Dossier Norbert Zongo: Pourquoi le juge Zerbo doit s’intéresser à ses confrères

Les récentes révélations du procureur général près la Cour de cassation, Armand Ouédraogo, sur le dossier David Ouédraogo, devraient ouvrir des pistes pour le juge d’instruction qui a la charge du dossier Norbert Zongo. Les dossiers David Ouédraogo et Norbert Zongo étant liés. Certains magistrats ont marqué les dossiers emblématiques des années 2000.  À l’époque, tous les burkinabé épris de justice avaient été choqués de la manière dont ce dossier avait été traité. Il ne peut pas avoir de vérité si le juge d’instruction Zerbo n’entend pas certains de ses confrères.

Le cousin de David Ouédraogo, Moise Ouédraogo confiait au bimensuel « L’Évènement » en 2007 que Norbert Zongo avait été assassiné pour ses investigations sur la mort du chauffeur de François Compaoré, David Ouédraogo. Il confirmait ainsi les conclusions du rapport de la commission d’enquête indépendante. Selon Moise Ouédraogo, Edmond Koama, reconnu coupable des tortures sur David Ouédraogo, lui aurait confié que les écrits de Norbert Zongo prendraient fin. Le procureur Adama Sagnon avait pris du temps pour l’entendre après son interview dans les colonnes du bimensuel. Quand, il décida de le faire, c’est pour accuser l’intéressé de déséquilibré et de menteur, au motif que le seul témoin de Moise Ouédraogo, Dieudonné Sebgo a réfuté cette version.  Les deux frères avaient écrit sous instruction de François Compaoré une lettre pour désavouer et dénoncer leur cousin Arthur Ouédraogo, cameraman à la télévision nationale à l’époque des faits. Pour service rendu, Moise et son cousin Dieudonné ont été logés, nourris au quartier Larlé pendant des mois par François Compaoré. François les aurait logés pour les éloigner d’Arthur Ouédraogo. À l’époque, le procureur Sagnon avait préféré parler d’un esprit revanchard d’un repris de justice pour botter en touche. Moise Ouédraogo avait été épinglé dans une affaire à Air Burkina et interpellé, puis incarcéré à la MACO. Le procureur avait un alibi pour écarter son témoignage. Le gouvernement a suivi le procureur. Le premier ministre de l’époque, Ernest Paramanga Yonli, et le ministre de la justice, Boureima Badini, s’étaient réjouis du travail de ces magistrats qui ont contribué à laver l’honneur d’un honnête citoyen. Pendant les sept (07) ans qu’a duré l’instruction du dossier Norbert Zongo au cabinet du juge Wenceslas Ilboudo, les deux procureurs Abdoulaye Barry et Adama Sagnon ont balayé tous les éléments de preuve qui ont été présentés, pour ne prendre en compte que la version de Racine Yaméogo. Ce dernier avait contredit la version de Marcel Kafando, seul inculpé avant de se rétracter.

La responsabilité du tandem juges acquis-gouvernement de Blaise

Les Juges Abdoulaye Barry, Adama Sagnon et Wenceslas Ilboudo, les ministres Dramane Yaméogo et Boureima Badini sont les personnalités qui ont conduit le dossier Norbert Zongo au non-lieu. Armand Ouédraogo renforce des vérités déjà connues dont l’implication de la hiérarchie militaire dans la production des faux procès-verbaux sur les déclarations de David Ouédraogo. La hiérarchie militaire avait attribué ces procès-verbaux au seul gendarme Abdoulaye Siemdé. En clair, comme d’autres avant lui l’avaient déclaré, les procès-verbaux ont été fabriqués par les deux gendarmes à la demande d’un haut responsable militaire et politique. Abdoulaye Siemdé n’a pas supporté la pression et s’est donné la mort. Mais le deuxième gendarme est encore vivant et pourrait contribuer à la manifestation de la vérité pour les parents de la victime et l’ensemble des Burkinabè. Le procureur général enfonce une porte déjà ouverte. À l’époque, la société civile et surtout le collectif avaient dénoncé la manipulation des procès-verbaux et la production du faux pour disculper des personnes. David Ouédraogo n’a jamais été entendu par la gendarmerie, comme l’avait écrit à plusieurs reprises Norbert Zongo. Le couple François a préféré faire appel à la garde présidentielle, que de confier l’affaire à la police ou à la gendarmerie. David Ouédraogo a été gardé pendant près d’un mois au Conseil de l’Entente, une caserne militaire, pour une affaire de vol dont on le soupçonnait d’avoir commis au préjudice de Sala Compaoré, l’épouse de François Compaoré. François Compaoré fut un temps inculpé pour « meurtre et recel de cadavre » avant que les poursuites ne s’arrêtent. Dans le procès de l’affaire David Ouédraogo, les juges de l’époque ont travaillé à soustraire François Compaoré de la procédure.  Il a comparu en tant que simple témoin, alors que tout indique que c’est le couple Compaoré qui a livré David Ouédraogo à Marcel Kafando pour qu’il soit torturé. Face à l’indignation populaire, les juges ont condamné trois militaires de la garde présidentielle, dont l’adjudant Marcel Kafando. Ils ont été reconnus coupables de séquestration, de torture et de meurtre dans cette retentissante affaire. Les honoraires des avocats de ces militaires reconnus coupables du meurtre de David Ouédraogo ont été payés par François Compaoré qui les a soutenus tout au long de la procédure.  Plus tard, ces militaires condamnés ont été remis en liberté.

Armand Ouédraogo donne des précisions sur le dossier David Ouédraogo

Le juge Armand Ouédraogo, dans sa lettre ouverte « pourquoi, je refuse de comparaître devant le CSM » déclare clairement que le dossier David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré a été tripatouillé. Il ressort que l’ex-procureur Abdoulaye Barry s’est immiscé dans l’instruction du dossier afin d’empêcher la manifestation de la vérité. « Je refuse de comparaître devant un juge qui a prêté main forte aux puissants de l’époque pour brimer les victimes et cela, quelle que soit la sanction encourue. C’est aussi cela la dignité du magistrat. », écrivait-il.  Dans ses « réquisitions », le procureur général près la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire, Armand Ouédraogo, pose le problème de la légitimité du président du conseil de discipline institué par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Une défense, qui bien qu’elle paraisse juste, reste peu convaincante. Cette question devrait pourtant être tranchée dès la désignation des membres du conseil de discipline. La nomination du juge Adama Sagnon comme ministre de la culture dans le gouvernement de la Transition, impliqué aussi dans le traitement du dossier Norbert avait suscité un tollé général au sein de l’opinion et des manifestations de certaines organisations de la société civile. L’ex-premier ministre Isaac Zida était obligé de le remercier.

Les juges acquis interpellés pour éclater la vérité

Le peuple a fait son insurrection, mais pour avancer, il faut une révolution au niveau de la justice. Il est impératif que le conseil de discipline qui est mis en place se penche sur le traitement des dossiers emblématiques. Des dossiers de crimes qui ont plongé des Burkinabè dans une crise profonde. Pour que les acteurs de la justice se réconcilient entre eux et avec le peuple, il faut un nettoyage des écuries. Des magistrats ou « juges acquis » ont manipulé des dossiers de crimes de sang, en toute impunité pendant longtemps. Ces magistrats ont violé leurs serments, politisé la justice. De par leur comportement, la justice burkinabè a perdu sa crédibilité aux yeux de l’opinion. Il est déjà bon que les dossiers emblématiques soient rouverts, mais il faut entendre les complices, dont les premiers sont ces juges qui ont connu ces dossiers. Les dossiers Norbert Zongo, Boukari Dabo et bien d’autres continueront à diviser si la vérité n’est pas dite. Des juges tristement célèbres doivent être entendus.

Abdoul Razac NAPON

 

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