Hôpital de Dori : Des agents de santé rackettent et spolient leurs patients

Une affaire de rackets pollue actuellement l’atmosphère au Centre hospitalier régional (CHR) de Dori. La pratique est déjà assez vieille dans cet établissement sanitaire mais les auteurs qui y ont pris goût sont devenus au fur et à mesure impitoyables pour leurs victimes. Corruption, racket, spoliation ou détournement, nous avons de la peine à nommer le mal avec exactitude mais c’est tout simplement dramatique. Dramatique parce que la pratique sévit dans un secteur sensible et vital comme la santé. Dramatique parce que les auteurs sont des agents soignants et les victimes sont leurs patients. Dramatique parce que les victimes sont des personnes déjà en situation de détresse et de vulnérabilité due à la maladie mais aussi vulnérables par leur situation sociale et économique peu aisée. La relation soignant-patient s’est transformé en relation d’affaires pouvant rapporter de mirobolantes sommes allant de 50.000 à 200.000 FCFA.

L’histoire du vieux Diallo Hama Hamidou dit Bassirou est une de ces malheureuses histoires qui se vivent au CHR de Dori. C’est un sexagénaire qui a été admis au centre hospitalier pour une hernie étranglée. Il s’agit d’un cas d’urgence chirurgicale. Entré à l’hôpital le 25 juin aux environs de 17h il a été pris en charge par le service chirurgie et a été opéré dans la même soirée. On peut dire que le patient a été vite pris en charge puisque que l’opération a eu lieu à 19H. Mais à quel prix ? Le patient ou du moins ses accompagnants ont dû motiver l’équipe chargée de faire l’opération. Au CHR il y a quatre équipes de chirurgiens composée chacune de quatre personnes au moins et qui se relaient. L’arrivée du patient Diallo a coïncidé qu’une équipe descendait pour être remplacée par une autre. L’attaché de santé, Ido Carlos faisait partie de l’équipe qui descendait mais c’est lui qui va « préparer » le patient qui vient d’arriver pour l’opération. Cette « préparation » n’est pas celle que vous croyez. Elle n’est pas celle que ferait tout agent de santé et qui vise à apprêter le patient au plan médical, matériel, psychologique ou autre pour le rendre apte à l’opération. Pendant que le vieux Diallo luttait avait son mal, l’attaché de santé était en pourparlers avec ses accompagnants à propos des conditions financières de l’opération. C’est lui qui doit convaincre les accompagnants de sortir l’argent.  Ils ne sont pas à leur premier coup et à tous les coups presque, la supercherie marche. L’attaché de santé explique aux accompagnants qu’il faut débourser tel montant et le plus vite possible. Ce montant représenterait des frais médicaux et de l’intervention. Les accompagnants désemparés par l’état de leur malade et l’analphabétisme aidant, les agents parviennent toujours à leurs fins. Après donc des moments d’explications aux accompagnants de Hamidou Diallo, Ido Carlos reçoit la somme de 90.000FCFA, exactement le montant qu’il a réclamé. Une somme d’argent qui ne sera compensé par aucun justificatif (pas de reçu, pas de produits présentés en retour). Le service financier de l’hôpital ne verra pas la couleur de cet argent qui ira directement dans les poches de quelques agents de santé. Le Directeur général de l’hôpital est pourtant formel lorsque nous lui avons posé la question. Le personnel soignant n’est pas habilité à recevoir de l’argent des mains des patients. Tous les paiements se font à la caisse de l’hôpital que ce soit avant ou après les soins. L’agent Ido nous expliquera plus tard qu’il a reçu les 90.000 et les a remis à son collègue Bourgou Joachim, ce dernier faisant partie de l’équipe qui venait de monter pour la garde. C’est effectivement cette dernière équipe qui va opérer le patient. Si le professionnalisme se limitait au succès de l’opération, l’équipe mérite simplement des félicitations. Mais ce n’est pas le cas. Un agent a pris presque cent milles franc CFA au patient sans raison valable.

Ils rackettent pendant l’opération « caisses vides »

Une des victime des rackets des agents de santé. Le vieux Hama Hamidou a finalement récupéré l’argent qui lui a été escroqué, grâce à l’intervention du MBDHP

Ce n’est pas la première fois qu’une opération se passe ainsi. Mais cette fois ci l’affaire va prendre une autre tournure. Dans le partage de la cagnotte certains auraient tenter de rouler d’autres. L’argent n’aime pas du bruit, le deal encore moins. C’est comme ça que l’histoire de ce racket est parvenu aux oreilles de la section de Dori du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des Peuples (MMBDH/Dori) dès le lendemain de l’opération. Selon Ido, l’un des mis en cause, c’est un garçon de salle qui a donné l’information au MBDHP. Ce dernier arrivé au service le matin se serait renseigné auprès des accompagnants du malade qui lui ont dit qu’ils ont donné 90.000FCFA à un agent. Le garçon de salle a estimé que le montant est énorme pour une hernie. Les tarifs officiels qui nous ont été communiqués par le Directeur général de l’hôpital sont les suivants : vingt milles (20.000) FCFA pour l’opération d’une hernie simple, vingt et quatre milles (24.000) FCFA pour l’opération d’une hernie étranglée (urgence), trente milles (30.000) FCFA pour l’opération d’une prostate. Il faut ajouter que le patient peut bénéficier d’une exonération selon sa catégorie socioprofessionnelle. D’autres frais supplémentaires pourraient être les éventuelles ordonnances pré ou post-opératoire (non déterminés) et les frais d’hospitalisation entre mille franc et deux mille franc par jour d’hospitalisation.  Au regard de ces déterminants, non seulement les agents ne sont pas habilités à percevoir de l’argent avec les patients mais même en se substituant aux services financiers, ces derniers extorquent plus qu’il n’en faut pour les soins. Selon une source hospitalière, le fait pour les agents de prendre des sommes comprises entre 10.000 et 40.000 FCFA à certains patients était devenue une norme dans les centres hospitaliers. Il fut un moment où cela était presque « réglementé » et constituait une sorte de panier commun pour les agents d’un même service qui se les partageaient en toute collégialité et en toute complicité. Une pratique toute aussi condamnable qui a définitivement dérapée en une vaste escroquerie aux mains d’agents qui agissent comme un réseau. C’est le cas de ces agents indélicats aux CHR de Dori. Si Ido Carlos a pris les 90.000 avec les patients et les a remis selon ses propres propos à son collègue Bourgou ce n’est pas un hasard. Il existe une parfaite complicité entre les agents qui s’adonnent à cette pratique. Le partage du gain devrait se faire ultérieurement et équitablement. Si le pot aux roses a été découvert c’est en partie parce que l’équité n’a pas été respecté lors du partage. Pour la section MBDHP de Dori, ces rackets sont monnaie courante dans le CHR. Plusieurs cas connus ont déjà été traités par la section avec plus ou moins de succès. Les derniers cas en date ont eu lieu lors de l’opération « caisse vide » décrétée par le syndicat. Pour les agents qui encaissaient déjà à la place des services comptables de l’hôpital, ce mot d’ordre a été une aubaine pour se faire des sous. A cette occasion, Bourgou Joachim a pris 200.000FCFA à un patient pour une opération, un autre agent a pris 150.000 à son patient. Ce sont des cas qui ont été révélés et pour lequel les mis en cause ont dû restituer ces sommes à leurs victimes en présence de témoins et des responsables de l’hôpital.

Ido et Bourgou se déportent chez le patient

Ido Carlos l’un des agents mis en cause et formellement identifié par plusieurs victimes

Le président du MBDHP/Dori, Abdoul Hoeffi Dicko et ses camarades se sont saisis de l’affaire des 90.000FCFA. Sur la période, ils ont multiplié les va et vient à l’hôpital et les contacts avec les agents incriminés pour les amener à rembourser au vieux Diallo qui lui a été pris. Devant la pression des délégués du MBDHP, les présumés arnaqueurs se désolidarisent les uns des autres et se rejettent mutuellement la responsabilité entre collègues. L’attaché de santé Bourgou aurait empoché à lui seul 50.000F et n’aurait présenté à ses collègues que 40.000. Face à leurs tergiversations à réparer leur forfait, le MBDHP a saisi le Directeur général du CHR par courrier officiel en date du 2 juillet 2018. Dans sa lettre le MBDHP met en cause trois agents nommément cités. Ce sont Ido Carlos, Bourgou Joachim et Dicko Kaldo. Aux yeux du MBDHP ce sont des récidivistes déjà connus dans plusieurs affaires de même natures. Alors que l’étau semble se resserrer cette fois sur les présumés arnaqueurs, ils décident enfin de revenir à un règlement amiable. Ido et Bourgou ont pris la responsabilité de rembourser les 90.000FCFA. Le patient ayant déjà été libéré le mercredi 4 juillet, les mis en cause ont recontacté les délégués du MBDHP et c’est ensemble qu’ils se sont rendus au domicile du patient situé au secteur 7 de Dori, le samedi 7 juillet aux environs de 16h. Ils ont ainsi sur place remis la somme de 40.000FCFA au patient convalescent en présence de témoins de chaque côté. C’est une avance sur les 90.000 FCA en attendant de réunir le reliquat de 50.000FCFA. Ido que nous avons rencontré reconnait avoir effectivement fait le déplacement au domicile de son patient pour remettre les 40.000F. Mais il soutient s’y être rendu pour être témoin.  Selon lui il a simplement été un témoin dans cette affaire. Et pourtant, tous les autres affirment le contraire. Ido aurait bien agit en complicité parfaite avec ses collègues notamment son acolyte Bourgou.  Et c’est pour cette raison d’ailleurs qu’il a pris l’engagement au domicile du patient de rembourser le reliquat de 50.000FCFA. Chaque accusé a sa stratégie de défense. Des trois personnes mises en causes, deux ont répondu à notre demande d’entretien. Dicko Kaldo et ido Carlos ont accepté nous rencontrer pour donner leur version des faits alors que Bourgou Joachim s’est dérobé. Cité comme étant le principal cerveau de ce deal avec Ido, le nommé Bourgou est resté sourd à nos tentatives de communiquer avec lui. Nos appels téléphoniques et watsapp sur ses deux numéros sont restés sans réponse. Il n’a pas non plus réagi au sms que nous lui avons laissé. Et pourtant il n’a pas quitté Dori pendant les trois jours que nous y avons séjourné. Nous l’avons même aperçu (et peut-être réciproquement) le mercredi 11 juillet pendant que nous étions en entretien avec le Dr Guigma son chef de service. Tout porte à croire que Bourgou ayant flairé notre présence, il s’est planqué.

Ils remboursent les patients même par airtel money

Comme Bourgou, Ido n’est assurément pas à son premier forfait. En l’espace d’une semaine, il a été cité dans deux cas de racket. Le cas des 90.000 FCFA où il est en complicité avec ses collègues et un autre cas de 50.000FCFA qui le concerne tout seul. Ce deuxième cas a également fait l’objet d’un courrier au Directeur général en date du 09 juillet. Le DG nous l’a confirmé. « C’est vrai l’information existe, j’ai été saisi en l’espace d’une semaine de deux lettres du MBDHP…j’ai demandé un rapport circonstancié au chef de service chirurgie » nous a apprend Emmanuel Koné le Directeur général. Cette deuxième plainte concerne une femme de Gorgadji qui a subi une opération le 1er juillet 2018. Au motif qu’il leur a vendu des produits, l’attaché de santé Ido Carlos a pris 50.000FCFA des mains des accompagnants de la patiente. Interrogé sur cet autre racket présumé, il se défend. Il affirme avoir fait une ordonnance mais lorsque les accompagnants sont allés pour acheter les produits, ils n’ont pas pu parce que la facture s’élevait à 70.000FCFA. Les accompagnants sont donc revenus et selon Ido, il a voulu les aider en leur trouvant des produits grâce à ses relations pour une valeur de 50.000FCFA. Mais le président de la section MBDHP qui a suivi l’affaire et écouté la famille du patient a une autre version. L’agent de santé a effectivement fait une ordonnance mais au moment de donner l’ordonnance aux accompagnants il leur aurait dit que les produits couteraient chers en pharmacie et il se proposait de leur trouver les mêmes produits à 50.000FCFA. Une proposition qu’il a insisté à vouloir imposer à la famille du patient mais qui ne l’a pas acceptée tout de suite.  Mais lorsque les accompagnants se sont rendus dans les pharmacies ils se sont rendu compte qu’il fallait 70.000FCFA et ils sont revenus sans les produits pour finalement accepter bon gré, mal gré les produit que leur proposait l’agent de santé Ido. La patiente avait-elle besoin des produits d’une valeur de 70.000FCFA ? Les produits qui ont été fournis par l’agent de santé coutent-ils vraiment 50.000F ? Ce dernier ne reconnait même pas avoir remis au patient des produits qu’il gardait déjà par devers lui-même. Il soutient qu’il est allé acheter les produits en pharmacie avec les 50.000FCFA et que ce sont ses relations personnelles qui lui ont permis d’avoir cette réduction de 70.000 à 50.000. Une explication qui ne convainc pas certaines de nos sources hospitalières. L’explication serait que Ido Carlos a effectivement vendu des produits pharmaceutiques au patient alors même qu’il n’est pas permis au personnel soignant de disposer de produits et en être des marchands. Et quand nous lui demandons pourquoi il n’a pas de reçus pour des médicaments qu’il aurait achetés en pharmacie, il dit reconnaitre que c’est une erreur de sa part et affirme être victime de son souci d’aider ses patients. Tout est-il que Ido a dans cet autre cas remboursé les 50.000CFA lorsque l’affaire a commencé à s’ébruiter dans les couloirs de l’hôpital. Il a sollicité l’implication d’un de ses supérieurs le Dr Boa par l’intermédiaire de qui les 50.000F ont été envoyé par mobilmoney en date du 09 juillet 2018 à la famille du patient qui avait déjà regagné leur Gorgadji. Dans une autre affaire survenue en début d’année, Ido avait déjà été contraint par ses supérieurs à rembourser 200.000FCFA à la famille de deux patientes qui avaient été hachées lors d’un conflit. Le remboursement des 200.000 a été fait devant ses supérieurs en présence de témoins mais Ido affirme que le différend portait plutôt sur 60.000 FCFA et non sur les 200.000. Il dit avoir remboursé effectivement les 60.000F sur ordre de son supérieur quand bien même il soutient qu’il n’avait pas pris l’argent des patientes en question.

Une procédure administrative en cours, de nouvelles escroquerie en instances

Emmanuel Koné, le Directeur général de l’hôpital de Dori semble impuissant face à cette escroquerie de patients qui échappe à ses contrôles.

Dans sa réponse à la lettre du MBDHP, le Directeur général de l’hôpital Emmanuel Koné affirmait « je tiens donc à saluer votre démarche de dénonciation et à vous rassurer quant à notre détermination à lutter contre la corruption dans notre structure. Aussi, je tiens à vous informer que la procédure administrative est en cours et que s’il y a lieu la procédure disciplinaire suivra ». Le DG a effectivement adressé un courrier interne à Dr Guigma, chef de service chirurgie pour lui demander de lui fournir dans un délai de 72h, « un rapport circonstancié » de cette affaire de racket avec des lettres d’explications des trois personnes mises en causes. A notre passage le chef de service avait déjà reçu la lettre d’explication de Dicko Kaldo et attendait celles de Bourgou et de Ido. Le DG se rappelle avoir déjà traité un cas de racket l’année dernière dans lequel des agents (deux équipes de chirurgie) ont été traduit en conseil de discipline. Malheureusement le conseil de discipline n’avait pas correctement fonctionné et plus tard des affectations d’agents sont venues compromettre la procédure disciplinaire qui n’a pu aller à son terme. Cette affaire avait divisé le personnel de l’hôpital, d’aucuns estimant que l’administration avait voulu protéger certains agents en les soustrayant de la procédure. Le DG s’en défend en invoquant les affectations survenues. Finalement aucune sanction n’a pu être prononcée dans cette affaire. Par contre dans un autre cas isolé, un agent du laboratoire de l’hôpital avait écopé d’une mise à pied avec retenue sur salaire. Selon le Directeur général, l’agent avait été pris en flagrant délit de racket. Plus tard le même agent sanctionné va récidiver son acte mais il ne subira pas de nouvelle sanction puisqu’il avait été affecté et était sur le départ. Le DG tout en se disant conscient de ces pratiques dit ne pas savoir exactement comment les agents s’y prennent. Il pense cependant que ce sont les patients qui favorisent cela. Ces derniers n’hésitent pas à remettre de l’argent aux agents de santé. Très souvent le problème éclate au moment de la libération du malade quand le service financier lui tend la facture. C’est en ce moment que le patient ou ses accompagnants commence à dire qu’ils ont déjà donné de l’argent. Aussi, généralement lorsqu’il y a des réclamations cela se gère à l’amiable entre les concernés et ce n’est que très rarement que le DG est mis au courant comme dans les cas présents. On apprend qu’il arrive que des agents auteurs du racket fassent « évader » un patient pour éviter que le service financier lui réclame le paiement dû à l’hôpital pour ainsi couvrir leur forfait. Cela est source de pertes financières pour l’hôpital. Pour l’agent Ido Carlos, c’est le petit personnel de l’hôpital qui généralement amène des patients et supplient les agents soignant de les aider. L’agent de santé nous lâche cette phrase mais sans plus de commentaire. Selon certaines personnes il y a effectivement une part de responsabilité voire de complicité de beaucoup d’agents dans ces rackets. Le petit personnel dont parle Ido Carlos prennent souvent aider un patient en prétextant de liens de famille qui n’existent même pas. Tout au plus dans certains cas, ils sont de la même ethnie ou du même village que leur victime et cela suffit pour les mettre en confiance pour les extorquer de l’argent tout en professant leur faire des faveurs. Au moment où nous quittions Dori le jeudi le 12 juillet, un cas d’escroquerie était justement en instance dans le CHR avec en fond des liens familiaux. Il s’agit d’un vieux de Sampelga âgé d’une soixantaine d’année qui a été opéré d’une prostate. Le patient aurait remis 150.000FCFA à Ido qui l’a « préparé » pour qu’il soit opéré par son collègue Tougouma. A-t-il cette fois aussi remis l’argent à Tougma qui a fait l’opération ? Nous avons interrogé le Directeur général et le chef de service chirurgie sur le cas de ce malade, ils ont tous affirmé ne pas être au courant d’une personne en post-opératoire d’une prostate dans leur CHR. Et pourtant Ido lui-même nous confirmera plus tard que le vieux a effectivement été opéré au bloc opératoire du CHR et est toujours hospitalisé. Toutefois il nie avoir pris le moindre sous avec le patient arguant que c’est le papa d’une de leur collègue en la personne de madame Cissé. Renseignement pris, le patient n’est pas le géniteur de dame Cissé qui est en fait madame Ndiaye née Cissé. Les deux ont une parenté plus ou moins indirecte. La mère de Mme Ndiaye et la mère du patient qui se nomme Hama Boubacar sont des sœurs. Une relation dont la dame qui sert d’interpréter au sein de l’hôpital notamment pour certains messages de sensibilisations au service de maladies infectieuses se serait servie pour hameçonner la victime. Joint au téléphone, Mme Ndiaye affirme avoir agi de bonne foi et dit ne pas savoir si le patient a donné de l’argent ou pas parce. Certains épisodes lui auraient échappé dit-elle. Et pourtant une autre source proche du patient est formelle : c’est bien 150.000CFA qui ont été remis mains à mains à Ido Carlos. Etant toujours dans l’hôpital, certains membres de la famille du patient craignent pour leur malade et ne veulent pas se prononcer. Mme Ndiaye utiliserait aussi ses relations pour faire pression sur ses « parents » afin d’étouffer ainsi l’affaire. Il est fort à parier qu’à la fin de leur hospitalisation le problème risque de faire surface. Comme l’a expliqué le DG c’est au moment de sortir lorsque les services financiers vont tendre une facture aux patients qu’ils se rendent compte non seulement de l’arnaque mais aussi de l’ampleur. Avec la procédure administrative que le DG dit avoir engagée, il pense pouvoir remettre un peu d’éthique dans la maison. « Avec ces deux cas on va se donner les moyens de mettre un terme à cela » s’est-il engagé. Il faut avouer que ces agents (présumés) escrocs ne sont pas les plus nombreux. Ils sont quelques-uns mais leurs actes sont d’une nuisance qu’ils suffisent pour ternir l’image de tout l’hôpital et surtout à jeter un discrets sur d’autres agents consciencieux et professionnels. Lors de notre séjour à Dori et notre passage dans le CHR nous avons pu observer le malaise chez certains agents irréprochables mais partagés entre la volonté de couvrir leurs collègues et le désir de dénoncer les arnaqueurs. Certains ont en plus le sentiment d’être injustes avec leurs collègues de service parce qu’ils estiment que les mêmes rackets se pratiquent dans les autres services du CHR. Les services comme les urgences médicales, la maternité, le laboratoire, ont tous leurs agents racketeurs qui font tout autant de mal à leurs patients.

Le chef de service Chirurgie pointe du doigt les conditions de travail

Bien qu’il soit le chef de service chirurgie, le Dr Guigma Abdoulaye n’est cité, à notre connaissance, dans aucune affaire d’escroquerie de patient. Il est le premier responsable de ce service où tous ces cas ont été dénoncés mais tout cela se passe généralement dans son dos, d’après nos sources. D’ailleurs les attachés de santé qui sont mis en cause n’aiment pas travailler dans les équipes dirigées par le chef de service parce qu’ils savent qu’avec lui il n’y a rien à gagner. C’est dire donc que c’est un réseau et des pratiques qui échappent même au premier responsable du service. Nous l’avons rencontré dans son bureau avec un de ses assistant, le Dr Ouédraogo Fabrice. Le chef de service s’est voulu paternaliste en défendant ses subordonnés. Selon lui, il est le premier responsable et le seul médecin chirurgien du CHR. A ce titre c’est lui seul qui devrait intervenir sur tout cas qui nécessite une opération. Mais au regard du déficit en personnel médical, la politique de santé du pays permet à des attachés de santé sur autorisation du spécialiste, le médecin chirurgien de faire certaines opérations. Dans certains établissements sanitaires il n’existe même pas de chirurgiens attitrés et les attachés sont obligés de faire ce travail qui n’est pas toujours de leur compétence pour sauver des vies. Selon certains docteurs, dans les grands hôpitaux comme Yalgado et Sourou Sanou, même des médecins généralistes n’opèrent pas de malades à plus forte raison des attachés de santés. Mais en province la situation est différente. Au cours de l’année 2017 par exemple, le CHR de Dori a enregistré environs 1.200 cas d’interventions chirurgicales et pour l’année 2018 en cours, au mois de juillet ils sont à plus de 600 cas d’opérations réalisées. Des chiffres que le Dr estime être au-dessus des capacités du seul médecin chirurgien. Surtout quand les cas d’urgences s’en mêlent, le Dr n’a d’autres choix que de déléguer ses assistants qui sont les attachés de santé pour certaines opérations dont les plus courantes sont les hernies et les prostates. Le Dr Guigma souhaite que les investigations aboutissent et que si les mis en cause sont reconnus coupables qu’ils soient sanctionnés mais à des sanctions qui ne vont pas compromettre le fonctionnement du Bloc opératoire et du CHR. De son avis il suffit qu’aujourd’hui les attachés de santé disent qu’ils ne sont pas qualifiés pour faire des opérations chirurgicales (et ils seraient en droit de le dire) et le taux de mortalité au CHR et en particulier en chirurgie va grimper de façon significative. Tout en ne niant pas les cas de rackets, le chef de service met cela au compte des comportements des hommes en général comme on peut observer aussi des actes de malversations de toute sorte à l’échelle du pays.

Cédric Kalissani

 

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