Crise du système éducatif : l’Accord qui met l’Etat au défi

Après de longues et âpres négociations, le Gouvernement et la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) du Burkina Faso sont parvenus  à un Accord le 27 janvier  2018. C’est un  accord qui est censé mettre fin à la crise qui secoue le secteur de l’éducation depuis des mois. Certains acteurs enthousiastes, au vu du résultat pensent que ce «précieux» accord balisera la voie de la renaissance du système éducatif. Sauf que les réalités sont parfois têtues et que les textes seuls ne peuvent pas tout assurer et garantir au système éducatif la transformation qu’elle exige.   

«Enfin»! «Ouf»! L’opinion en général et les parents d’élèves en particulier n’ont pas tari de mots d’exclamation pour accueillir l’accord qui a sanctionné les négociations entre le gouvernement et la CNSE. Tant on a frôlé le pire avec le spectre de l’année blanche qui avait commencé à planer sur l’école burkinabè. Les mots d’ordre de grèves, sit-in et boycott des évaluations qui caractérisaient le mouvement des enseignants a été levé par la coordination. « L’accord en or » est consigné dans un document de 11 pages. Il a été signé par le gouvernement représenté par le ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale Pengdwendé Clément Sawadogo et les 15 syndicats de la CNSE amenés par Windyam Zongo du SYNAPAGER. Et cela, sous la supervision des facilitateurs que sont les autorités coutumières et religieuses qui se sont impliquées dans les négociations à la demande de l’Union nationale des associations des parents d’élèves du secondaire et du supérieur (UNAPES-B). Tous les 23 points de la plateforme minimale de la CNSE ont été examinés. De belles résolutions qui pourraient impacter positivement sur le système éducatif. Mais elles risquent de buter malheureusement sur les réalités du terrain comme c’est déjà le cas avec les manuels scolaires dont la gratuité est déjà consacrée par les textes depuis près d’une décennie. Pourtant, depuis cinq (05) ans environ, les manuels scolaires sont quasiment introuvables dans les écoles. La faute à des marchés de réimpression non exécutés ou mal exécutés pour des raisons diverses. Un article paru dans Mutations N°110 du 1er au 14 octobre 2016 avait révélé l’absence de manuels scolaires dans les écoles à cause d’un blocage orchestré dans l’exécution d’un marché public. Et cela, à cause d’une guerre stérile de procédures qui opposait le ministère de l’enseignement national et de l’alphabétisation(MENA) à l’autorité de régulation de la commande publique(ARCOP) suite à l’appel d’offres ouvert N°2015-0113/MENA du 22 mai 2015. Le marché dont le délai d’exécution ne devait durer que 120 jours avait été bloqué pendant plus d’un an du fait d’une plainte déposée par un concurrent malheureux. Et pendant ce temps, les élèves sont privés de manuels et d’outils didactiques utiles pour leur formation. A l’époque, certains enseignants et parents d’élèves se demandaient bien face à cet impondérable, s’il n’aurait pas été plus logique pour l’Etat de donner la latitude à ceux qui peuvent se procurer les éventuels livres de le faire au lieu d’attendre l’hypothétique dotation de l’Etat qui est servie dans les classes de manière symbolique au meilleur des cas.

L’Etat s’est engagé à « réexaminer les procédures de production de manuels

L’Etat qui s’est engagé à « réexaminer les procédures de production de manuels et prendre des dispositions pour que les manuels soient livrés dans les écoles le 15 septembre de chaque année au plus tard» s’est lancé lui-même un défi et l’on verra ce que cela donnera sur le terrain car il y a bien tout une chaine d’acteurs à sensibiliser et à raisonner! C’est aussi le cas lorsqu’il s’agira de la mise en œuvre du point concernant l’amélioration des conditions de vie et d’études des élèves et étudiants (octroi de bourses, cantines scolaires, constructions d’internat, etc.)   Il n’est pas un secret pour personne que l’absence d’internat au secondaire et de la cantine au primaire et au secondaire constitue des causes de déperdition scolaire. De nombreux élèves qui pour la plupart vivent dans des conditions de précarité peinent à tenir le coup à l’école. Faute d’internat et de centre d’accueil pour interner ceux qui résident très loin des établissements scolaires, de nombreux élèves ont vu leur rêve briser. Des filles scolarisées ont été par exemple déscolarisées par la force des choses parce que victimes de harcèlement sexuel et /ou de grossesse non désirée. Quid des élèves qui viennent à l’école presqu’à jeun et qui sont aussi privés de déjeuner faute de cantine dans leur école. Des élèves -réputés brillants- ont dû abandonner l’école dans les différentes régions du pays parce que tenaillés par la faim. L’expérience de la cantine endogène où les parents d’élèves participent à la restauration de leurs enfants à travers des donations de vivres dans les écoles n’a pas encore produit des résultats satisfaisants. Et les élèves sont obligés de supporter la faim tout en s’en remettant à l’Etat. Inutile de dire que dans ces conditions, l’enseignant a beau être un pédagogue chevronné et son élève un génie, ils ne pourront guère réaliser de miracle en terme de résultat.  Là aussi, les dotations jugées parfois symboliques par les bénéficiaires enregistrent de grands retards dans la livraison aux écoles. A titre illustratif, une école située dans l’arrondissement N°5 de Ouagadougou avait reçu ses vivres en fin juin 2017, c’est-à-dire à la veille des vacances scolaires et après que les élèves aient souffert le martyr de la faim pendant toute l’année scolaire.  L’évocation de ces expériences indique que les acquis qui viennent d’être arrachés de haute lutte ne sont pas nouveaux car les différentes politiques nationales de l’éducation avaient pris en compte certaines préoccupations. Mais comme toujours, la difficulté se trouvait dans la qualité de la mise en œuvre.  Ce présent accord vient opportunément rappeler à chaque partie (Gouvernement et enseignant) ses droits mais aussi ses devoirs. Car si le système éducatif est ce qu’il est aujourd’hui, cela relève de la responsabilité première du gouvernement mais aussi de certains acteurs de l’éducation (enseignants, administration) qui n’ont pas toujours été irréprochables dans leur manière de servir l’école burkinabè.

TZ

Le programme politique du président Compaoré était-il simplement démagogique?

La crise qui a secoué le secteur de l’éducation pendant des mois et qui a donné des sueurs froides aux élèves et à leurs parents parait absurde. On se demande pourquoi on a trainé un tel bras de fer qui laisse forcement des séquelles avant de parvenir à un accord. Pourtant, à l’analyse, et exceptés quelques points, la plateforme de la CNSE n’était pas aussi maximaliste. De nombreux points de revendication relèvent en principe du ressort d’un gouvernement responsable. Le gouvernement n’avait donc pas besoin de se faire rappeler à l’ordre pour réaliser la gratuité de l’éducation par exemple. Surtout que certains points de revendications des syndicats d’enseignants sont consignés dans le programme politique du candidat du MPP, le parti au pouvoir! On se demandera encore toujours les motifs de perturbation de l’année scolaire 2017-2018. A moins, que le programme sur l’éducation proposé par le candidat Roch relevait de la pure démagogie politique, il n’avait vraiment pas de quoi tergiverser dans cette posture de réaction.

 

 

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