur de l’assassinat du Président Sylvanus Olympio et il vient de signer son retour dans les rênes du pouvoir. Au sein du même Conseil de l’Entente, les Présidents nigérien Hamani Diori et ivoirien Houphouët Boigny restent les Chefs d’Etat civil au pouvoir depuis l’indépendance. Vieux militant du RDA et partisan enthousiaste du Fonds, Hamani Diori est vite déçu par les résultats de la coopération économique. Il n’aura presque pas recours au Fonds de garantie. La Côte d’Ivoire n’encourage en aucune façon l’importation de viandes du Niger, lui préférant à celles venues de l’Amérique Latine. Hamani Diori émet le souhait qu’une société nigérienne de commercialisation contrôlée par l’Etat, reçoive la permission de s’installer à Abidjan et d’exporter du café et du cacao, comme les autres maisons de commerce. Aucune suite ne sera donnée à cette suggestion. L’ensemble des frustrations de pays membres vont éroder le leadership de la Côte d’Ivoire dont le président avait créé le Conseil de l’Entente pour combattre le projet de la Fédération du Mali.
Merneptah Noufou Zougmoré

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