Le conseil supérieur de la communication: Encore un autre péché originel

La nouvelle équipe du Conseil Supérieur de la Communication(CSC) tant attendue pour remplacer celle sortante est en place. Les nouveaux conseillers prêteront serment ce vendredi 03 aout mais elle entame sa mission avec une forte suspicion d’inféodation au pouvoir politique. En effet, la conduite du processus de l’élection du nouveau président du CSC a jeté un sérieux discrédit sur l’indépendance des conseillers entrant et singulièrement de son premier responsable. Le nouveau président Mathias Tankoano et les autres membres du collège ne pourront jamais faire oublier le passage en force d’un des représentant des pouvoirs politiques. Chacun sait que Mathias Tankoano débarque tout droit de la présidence du Faso où il occupait jusqu’à un passé récent le poste très politique de conseiller du chef de l’Etat . Bien qu’il ait été proposé sur la liste du président de l’Assemblée nationale, personne n’est dupe qu’il a parachuté à la tête président du Faso ou à tout le moins du parti au pouvoir. Cette imposition est un véritable scandale auquel le CSC devait s’en passer pour espérer opérer sa mue après le honteux épisode qu’elle a traversée sous le magistère de Natalie Somé et du vice-président Désiré Comboigo.
En effet, Depuis 2015, le CSC a été miné dans son fonctionnement par une crise interne sans précédent qui a pollué le climat du CSC entre les conseillers d’une part et entre les conseillers et les agents de l’institution d’autre part. Le malaise était si profond que l’opinion publique en général et les professionnels de l’information et de la communication en particulier rêvaient secrètement d’une renaissance de l’institution qui allait placer l’indépendance et le professionnalisme au cœur de son mandat et de ses actions. Mais cet espoir s’est déjà volatilisé avec les manœuvres qui ont entouré la désignation des conseillers et de « l’élection» de son président. Il est fort à parier qu’à moins d’un sursaut d’orgueil des membres du Collège de conseillers, le CSC nouvelle version sera sous les ordres des pouvoirs politiques et une caisse de résonnance du régime en place. Pourtant, après une insurrection populaire, les institutions du pays n’avaient nullement besoin d’une telle caporalisation par le politique car la maturité du peuple a fait bouger des lignes. Aujourd’hui, les défis du Burkina Faso commandent le développement d’une presse libre et indépendante capable de s’ériger en contre-pouvoir pour arrêter les dérives du pouvoir et des forces politiques quel que soit leur origine. Le glas du journalisme d’accompagnement ou du griotisme a sonné et les médias entendent jouer leur rôle et assumer leur mission de chien de garde de la société en toute indépendance. C’est une vocation que de nombreux médias, guidés par la seule boussole du professionnalisme n’entendent pas marchander, quel que soit l’armada répressif ou dissuasif en vigueur.
Mais à dire vrai, cette situation n’étonne guère les professionnelles de medias et les personnes averties. Déjà, la gestion de la crise qui a secoué le CSC par les services de la présidence du Faso avait trahi les ambitions de certains de ses collaborateurs et cela n’a pas tardé à se vérifier. En outre, il ya lieu de rappeler que pendant longtemps, les acteurs du secteur de l’information à travers leurs organisations professionnelles ont vainement réclamé des réformes profondes du CSC. Ces réformes qui sont plus que jamais d’actualité ont trait aux quotas réservés aux professionnels et aux politiques. Faut-il rappeler que jusque-là, les professionnels n’ont droit qu’à trois(03) représentants pour un collège de neuf (09) conseillers? La relecture de la loi opérée en 2018 presqu’en clandestinité par le gouvernement a encore occulté cette iniquité qui renforce la suspicion. L’équipe de Mathias Tankoano saura t-elle exorciser ce péché originel qui pèsera sur lui durant les 5 ans de son mandat ?
Mutations

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