Cuba-Afrique: Une proximité politique de longue date

Une nouvelle génération vient de se succéder aux leaders historiques de la Révolution cubaine. Cette île des Caraïbes avec à sa tête le commandant Fidel Castro a été d’un soutien inestimable pour l’Afrique dans sa quête pour la liberté. Retour sur quelques faits.

Cuba a eu des rapports étroits avec l’Afrique au début des indépendances dans les années 1960. On se rappelle du voyage d’Ernesto Che Guevara au Congo pour prêter main forte aux lumumbistes en rébellion contre le régime pro-occidental de Mobutu. Mais avant le même Guevara avait effectué plusieurs voyages dans les différents pays africains nouvellement indépendants. Les années 60 marquent la décennie de réveil du continent noir. L’Algérie s’insurge et l’objectif de son insurrection est de se libérer du joug colonial. Après le succès du référendum gaulliste de septembre 1958, la France se résout malgré tout à accorder l’indépendance à la majorité des pays africains qui étaient sous sa tutelle. Au même moment le Congo connu aujourd’hui sous l’appellation de la République démocratique du Congo (RDC) s’émancipait de la Belgique après plusieurs décennies d’occupation. L’indépendance du Congo ne se vivra pas sans heurts. Alors que l’aile progressiste se débattait avec Mobutu et ses alliés occidentaux après l’assassinat du Premier Ministre Patrice Emery Lumumba, Che Guevara, l’un des patrons de la Révolution cubaine fait le choix de s’installer au Congo. Pendant que les médias l’annonçaient en République dominicaine ou en Colombie. Il s’était déguisé en se faisant opérer la mâchoire. Il s’était aussi fait couper les cheveux et raser la barbe dans le but de se rendre au pays de Laurent Désiré Kabila sans que les services de renseignement des différents pays hostiles à son option idéologique ne le soupçonnent. Bien avant, l’odyssée congolaise, le Che est l’ambassadeur de la Révolution cubaine à l’extérieur. Il tient un discours mémorable à l’ONU en 1964 et entreprend un périple en Algérie, en l’Egypte, au Congo Brazzaville, en Guinée Conakry, au Ghana, au Mali et en Tanzanie. Cuba en cette décennie 60 a une vision claire pour l’Afrique : permettre aux pays qui viennent de se libérer de la tutelle coloniale de faire face aux menaces de la néo -colonisation et aider les mouvements de libération à chasser les envahisseurs des territoires qu’ils occupent. Auparavant avant l’installation de Che au Congo, il avait rencontré les leaders indépendantistes Amilcar Cabral de la Guinée Bissau et du Cap-Vert et Agostinho Neto de l’Angola pour réfléchir sur l’éventualité d’une aide significative que Cuba apporterait à ces deux territoires toujours sous occupation portugaise.  Au milieu des années 60, plusieurs contingents cubains débarquent dans les territoires sous tutelle portugaises. Il aide également les pays africains anti-impérialistes dans le domaine de la santé, de l’éducation et à la formation militaire. Certains spécialistes des rapports entre Cuba et l’Afrique disent  que l’aide militaire de l’Ile a participé à l’accélération de la Révolution des œillets au Portugal. L’empire portugais face aux nombreux foyers ouverts par les partisans de l’indépendance avait envoyé un nombre important de militaires. La guerre des colonies a provoqué une Révolution et cela était dû à l’impasse constatée par les officiers portugais dans les guerres coloniales en Afrique pour un empire colonial dépassé. Ce qui s’est soldé par la chute de la dictature salazariste. En 1974, la libération de la Guinée Bissau avait fait tomber l’empire portugais mais Cuba n’en avait pas fini avec l’aide aux guérilleros de l’indépendance. Après la Guinée Bissau, Cuba se tourne vers l’Angola. Trois partis à savoir le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) amené par Neto, le Front populaire de libération de l’Angola (FNLA) d’Holden Roberto et le l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) s’affrontent dans un contexte de guerre froide. Les enjeux économiques sont énormes pour les Etats-Unis parce qu’il y a d’importantes ressources pétrolières et diamantifères. L’Afrique du Sud, qui a annexé illégalement la Namibie, craint que l’option socialiste de l’Angola n’influence des indépendantistes namibiens. Les Etats-Unis appuient l’UNITA de Jonas Savimbi. Le MPLA, malgré sa victoire avec l’aide du contingent cubain, ne parvient pas à mettre un terme à la guerre après la proclamation de l’indépendance. Le conflit s’est poursuivi pendant plusieurs années avec son lot de pertes en vies humaines. En juillet 1988, un accord est enfin trouvé entre l’Afrique du Sud, le MPLA et Cuba. Dans cet accord, l’Afrique du Sud renonce à l’occupation de la Namibie et accepte que les élections s’y tiennent sous la supervision de l’ONU. Après 6 mois, Cuba retire son contingent militaire en Angola après une présence qui a duré 15 ans. Quand le prisonnier le plus célèbre du monde, Nelson Mandela fut libéré en février 1990, il a reçu les personnalités importantes du monde. Il avait même été fait Prix Nobel de la paix pour son combat mené pour la paix. Emprisonné en juillet 1963 sur indication de la CIA, le Madiba dans ses premières années de liberté n’avait qu’une idée en tête : retrouver ceux qui avaient aidé son pays à se libérer de l’apartheid, avec en tête le commandant Fidel Castro. Son premier voyage en dehors de l’Afrique du Sud fut Cuba. En tête à tête avec Castro, Mandela  l’interrogea: « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud. Nous avons reçu la visite de tas de gens. Et vous, qui nous avez aidés à entrainer nos combattants, qui avez financé notre lutte pour qu’elle puisse continuer, qui avez formé nos médecins, etc., vous n’êtes jamais venu chez nous. Quand allez-vous venir ?»

Merneptah Noufou Zougmoré

La Tricontinentale

Un grand rendez-vous de l’histoire

En janvier 1966,   s’était tenu à la Havane dans l’ancien hôtel Hilton, la conférence de solidarité entre les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, connu sous le nom de la Tricontinentale. Ce rendez-vous avait lieu 10 ans après le sommet dit des « parias » de Bandung. A cette rencontre avait répondu à l’appel tout le gratin mondial de la Révolution. Il y avait les délégations des nouveaux Etats indépendants, celles des mouvements de libération et les groupes hostiles au néo-colonialisme. Les intellectuels et artistes progressistes tels qu’Alberto Moravia, Mario Vargas, Llosa, Regis Debray et Joséphine Baker y étaient. Les concepteurs de ce forum entendaient combattre l’impérialisme américain et le vieux colonialisme sans pour autant dépendre de Moscou ou de Pékin. Ils affirment que l’expérience de la lutte de Cuba peut être expérimentée ailleurs. La deuxième conférence de même type prévue en 1968 n’aura pas lieu. Le bilan politique de la Tricontinentale est contrasté. La perte des combattants de la liberté sous la répression a été effroyable. Les services spéciaux américains (CIA et NSA) présents à la Tricontinentale considèreront comme succès l’élimination des leaders participants à cette rencontre les années après et continueront ces basses besognes avec le soutien des dictatures en Amérique Latine.  Avec le recul, on note l’aide particulière de Cuba à l’Afrique à travers son soutien aux mouvements de libération et les nations nouvellement indépendantes.

MNZ

 

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