Les défenseurs de la forêt en ordre de bataille contre la déforestation

Le Groupe de Recherche-Action du Burkina sur la gouvernance forestière (GAGF) a organisé une conférence de presse le 9 juin dernier à Ouagadougou pour annoncer les actions de plaidoyer qu’il compte mener sur cinq thématiques liées à l’environnement et à la forêt. Il est également prévu une caravane de presse pour un plaidoyer en faveur du karité.

Pour Sylvestre Bangré Ouédraogo, modérateur du GAGF : « Il s’agit précisément de l’application effective des décrets portant transfert de compétences et des ressources de l’Etat aux collectivités territoriales (régions et communes) dans le secteur de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles. » Le blocage pour lui se situe au niveau des protocoles d’opérationnalisation des transferts qui ne sont pas encore signés. Pourtant, les décrets ont été pris depuis octobre 2014. Ils plaident  également pour la prise de textes réglementaires qui permettent aux communautés d’assurer elles-mêmes, la gestion des ressources de la forêt. La seconde thématique est l’harmonisation et la vulgarisation des textes dans le secteur agro-sylvo pastoral. Les lois qui encadrent le domaine existent mais les textes se chevauchent. Autre insuffisance constatée, c’est l’absence de décrets d’application pour certaines lois. La troisième thématique est liée à la fiscalité communale. Sur ce plan, le GAGF indique que : «le code général des collectivités territoriales en ses articles 89 et 90 assigne aux communes des responsabilités en matière de préservation et de gestion durable des ressources naturelles. Celles-ci ne peuvent malheureusement pas assumer correctement ces responsabilités parce qu’elles profitent très peu des retombées des différentes formes d’exploitation des ressources naturelles. » Pour donner plus de précisions, l’ancien Ministre de l’Environnement Fidèle Hien, personne ressource du GAGF a indiqué que pour le moment, les taxes inhérentes aux ressources forestières qui devraient aller aux budgets communaux sont versées au Trésor public. Les ressources forestières sont sources de revenus en termes de taxes perçues mais les communes sont mises à l’écart parce que les textes ne les permettent pas d’en être les bénéficiaires. La quatrième problématique déclinée en thématique est le karité. En 2016, le Burkina Faso occupait le 2ème rang des producteurs mondial du beurre de karité après le géant Nigéria. Il représente le 4ème  produit d’exportation du Burkina Faso après l’or, le coton et la filière bétail/viande. Malgré la viabilité de ce produit, les indices indiquent que depuis les années 1950 le parc subit une dégradation importante de même que la population des arbres de karité vieillissent. Pour corroborer cette affirmation les chiffres donnent davantage d’indication. Dans les années 50 la densité moyenne des arbres de karité qui était de 230 pieds à l’hectare est passée à 11 arbres à l’hectare en 2004. En plus de cela il est connu que le karité est une espèce dont la reproduction est difficile. La difficulté identifiée comme thématique est aussi la sensibilisation des élus locaux sur les questions environnementales, forestières.  Il ressort que le Burkina Faso ne compte que 77 forêts classées, 27 forêts sont à vocation fauniques et 50 à vocation forestières, 4 zones cynégétiques et 9 forêts protégées. Le domaine forestier classé de l’Etat couvre une superficie totale qu’on estime à 3, 9 millions d’hectares, soit 14% environ de l’étendue du territoire national. Pour un domaine aussi important,le GAGF souligne qu’: « Avec la décentralisation, il est impérieux que les communes prennent toute la mesure des défis et des enjeux environnementaux. Dans certaines communes, la planification locale ne prend toujours pas suffisamment en compte la question environnementale, surtout forestière, alors que des arguments existent pour justifier leur engagement sur ces questions. »

Les arbres subissent les effets néfastes des hommes par leurs destructions au quotidien pour en faire le bois de chauffe. Ils sont également détruits dans l’objectif de faire de l’espace pour les activités champêtres. Avec une couverture forestière qui était déjà en dessous de la norme internationale qui est de 25% alors qu’au Burkina Faso on en est à 18%, l’effet de la destruction de 110000 hectares de la forêt par an, met le pays au bord du précipice si on n’y prend garde. C’est pour toutes ces raisons que le Groupe de recherche-Action du Burkina sur la gouvernance forestière (GAGF) a inscrit la problématique dans ses actions de plaidoyer. En effet depuis 2016, le GAGF travaille avec les députés, l’association des régions du Burkina Faso, l’association des Municipalités du Burkina Faso, les projets et programmes nationaux, les ONG nationales et internationale dans l’optique de la mise en place d’un groupe de plaidoyer. Ce groupe a mené des discussions avec les acteurs intervenant dans le secteur agro-sylvo- pastoral et en a dégagé une douzaine de thématiques. Sur les 12 préoccupations, le groupe de plaidoyer a retenu 5 thématiques. Des documents de plaidoyer ont été écrits et serviront de guide pour une première campagne de plaidoyer. Parmi les thématiques retenues, il y a le transfert de compétences.

La problématique de la préservation de l’arbre de karité fera l’objet de caravane au mois de juillet. Cette activité est portée par TREE AID qui est le partenaire du GAGF. La caravane visitera les régions où TREE AID conduit des expériences qui prennent en compte la question du karité et des filières qui y sont attachées. Les rencontres de plaidoyer auprès du Premier Ministère, le département en charge de l’Environnement et autres décideurs sont prévues pour juillet, septembre et octobre 2018.

Merneptah Noufou Zougmoré

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