Indépendance: Les préparatifs de la cérémonie de la proclamation de l’indépendance du Ghana

En mars 1957, le docteur Kwamé Nkrumah était le premier responsable du parti majoritaire, le Convention people’s party (CPP). La puissance colonisatrice, la Grande Bretagne s’apprête à quitter le Gold Coast. Nkrumah se prépare à assumer la charge de chef d’Etat du nouvel Etat indépendant. Il est gagné par l’émotion mais est conscient des enjeux.

Le Gold Coast a été baptisé le Ghana après son indépendance en souvenir au grand empire Ouest-Africain créé au 3ème siècle après Jésus Christ. Cette émancipation était le fruit de l’engagement des nationalistes avec pour tête de proue Kwamé Nkrumah. Avec le CPP Francis Kwamé Nkrumah a mené le combat de l’indépendance jusqu’à son triomphe. La preuve de la rudesse de la lutte a été son séjour en prison pendant les années de domination coloniale. Le leader panafricaniste cogère  le pays avec le représentant de la couronne britannique Adrien Clarke avant l’indépendance. Le CPP vient de remporter les élections face à d’autres formations nationalistes.  Le 17 septembre 1956 au matin, le gouverneur Clarke convoque le chef du CPP. Dès son arrivée, il lui tend un télégramme reçu la veille. Nkrumah décrit comment la teneur du télégramme lui a fait : « Quand j’arrivai au cinquième paragraphe, les larmes de joie que j’avais du mal à cacher m’empêchèrent de lire le reste du document… pendant quelques minutes, nous ne pûmes  pas parler. » L’impression qu’a suscitée Nkrumah dans le choix du 6 Mars 1957 comme date de l’indépendance de Ghana produit l’effet des tonnes de dynamites sur sa poitrine. Mais il parvient à garder secret la nouvelle. Il fête son 47ème  anniversaire au lendemain de la réception de cette grande nouvelle qui constitue un tournant historique pour le pays. Le jour suivant, il se déplace à l’Assemblée Nationale. En ce moment personne n’avait l’information de l’imminence de l’indépendance, si ce n’est lui et le gouverneur Clarke. Il fait une déclaration sobre devant les parlementaires, en disant en substance  que l’exécutif britannique sommet à l’approbation du parlement son désir d’accorder l’indépendance totale au pays le 6 Mars 1957. Nkrumah  lui- même rapporte que : « pendant quelques seconde, l’Assemblée toute entière resta sans voix, abasourdie. Soudain, le silence, un silence comme celui qu’on observe dans un lieu sacré, fut interrompu par des acclamations frénétiques des manifestations de joie comme jamais on n’en avait entendu à l’Assemblée. Certains étaient trop profondément émus pour maîtriser leurs larmes. Parmi eux, il y avait plusieurs de mes camarades les plus proches, ceux qui avaient réellement vécu les plus durs et le plus fort de notre bataille et qui réalisaient peut-être alors au plus profond d’eux-mêmes le vrai sens du mot victoire. »  A Accra, la capitale, le palais de l’Etat est prêt de même que la nouvelle résidence de Kwamé Nkrumah. Mais le futur président reste modeste et peu exigeant en matière de confort. Il continue d’habiter dans sa modeste maison de Lagos Town, une banlieue d’Accra. On constate pendant la finition que sa nouvelle résidence est mal conçue et présente beaucoup de défauts. Nkrumah doit se conformer aux exigences protocolaires à cette occasion solennelle. Il n’a pas le choix si ce n’est intégré la résidence. Il finit par rejoindre son nouveau domicile deux jours avant que son premier hôte, le président Habib Bourguiba n’atterrisse pour participer à la célébration de l’indépendance. Mais la nouvelle maison  de Nkrumah laisse percevoir des défaillances dans la construction par les fuites d’eau provenant des toilettes qui inondent les escaliers et son bureau à quelques heures de l’arrivée de Bourguiba. Heureusement sa fidèle Erica Powel dont les journalistes britanniques supputeront quelques années après qu’ils allaient convoler en juste noce était là pour arranger ces imperfections. Nkrumah qui a une capacité extraordinaire de rester calme fait à peine attention à cet incident pourtant spectaculaire. L’homme d’Etat est four et au moulin. Il demande qu’on invite Pékin et non le Taïwan. Il se prépare lui-même pour les différentes cérémonies. Il n’hésitera pas à prendre des cours de danse auprès de l’épouse du célèbre saxophoniste Louis Armstrong pour pouvoir ouvrir le bal à State House par un Frox-trot avec la duchesse  Kent. Pour faire symbolique, il insiste pour que la dernière session de l’Assemblée Nationale coïncide avec les derniers moments qui précèdent l’indépendance du Ghana. Quand l’horloge indique 11 heures du soir, le 5 mars 1957, il fait sa dernière déclaration à l’Assemblée Nationale. Il met un accent dans le récapitulatif de sa lutte pour l’indépendance du Ghana, en concluant par ces mots : «  A minuit, le Ghana aura retrouvé sa liberté perdue ». Le 6 mars à 9 heures 30, la duchesse Kent livre le discours du trône britannique  devant le parlement du nouvel Etat indépendant et transmet les vœux de la reine. Nkrumah tient une autre allocution. On donne aussi la parole à Busia, le chef de fil de l’opposition pour s’exprimer selon l’usage britannique au nom de l’opposition après le chef de la majorité qui est Nkrumah.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

Le Ghana et le panafricanisme

Kwamé Nkrumah a de l’ambition pour le Ghana indépendant et pour toute l’Afrique. Le panafricanisme lui a été insufflé par ses aînés William Du Bois, Géorges Padmore. Nkrumah lui-même a été secrétaire du 5ème congrès panafricain qui a eu lieu en octobre 1945 à Manchester en Angleterre. Sitôt après l’indépendance le Ghana, il a en projet des réunir les pays Africains qui se sont affranchis du joug colonial. En 1958, il accueille la conférence des Etats Africains indépendants. L’Egypte, le Soudan, la Libye, le Maroc, la Tunisie et le Libéria répondent au rendez-vous de Nkrumah. Sous le leadership du Ghana il est mis en place la coordination en charge du combat pour l’indépendance de toute l’Afrique. Après la rencontre d’Accra, le chef d’Etat ghanéen entreprend un périple qui le conduit dans tous les pays qui ont répondu présent à la conférence d’Accra. L’objectif de ces visites était de mettre en place le dispositif permanent de consultation entre gouvernement. Le président ghanéen continue de dérouler son programme. Il fait organiser par Padmore la conférence du peuple d’Afrique. Dans son speech d’ouverture, il déclare que « son objectif est d’insufflé  un esprit nouveau à la Révolution Africaine et de créer une nouvelle dynamique. » La conférence est considérée comme un succès parce qu’elle a connu une forte participation des pays. L’Union entre le Ghana et la Guinée Conakry s’est inscrit dans le même registre. Malheureusement  l’expérience a été de courte durée. Poursuivant toujours son discours à l’occasion de la conférence du peuple d’Afrique, il indiquait que : « Cette conférence élaborera et proclamera la philosophie du panafricanisme qui deviendra une idéologie de la Révolution Africaine non violente. Notre slogan sera donc : Peuple d’Afrique, unissez-vous ! Vous avez un continent à reconstruire ! Vous avez une liberté et la dignité humaine à retrouver ! Que personne ne touche plus à l’Afrique ! L’Afrique doit être libre. »

MNZ

 

Quelques propos du leader panafricaniste du Ghana Kwamé Nkrumah

Je suis africain, non pas parce que je suis né en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en moi ».

  1. « Nous ne regardons ni vers l’Est ni vers l’Ouest ; nous regardons droit devant ». — Discours prononcé à Accra en 1960, à l’occasion d’une conférence.
  2. « L’Afrique est un paradoxe qui illustre et met en évidence le néo-colonialisme. Sa terre est riche, mais ses ressources superficielles et souterraines continuent à enrichir, non pas les Africains en principal, mais les groupes et les individus qui œuvrent à l’appauvrissement de la population africaine ». — Le néo-colonialisme, dernier stade de l’impérialisme, 1965.
  3.  « Les forces qui nous unissent font plus que contrebalancer celles qui nous divisent ». — L’Afrique doit s’unir, 1963.
  4. « Nous devons maintenant nous unir ou périr ». — Discours prononcé le 24 mai 1963 à Addis-Abeba à l’occasion de la fondation de l’OUA.
  5. « L’indépendance n’est que le prélude d’un combat nouveau et plus complexe pour la conquête du droit de diriger nous-mêmes nos questions économiques et sociales ». — Tiré d’un discours prononcé lors de la fondation de l’OUA, Addis-Abeba, le 24 mai 1963.
  6. « J’ai la certitude que la mort ne peut éteindre la flamme que j’al allumé au Ghana et en Afrique. Longtemps après ma mort, elle continuera de brûler et d’être portée haut, éclairant et guidant tous les peuples ». — Épitaphe du mausolée de Nkrumah à Nkroful, son village natal, situé dans la partie australe du Ghana.
  7. « Tout humanisme sérieux doit découler de l’égalitarisme et doit mener à des politiques choisies de façon objective dans le but de sauvegarder et de pérenniser l’égalitarisme ». — « African Socialism revisited » (Réexamen du socialisme africain), 1962.
  8. « Nous étions encore considérés comme la représentation même de la race humaine à son enfance. On a dit de notre culture hautement sophistiquée qu’elle était simple et paralysée par l’inertie, et nous devions donc être encombrés d’une tutelle ». — Discours d’inauguration de l’Institut d’études africaines, Université du Ghana – Legon, 1962.
  9. « L’Afrique est un Continent, un Peuple, une Nation ». — La Lutte des classes en Afrique, 1970.

Source les différentes œuvres et discours de NKrumah

 

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