G5 Sahel, le comble de l’absurdité

Les Chefs d’Etats africains du G5 Sahel. De gauche à droite les Présidents Nigérien Mahamadou Issoufou, tchadien Idriss Déby, Malien Ibrahim Boubacar Keita, Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, burkinabè Roch Marc Christian Kaboré

De ce qui précède il faut se rendre à l’évidence que le G5 Sahel est une absurdité. L’approche militaire est marginale et les chefs d’Etat tablent sur des projets de développement en pensant inverser la courbe de l’insécurité. C’est perdu d’avance. Dans cette démarche, les pays du G5 Sahel n’auront ni développement ni sécurité.

Le sommet de la CEDEAO qui vient de se tenir à Ouagadougou sonne comme la mort du G5 Sahel. Bien sûr que ses fondateurs ne le reconnaitront jamais et ne s’avoueront pas vaincus. Ils vont continuer à entretenir le mystère du G5 mais en réalité il ne sera rien d’autre qu’une plateforme pour faire du business. Si la Communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a dû se saisir de la question terroriste, cela démontre à volonté que le G5 Sahel est simplement une organisation de plus sinon une organisation de trop. Dans un contexte où la tendance mondiale est à de grands regroupements il est curieux de voir que cinq Etats tous membres de l’Union africaine décident de s’isoler dans un sectarisme anachronique pour prétendre combattre un monstre intercontinental qu’est le terrorisme. Que ce soit la CEDEAO ou l’UA, nul besoin qu’il soit écrit dans leurs actes de naissance qu’ils ont pour mission de défendre l’intégrité des territoires et assurer la sécurité des populations pour qu’elle daignent s’engager contre le terrorisme. Tous les pays du monde sont concernés par le terrorisme et tous les Etats africains sont de potentiels proies (faciles) au terrorisme. La preuve il y a seulement une dizaine d’année le Mali semblait se porter bien. La crise touarègue que le pays connait de façon cyclique ne semblait pas être une raison suffisante pour plonger le pays dans son délabrement actuel ? Et le Burkina Faso alors ? Qui l’eut cru ? Au début des années 2000 lorsque le terrorisme se conjugaison en irakien ou en afghans (c’est à l’autre bout du monde), que le Burkina Faso serait aujourd’hui un foyer de terrorisme. Si ces leçons peuvent servir, les Africains devraient savoir que ceux qui ont plus intérêt à s’engager dans la lutte contre le terrorisme et à inscrire ce combat dans une perspective d’unité africaine, c’est d’abord les pays qui semblent aujourd’hui stables et à l’abris du mal. C’est pourquoi l’idée d’un G5 Sahel c’est marcher contre le cours de l’histoire. Non il faut que la lutte contre le terrorisme soit replacée sous le contrôle de l’Union africaine et par délégation sous les ensembles sous régionaux (CEDEAO, CEMAC…). C’est la seule alternative responsable et viable. Heureusement que la CEDEAO l’a affirmé à son sommet de Ouagadougou comme on peut le voir dans cet extrait du communiqué final du sommet « La conférence approuve le principe de l’implication de la Force en attende de la CEDEAO dans la lutte contre le terrorisme. Elle demande aux ministres en charge de la défense et de la sécurité d’étudier les modalités pratiques de cette implication. Elle encourage la Commission de la CEDEAO à continuer le processus d’opérationnalisation du dépôt logistique de la CEDEAO à Lungi, République de Sierra Leone ». Ce passage est un désaveu cinglant l’initiative G5 Sahel qui devrait simplement se dissoudre. Si la CEDEAO a une forme militaire en attente c’est pour qu’elle serve à quelque chose. Qu’est-ce que la force conjointe de cinq pays pauvres pourraient mieux faire par rapport à une force de 15 Etats voire plus puisque, chose rarissime, cette conférence de la CEDEAO a enregistré la participation de pays non membre de la communauté que sont le Tchad, la Mauritanie et le Cameroun. Faut-il le rappeler, la force conjointe du G5 Sahel qui n’est qu’au stade de balbutiement a été anéanti par une attaque terroriste qui a pulvérisé le quartier général de cette force militaire des cinq pays. C’est un attentat à la voiture piégé qui a détruit le vendredi 29 juin 2018 (à trois jours d’une rencontre prévue entre les dirigeants du G5 Sahel et le Président Emmanuel Macron), ce haut lieu stratégie du G5 Sahel. L’attaque qui a été revendiqué par le groupe terroriste le GSIM avait fait officiellement trois morts dont deux militaires et un civil mais elle a surtout porté un coup dur à ce projet, le rendant tout simplement ridicule. Cette attaque a contraint les cinq pays à déménager le quartier général de la force conjointe qui a ainsi quitté Sévaré (au Centre du Mali) pour s’établir dans la capitale, précisément à Bandalabougou, un quartier populaire de Bamako. Un aménagement qui ne s’est pas passé sans accros puisque la population malienne et particulièrement du quartier d’accueil avaient manifesté (48 heures de sit-in) pour protester contre cette l’installation de la force conjointe à Bamako. Mais c’était sans succès. Le Quartier général de la force militaire conjointe du G5, créée pour combattre les terroristes, a fui Sévaré pour se réfugier en pleine ville. Faut-il en rire ou en pleurer ?

Des projets dignes d’éléphants blancs

Les G5 Sahel est un regroupement de cinq pays pauvres qui qui vont se mettre sous la coupe de bailleurs internationaux sans lesquels le G5 n’existera même pas de nom. Ces bailleurs internationaux avec pour chef de file la France, ont lancé le 13 juillet 2018 « l’Alliance Sahel » sous l’impulsion du duo franco-allemand. C’était en présence du Président français, de la Chancelière allemande et de la Représentante de l’Union européenne. L’Alliance compte à ce jour au moins douze (12) membres que sont la France, l’Allemagne, l’Union européenne, la Banque africaine de développement, le Programme des Nations-Unies pour le développement, la Banque mondiale, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Finlande. Les États-Unis, la Norvège et la Finlande étant des membres observateurs. L’objectif de l’Alliance Sahel serait « d’éviter le saupoudrage de l’aide, et d’en accélérer le déploiement, y compris dans les zones les plus vulnérables » En vérité il y a le risque si ce n’est pas encore le cas, que tout l’agenda du G5 Sahel se trouve dicté par cette Alliance ou disons tout simplement par le France et l’Allemagne. Que faut-il attendre d’un tel attelage ? En réalité rien et surtout rien contre le terrorisme. Voyez vous-même les six secteurs clés pour lesquels l’Alliance Sahel prévoit des financements : éducation et employabilité des jeunes ; agriculture, développement rural et sécurité alimentaire ; énergie et climat ; gouvernance ; décentralisation et appui au déploiement des services de base ; sécurité intérieure. Où se troupe la guerre contre les terroristes, la reprise des territoires occupés par les terroristes. C’est exactement cela, la théorie du paludéen qui ne prend pas de la quinine mais concentre son dernier souffle à éradiquer les nids de moustiques. C’est beau mais c’est suicidaire. Par exemple les bailleurs au sein de l’Alliance Sahel prévoient financer plus de 600 projets dans les cinq pays pour un montant total de 9 milliards d’euros. L’Agence française de développement (AFP) à elle seule financera plus de 1,6 milliard d’euros de projets. Mais dans tout ça on ne voit pas comment l’Alliance et le G5 Sahel compte reprendre Kidal, restaurer l’autorité de l’Etat dans le Soum. A entendre le G5 Sahel annoncer ses projets seulement, on ne peut s’empêcher de sourire. Récemment, le 06 septembre 2019, au Burkina Faso le ministre en charges des Transports du Burkina, par ailleurs président du comité des ministres en charges des infrastructures ferroviaires du G5, a présidé un atelier de lancement de l’étude de faisabilité du chemin de fer du G5 Sahel (la Transsaharienne). On croirait avoir affaire à Bolloré. Sinon aucun lequel des pays (Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Tchad) a un train ? Ce projet date depuis 2015 (le 20 novembre) lors d’un sommet à N’Djamena. L’étude de faisabilité seulement va coûter 600 millions de franc CFA sur fonds propres des Etats membres. Lors du même sommet il a été décidé également la création d’une compagnie aérienne, Air Sahel ! Tout ça pour assurer le développement et ……la sécurité des cinq pays. Si le G5 doit avoir une compagnie aérienne et un train, finalement à quoi serviraient la CEDEAO et l’UA ? Au même moment les mesures pour faire face à l’urgence sécuritaires sont moins vigoureuses. Ce sont quatre décisions importantes qui avaient été prises lors de ce sommet de N’Djamena. En plus de la création de la Transsaharienne, de la création d’Air Sahel, c’est ce sommet qui avait décidé de la création de la Force conjointe du G5 Sahel et de la création d’une école de guerre. Quatre ans après, quel bilan de ces ambitieuses annonces. La force conjointe est toujours un leurre. Le projet d’« école de guerre » commune des cinq pays s’est muée en un « collège de défense ». Tout cela n’est que mirage et le G5 Sahel un épouvantail ou simple une arnaque.

Cédric Kalissani

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