Le G5 Sahel: Entre business et arnaque !

Tous les yeux sont tournés vers le G5 Sahel. Ce regroupement de cinq pays né sous l’initiative de l’Union africaine et l’instigation de la France serait la dernière trouvaille des Etats du Sahel pour lutter contre le terrorisme. Il est vite apparu aux yeux des populations, ou du moins c’est comme ça qu’il leur a été présenté, comme étant l’ultime espoir pour contrer la vague terroriste. C’est en 2014 que l’institution a été créée, elle a donc cinq ans d’existence en 2019 aujourd’hui. En cinq ans, les terroristes ont réalisé de progrès incroyables dans leurs funestes projets alors que le G5 Sahel parti à la recherche de financement pour ses projets de développement n’est toujours de retour. Ce qui était un espoir se révèle être un épouvantail. Une arnaque !

Le G5 Sahel n’est pas ce que les populations africaines croient et il n’est pas ce qu’il prétend être à travers les discours des officiels. Persister à croire que le G5 Sahel va être une solution à la montée du terrorisme tel qu’on le voit aujourd’hui, c’est se tromper lourdement. Et prendre le risque de se tromper sur les moyens de contre-offensive aux terroristes c’est perdre du temps pendant que le terrorisme gagne en terrain. Et c’est exactement ce que nous observons avec les tergiversations et les louvoiements autour du projet G5 Sahel. Les priorités du G5 Sahel sont très éloignées des urgences sécuritaires du moment et complètement en déphasage avec les attentes des peuples des pays membres et particulièrement ceux des populations des régions occupées. Le G5 Sahel si un jour son action devrait compter dans la lutte contre le terrorisme, ce serait vraiment dans le long terme, dans le très très long terme. En ce moment, si les capitales subsistent, au moins Kidal, Djibo ou encore Diffa auront eu le temps de disparaitre des cartes géographiques des Etats auxquels ils appartiennent plus ou moins encore aujourd’hui. Face à la situation d’urgence actuelle, le G5 Sahel n’est pas seulement inefficace, il est inopérant. Les cinq Etat ont mis en place ce regroupement comme étant un organisme qui allie développement et sécurité. Il faut se rendre compte que bien que crée le 16 février 2014, il a fallu attendre trois ans, soit le 02 juillet 2017 pour voir le lancement officiel de la force conjointe du G5 Sahel lors d’un sommet à Bamako. La force militaire transfrontalière du G5 Sahel sera entérinée le 21 juin 2017 par la résolution 2359 du Conseil de sécurité de l’ONU portée par la France.

C’est dire donc que dans son attelage, le G5 Sahel place le développement en avant et la sécurité après. En procédant ainsi dans un contexte où les pays membres sont minés par le terrorisme, le G5 Sahel n’est pas un mort-né mais il est mal né. Mal né parce que sa mission (priorité aux projets de développement) est en déphasage avec l’impératif du moment pour chacun des cinq pays. Le concept « développement et sécurité » est une bonne approche mais dans le cadre du G5, elle aurait dû voir le jour il y a plusieurs décennies avant la dernière rébellion touarègue au Mali et avant la chute du régime de Kadafi en Libye. Dans le contexte actuellement, comment le G5 Sahel qui jusqu’ici ressemble à une agence de développement peut venir être une réponse à la montée du terrorisme ? Comment la construction de routes, d’infrastructures éducatives et sanitaires, des points d’eau, peut ramener la sécurité dans le Soum au Burkina Faso ou redonner Kidal au Mali par exemple ? Là où il se pose une question d’insécurité, la sécurité devient la priorité des priorités. Les Etats du Sahel sont dans une situation sécuritaire où il est moins question de prévenir l’insécurité (en enrayant les causes) mais plutôt de RETABLIR tout PRIORITAIREMENT la sécurité dans les nombreuses parties des Etats où elle n’existe plus. Rétablir la sécurité cela s’entend principalement au sens militaire exactement de la même manière que le rétablissement de l’ordre s’oppose au maintien d’ordre et est impératif lorsque le trouble à l’ordre public atteint un seuil critique. La menace terroriste dans les Etats du G5 Sahel a dépassé le seuil critique. Les terroristes n’ont jamais réalisé autant d’avancées en terme d’occupation des territoires surtout au Burkina que ces cinq dernières années. Dans l’approche « sécurité et développement » comme le G5 Sahel veut le promouvoir, on peut envisager plusieurs scénarii (au moins deux). Le premier scénario c’est la démarche qui conditionne la sécurité au développement. Dans cette démarche, la priorité est mise sur les investissements pour produire le développement (améliorer l’employabilité des jeunes, développer l’éducation et l’enseignement, améliorer l’accès des populations aux services sociaux, réduire les inégalités sociales, les disparités territoriales, renforcer l’unité nationale, etc.). Cette démarche qui est sans doute une solution à l’insécurité notamment au terrorisme est sans doute une bonne solution. Cependant elle ne peut être efficace que pour les pays encore stable. Cette approche, les pays du G5 Sahel aurait dû l’envisager il y au moins une décennie pour ne pas dire depuis les indépendances. Mais lorsque le ver est déjà dans le fruit comme c’est le cas aujourd’hui (le terrorisme a dépassé l’étape d’une tumeur pour être une véritable gangrène dans les Etats du G5 Sahel), l’inversion de la démarche s’impose. On ne peut plus entrer dans l’approche « sécurité et développement » par des projets de développement comme une solution à l’urgence sécuritaire. C’est la sécurité, plus exactement le rétablissement de la sécurité, qui doit amener le développement. Loin d’être absurde, c’est la démarche de raison, du pragmatisme et de l’efficacité. Aucun développement n’est viable sinon même envisageable dans un contexte d’insécurité totale. Et c’est un truisme que de dire que l’insécurité est totale pour au moins trois pays du G5 à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Le remède que le G5 Sahel propose à la menace terroriste, c’est exactement comme un malade du paludisme à qui au lieu de prescrire de la quinine, on prescrit l’achat de moustiquaires, la destruction des nids de moustiques, la lutte contre les flaques d’eaux. C’est bien mais il fallait y penser avant. Ce malade s’il a la chance d’avoir des enfants, ses descendant seront à l’abris du paludisme (peut-être même totalement) mais lui-même aura eu le temps de mourir de son palu.

L’approche « développement et sécurité » ou « sécurité et développement » n’est pas une approche nouvelle. Loin s’en faut. Le professeur, intellectuel hors pair, Cheich Anta Diop (29 décembre 1923-7 février 1986) avait déjà tranché quand il écrivait comme une sentence, « la sécurité précède le développement ». La réalité du Burkina est édifiante à propos. Peut-on construire des écoles et des centres de santé à Baraboulé, à Nassoumbou, Kerboulé, etc. ? Où en sommes-nous avec la construction de la route nationale Kongoussi-Djibo dont les travaux ont été lancés depuis trois ans soit exactement le 12 août 2016 ? Le tronçon Kongoussi Yargo est terminé mais le prolongement Yargo-Djibo a été abandonné. Les travaux sont aux arrêts depuis plus d’une année et la raison avancée c’est la menace terroriste. Combien d’ONG ou de sociétés ont vu leurs véhicules retirés par les fameux « individus armés non identifiés ? ». L’impossibilité de réalisation de cette importante infrastructure routière (certes utile à la lutte contre l’insécurité) est la preuve que le développement ne peut pas se faire dans un contexte d’insécurité. Outre le fait que l’insécurité ne permet pas de réaliser les investissements souhaités, il faut se poser la question à qui profiteront ces infrastructures au moment où on assiste à un dépeuplement des zones insécurisées ? Pour le Sahel et le Centre-nord au Burkina Faso, on parle de plus de 250.000 déplacés internes selon les chiffres officiels. Des populations qui fuient leurs villages pour abandonner leurs propres biens et les services de l’Etat. A quoi serviraient la réalisation de nouvelles infrastructures qu’elles soient éducatives ou sanitaires, des biens de consommation ou des technologies, dans des zones presque sous occupation terroriste alors même que plus d’un millier d’écoles déjà existantes sont fermées et continuent de fermer en raison justement de la montée du terrorisme. Que ce soit tous les investissements ou services sociaux que le G5 Sahel pourrait offrir aux populations des zones en proie au terrorismes, ces investissements ne serviront à rien tant que l’urgence sécuritaire n’est pas réglée. On a beau chanté que la lutte contre le terrorisme n’est pas seulement militaire (ce qui est une vérité de Lapalisse) mais c’est autant une lapalissade que la solution à l’urgence sécuritaire est fondamentalement militaire. Or qu’est-ce que nous observons ? Le G5 Sahel s’enfonce dans des projets soit dit de développement en promettant des éléphants blancs.

Cédric Kalissani

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