Qui était Winnie avant sa rencontre avec Madiba ?

L’héroïne de la lutte anti-apartheid Winnie Mandela a bu dans la coupe de la mort. Décédée le 02 avril 2018, elle a été inhumée le 14 avril. Retour sur quelques faits qui ont marqué la vie de cette grande militante.

Avant que l’histoire ne la propulse au-devant de la scène, Winnie Madikizela  était une jeune fille anonyme qui avait vécu pendant son enfance en milieu rural. Elle est née dans une région qui s’appelait le Pondoland dans une famille de onze (11) enfants dont elle était la 5ème fille. Toute petite, elle s’occupait du bétail de son géniteur. Son père était fermier et avait obtenu aussi les diplômes d’enseignants. Il était par conséquent travailleur de la terre et directeur d’école à la fois. La petite Winnie a débuté son cursus  scolaire dans l’établissement où son père était le premier responsable et enseignant en histoire. Sa mère décédée quand elle n’avait que 8 ans. L’essentiel de l’éducation des nombreux enfants de la famille de la future épouse de Nelson Mandela a été assuré par leur père. Pour ce qu’il dispensait comme enseignement d’histoire, Winnie raconte qu’il disait en classe : «  Je vous ai donné la version de l’homme blanc. Mais la vérité la voici. » Et il racontait l’histoire réelle des noirs du pays. Il assurait également les enseignements sur la situation politique de l’Afrique du Sud. La future héroïne de la lutte anti-apartheid soutient avoir reçu quelques enseignements de sa grand-mère également. Cette dernière avait assisté à l’invasion du pays par les blancs qu’elle appelait «  les singes blancs ». Dans ce qu’elle raconte sur la venue des blancs en Afrique du Sud, elle conclut « … que ces gens était venu dans le but de s’emparer du pays et de ses richesses. » Pendant la période de l’enfance de Winnie, l’on remarquait la différence dans les vêtements entre enfants des commerçants blancs et ceux du peuple autochtone. Les premiers portaient les beaux vêtements à la différence des enfants des noirs dont les parents ne pouvaient pas s’offrir le luxe d’habiller leur progéniture aussi chèrement. Ils n’avaient pas les moyens de le faire. A partir de ce constat on savait qu’il n’y avait pas d’équité.

L’Ecole qui a formé l’élite noire

A la fin du cycle primaire Winnie intègre une école d’enseignement secondaire appelée institution Shawburg. Il passera son baccalauréat dans ce lycée au moment où l’apartheid avait pris une tournure. Ses professeurs venaient de l’Université Fort Hare. Cette institution académique a influencé les grands noms tels que Julius Nyereré, Kenneth Kaunda, et Robert Mugabé. C’est pendant ses années de lycée qu’elle a entendu parler de la campagne de défiance. Johannesburg était le point névralgique de cette campagne mais tout le pays ressentait l’effet de cette action. Elève à cette époque à l’intérieur de l’Afrique du Sud au Transkei, c’est en ce moment que Winnie va entendre parler de Nelson Mandela, d’Olivier Tambo, d’Albert Luthuli. Elle apprend que son pays était régi  par des lois injustes. Pendant la période de l’application de ses lois injustes l’adolescente Winnie avait été affectée par la position non progressiste de son père : « Mon père était toujours directeur d’école lorsque le système des bantoustans fut introduit. Il fut le tout premier Ministre de l’Agriculture dans un Etat fantoche. La première expérience des homelands mise sur pied par le parti nationaliste eu lieu dans le Transkei. Le premier gouvernement comprenait 5 soi-disant ministres, dont mon père. Ce fut comme une trahison de sa part. J’en fus profondément affectée. » C’est au même moment où l’icône féminine de la lutte anti-apartheid s’engageait contre la classe dirigeante afrikaaner. Ces lois injustes avaient entrainé ce qu’on avait désigné sous le nom de « la révolte de Pondoland ». Le régime issu du parti national avait introduit les lois d’apartheid en découpant l’espace rural zone par zone, selon des nouvelles lois appelées « Trust regulations ». La réaction de la tribu de Winnie était violente. Les blancs avaient ravi la terre et l’héritage laissé par les ancêtres. Dans l’entretien qu’elle a accordé à Honoré De Sumo, intitulé Winnie Mandela : Ma part de Vérité, elle explique l’étendue du désastre de cette révolte : « Il y  eut révolte dans le pays et mon père fut une des cibles des villageois. Ces derniers l’aimaient beaucoup lorsqu’il était enseignant et  qu’il dirigeait l’école, lorsqu’il décida de faire partie du système fantoche des homelands, ils se retrouvèrent contre lui. Matanzima, un proche parent de M. Mandela, fut placé à la tête du bantoustan. Notre ferme fut attaquée et la famille s’enfuya, excepté ma grand-mère qui n’avait pas assez de force pour suivre les autres. Elle fut agressée à l’arme blanche et se retrouva paralysée. Elle mourut plus tard de ses blessures. ». Winnie sera marquée pendant longtemps par ce drame qui a emporté sa grand-mère. Elle poursuit son témoignage : « Cette expérience fut mon premier contact avec la violence à la maison. Mon père y échappa par miracle. En fait, il ne se remit jamais de ce qui arriva. Cela entraina beaucoup de tragédies à la maison. Ma rancœur ne pouvait pas être exprimée avec des mots. J’étais blessée au plus profond de mon âme. Nous adorions ma grand-mère. Elle ne mérite pas cette mort brutale. Elle n’avait rien fait de mal. Tout comme les milliers de noirs qui sont morts à cause de la violence engendrée par l’apartheid. ». Quant au père de Winnie, il avait été naïf. Il croyait que de l’intérieur du système mis en place par le parti national, on pouvait influer sur les décisions.

Merneptah Noufou Zougmoré

Sa rencontre avec Nelson Mandela

« Je travaillais à « Baragwanath hospital » de Soweto lorsqu’un jour je reçu un coup de téléphone de M. Nelson Mandela. Mon cœur s’arrêta presque de battre. Je ne pouvais pas croire qu’un aussi grand homme téléphonerait à une petite jeune fille comme moi. Je n’imaginais même pas qu’il savait que j’existe. J’étais de service. Il me dit qu’il voulait me rencontrer pour discuter d’un programme de collecte de fonds au profit de l’ANC en fait pour les membres du mouvement inculpés au « procès de la trahison ». C’était en 1956. J’avais obtenu mon diplôme en 1955 et mon premier poste fut « Baragwanath hospital » M. Mandela pris donc rendez-vous pour me voir. J’avais très peur et pus difficilement manger les jours qui précédèrent le rendez-vous. Mon travail consistait à m’occuper des enfants abandonnés. J’étais plutôt connue en cette qualité. Je faisais des enquêtes sur les cas d’adoption. Je m’occupais surtout des délinquants. Il m’arrivait d’écrire des articles dans le Golden City post pour solliciter de l’aide qui servirait à l’enterrement des enfants abandonnés, à la recherche de leur famille et de celles des handicapés et des malades mentaux. Je ne pensais pas que j’attirerai l’attention des dirigeants de l’ANC… Je m’assis dans le bureau de Mandela comme un objet décoratif. Je me trouvai bien ridicule et pensai : « Mon Dieu ! Quel entretien ! Ce monsieur travaille et nulle mention n’est faite des fonds à collecter. » Il me prit pour une petite fille qui n’observait pas le moindre de ses gestes. Et même aujourd’hui encore, je reste pour lui cette petite fille là. Il me demanda plus tard si j’avais faim. Je répondis négativement alors que je voulais bien manger. Il poursuivit tout de suite en me proposant de l’accompagner pour déjeuner. Il semblait avoir très faim. Il se disait qu’avant d’entrer dans le vif du sujet, il ne devrait pas avoir l’estomac vide. Il m’emmena dans sa voiture. Mandela ne s’était jamais assis un jour pour me dire qu’il souhaitait que nous sortions ensemble. Nous sommes juste allés l’un vers l’autre, et avons développé une amitié qui était pleine de chaleur. Ce ne fut pas l’histoire du soulier de Cendrillon et je ne fus pas non plus enlevée par un prince charmant monté sur un cheval blanc. J’aurais été trop lourde à soulever.

Extrait du livre Winnie Mandela : Ma part de Vérité de Honoré De Sumo       

                                                                                                                                                                                  

L’adieu de Winnie au township de Soweto

Même avec l’avènement du Congrès national Africain (ANC) au pouvoir Winnie a préféré vivre avec les modestes gens qui avaient porté la lutte anti-apartheid avec elle dans le  township de Soweto. C’est dans le stade de Soweto également  que s’est déroulée la cérémonie du dernier hommage de celle qu’on appelait affectueusement « La mère de la Nation ». Plusieurs milliers de personnes sont venues être témoins de ce dernier rendez-vous entre Winnie et l’Afrique du Sud dont elle a tant donné pour la liberté et la fin de ce système ignoble qui était l’apartheid. Les militants de l’ANC étaient parés des couleurs du parti. Il y avait également les militants de la formation politique de Julius Malema, l’Economic freedom fighters dont les thèses sont proches de Winnie sur la gestion postapartheid. Malema lors de son speech s’en est pris aux « vendus » qui certainement par leurs attitudes ont écorné l’image des porteurs de la lutte anti-apartheid et des militants historiques qui ont bravé tous les dangers. Zenani Mandela, la fille de la disparue a dénoncé à son tour « les hypocrites ». Elle en veut  à ces sinistres individus qui versent les larmes de crocodiles. Alors que du vivant de sa mère ces mêmes lui ont donné des « coups de canif ». Elle n’a pas manqué non plus de fustiger l’individualisation du triomphe de l’aboutissement par la victoire de la fin de l’apartheid. Pour elle, Winnie et Nelson étaient : « Une femme et un homme qui se complétaient » donc il n’y a pas lieu de les opposer. Le Président Cyrill Ramaphosa quant à lui a regretté que le rôle que Winnie Madikizela Mandela a joué dans la lutte contre le système ségrégationniste  ne soit pas reconnu à sa juste valeur. Il a aussi promis de se rendre aussitôt à Marikana pour rencontrer les familles des mineurs qui avaient été abattus en 2012. C’est semble-t-il ce que Winnie lui avait conseillé avant sa disparition. Après la cérémonie d’hommage, l’ex-épouse de Madiba a été conduite à sa dernière demeure le 14 avril au cimetière de Fourways dans un quartier résidentiel de Johannesburg ou l’avait devancé une de ses petites filles en 2010.

MNZ

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
34 ⁄ 17 =