Extradition de François Compaoré: La mauvaise foi des Français

Le 26 mai 2018, le Chambre de contrôle de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a renvoyé le dossier au 3 octobre 2018, le temps que le Burkina Faso apporte des éléments complémentaires. Très vite, les conseils de François Compaoré ont jubilé, car ils estiment qu’il s’agit du premier camouflet pour la justice burkinabé. S’il est très tôt pour une partie de jubiler, le comportement de la justice française fait planer des doutes sur son impartialité.

Dans une déclaration pondue dans la foulée, les avocats affirment que le parquet général demande le degré d’implication de François Compaoré dans les faits qui lui sont reprochés. Les Français auraient demandé au Burkina Faso, les peines applicables, si François Compaoré venait à être reconnu coupable et condamné à perpétuité. « Prenant note de l’abolition de la peine de mort au Burkina, les juges s’interrogent sur les éventuelles dispositions visant à l’aménagement des peines pour les condamnés à la perpétuité au Burkina. C’est bien ce chef d’inculpation qui attend François Compaoré. Le tribunal demande les éléments nouveaux apparus dans l’affaire et ayant permis la réouverture du dossier Norbert Zongo, justifiant ainsi l’émission d’un mandat d’arrêt international contre François Compaoré. En plus de tout cela, la Chambre de l’Instruction souhaiterait que le Burkina Faso verse au dossier de demande d’extradition les éléments matériels permettant d’établir la culpabilité de François Compaoré dans ces 4 assassinats », lit-on dans leur communiqué. En clair, si on suit bien la logique de Me Olivier Sur, avocat de François Compaoré, la justice française a décidé d’instruire le dossier François Compaoré et exige que la partie burkinabé présente des éléments de preuves, car « selon le code pénal burkinabé, un mandat d’arrêt ne peut être délivré qu’à l’endroit d’une personne inculpée », or en l’espèce la justice parisienne constate que François Compaoré n’a pas été inculpé. S’il est extradé, il sera jugé pour des faits imprécis. « Le juge burkinabé n’aurait pas apporté des précisions suffisantes sur la nature ou des faits matériels », poursuit le conseil de l’ex conseiller de Kosyam. Les avocats de la défense vont plus loin en déclarant publiquement que la procédure d’extradition visant François Compaoré est une instrumentalisation politique pour l’écarter de la présidentielle de 2020. La requête vise à nuire au clan Compaoré, après avoir échoué à poursuivre Blaise Compaoré devant la Haute cour de justice. Une profession, claire de mauvaise foi qui ne s’aurait convaincre même les soutiens indéfectibles de leurs clients. Le mandat d’arrêt contre François Compaoré a été émis sous la Transition. Le président de la Transition Michel Kafando en avait fait la promesse au peuple burkinabé le jour de son investiture. Les dossiers emblématiques, de dimension nationale et internationale comme ceux de Thomas Sankara, Norbert Zongo et Dabo Boukari, étaient bloqués par le pouvoir déchu puisque les commanditaires étaient au cœur du régime déchu.

Les délires de Me Olivier Sur et le mépris des français

Me Olivier Sur, essaie par tous les moyens de convaincre les juges français que la justice burkinabé n’a ni la volonté, ni les moyens pour connaître le dossier Norbert Zongo. Mais, cette position est de bonne guerre pour les conseils d’un prévenu. Pour la gouverne de la défense de François Compaoré, leur client est présumé innocent, et demander la preuve de sa culpabilité relève de la mauvaise foi. Pour mémoire, il existe des cas de jurisprudences abondantes. Youssouf Fofana, ce Français, originaire de la Côte d’Ivoire suspecté d’être le chef du gang responsable de la séquestration et de la mort d’Ilan Halimi, en fuite a été arrêté à Abidjan et  remis  à Jean-Claude Marin, le procureur de Paris en moins de quarante-huit heures. En 2015, Mohamed Bensakhria, un Algérien soupçonné d’être le lieutenant terroriste en Europe du milliardaire saoudien réfugié en Afghanistan, a été extradé discrètement en France à la demande de la justice parisienne. Les autorités afghanes, et ivoiriennes n’ont pas demandé la preuve de leur culpabilité avant de les extrader. Ce qui choque, c’est l’attitude de la justice française elle-même. Elle traine délibérément les pieds et multiplie les obstacles, avec la demande de nombreuses pièces. Alors que dans certaines demandes d’extradition avec d’autres pays, les choses sont allées très vite. En moins d’une semaine, la France a extradé vers la Russie Stanislav Moloko, soupçonné de contrebande de cocaïne en 2016. Des personnes recherchées dans des affaires similaires ou pour des actes terroristes ont été remises à la justice américaine. Ce comportement de la justice française n’est pas une première dans ses relations avec les Etats. La France a elle aussi demandé et obtenu l’extradition de personnes soupçonnées dans des crimes, sans que leur culpabilité ne soit établie. Elle continue de protéger des génocidaires rwandais, exilés sur son territoire. La Cour de cassation française a tout récemment émis un avis défavorable à la demande d’extradition formulée par les autorités rwandaises à l’encontre du P. Marcel Hitayezu, accusé par les autorités de son pays d’avoir participé au génocide de 1994. La France a longtemps été une terre d’accueil des grands criminels, des dictateurs. C’est le cas de l’ex président haïtien Jean Claude Duvalier alias Bébé Doc, chassé du pouvoir en 1986 par une population affamée, du fait des détournements qui ont laissé le pays exsangue. Alors que les Etats-Unis lui avait refusé l’asile politique, c’est finalement en France qu’il trouve une nouvelle terre d’accueil. Devant l’indignation générale, la présidence de François Mitterrand promet qu’il n’y restera que 8 jours. Mais, Bébé Doc va y demeurer, sans une autorisation officielle d’asile, pendant vingt-cinq ans.  À son arrivée dans l’Hexagone, Bébé Doc mène un train de vie luxueux. Tout près  du Burkina Faso, il y a aussi les cas de l’opposant Hama Amadou du Niger poursuivi par la justice de son pays qui y réside depuis des années. Les rebelles touaregs maliens, avaient pour terre d’asile la France et la Libye. Le cas de François Compaoré risque d’emprunter le même chemin, du fait d’un manque de volonté manifeste des autorités et de la justice française, pourtant présentée comme l’une des plus indépendantes de la planète. Il y a eu de tout temps deux poids, deux mesures. La justice française, et l’exécutif se rejoignent sur certains dossiers et plus particulièrement, lorsqu’il s’agit des relations internationales, où elle a des intérêts. L’indépendance est donc à la tête du client. Et les réseaux France- Afrique sont visiblement au travail pour sauver le soldat Compaoré.

La bataille va surtout se dérouler sur le terrain politique

Le président ivoirien fait des pieds et des mains pour empêcher l’extradition de François Compaoré, petit frère de son parrain Blaise Compaoré. Ces derniers mois, l’hôte de la famille Compaoré a multiplié les rencontres avec le président Macron. Alassane Ouattara était en visite de travail avec certains de ses ministres à l’Élysée le 20 avril 2018. C’est le troisième voyage dans l’Hexagone depuis l’arrivée de Macron à l’Élysée. Selon plusieurs sources, Alassane Ouattara a plaidé la cause de François Compaoré. Il aurait demandé clairement à Macron d’intervenir dans le dossier de son désormais compatriote François Compaoré. C’est-à-dire qu’en dehors du combat sur le plan judiciaire, le sort de ce dossier se joue également au niveau politique. Le réseau du clan Compaoré, met à profit ses alliés pour éviter l’extradition. Le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré n’a visiblement pas cette volonté, ou peut-être les moyens pour faire basculer la balance du côté du Burkina Faso. Le rapport de force sur la diplomatie internationale est du côté de Ouattara qui est reçu à l’Elysée avec tous les honneurs dûs à son rang. Ce feuilleton d’extradition risque d’être long.

                                                                                                                              Abdoul Razac NAPON

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
28 ⁄ 14 =