Jeunesse et entreprenariat: De nouveaux types d’étudiants en gestation

Des étudiants de l’université Ouaga I Pr Joseph Ki Zerbo viennent d’ajouter une corde à leur arc. Ils ont été formés en technique de fabrication de produits divers et d’élevage. Des notions qui permettront à certains de se tirer d’affaire pendant leur cursus et à d’autres de devenir millionnaires et employeurs !
Du 23 au 25 juillet dernier, l’association Wend Kouni pour le développement de l’Afrique du pasteur Wendlarima Hermann Sawadogo a investi la salle B10 du bâtiment belge de l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki Zerbo. C’est là que l’association avait convié les étudiants et le personnel ATOS de l’université pour dispenser une formation aux métiers et à l’esprit d’entreprenariat. Pendant ces trois jours, le formateur a livré aux bénéficiaires les secrets de la fabrication des produits tels le savon, la pommade, le vinaigre, l’eau de javel, le parfum anti moustique ainsi que des techniques de conservation de légumes, de la mayonnaise etc.
Les séances de formation se déroulaient de 12h à 15h et de 15h à 17h et chaque séance attirait du grand monde. Certains apprenants s’asseyaient à même le sol pour suivre attentivement le pasteur Sawadogo dans ses différentes démonstrations théoriques et pratiques. Même la pluie n’a pas dissuadé les étudiants pendant la phase de démonstration qui se faisait à l’air libre dans la cour de l’université.«Ce que je suis en train de vous montrer ne demande pas un gros capital si vous voulez vous y lancer.» A-t-il rassuré. « Avec dix mille (10.000) Fcfa, vous pouvez commencer. Par exemple, vous pouvez vendre un de vos portables pour commencer».
Faire du Burkina la chine populaire de l’Afrique
Pour lui, la fabrication des produits de consommation courante comme le savon, les détergents tels l’Omo, ou le parfum ne serait pas du tout sorcier. C’est une question de formule. Le formateur déclare avoir réussi à se procurer ces formules en vue de les partager avec ses compatriotes. Il a déclaré avoir payé certaines formules de sa poche qu’il a travaillé à améliorer. En effet, le formateur est un autodidacte qui a sillonné le monde pour la recherche des connaissances qu’il s’est résolu à partager aujourd’hui. « Moi j’ai payé. Mais à vous, je le donne gratuitement parce que je veux que le Burkina Faso devienne comme la chine populaire en termes de génie et d’esprit de créativité.»
Il est convaincu que seul, l’entreprenariat à travers le développement de micro-entreprises peut conduire ce pays vers le développement. Autrement, ce serait le chaos. « Je suis peiné de voir que les jeunes sans emplois qui deviennent de plus en plus nombreux dans mon pays s’attachent aux concours incertains de la Fonction publique et certains compatriotes s’adonner aux jeux de hasard. Un peuple ne doit pas fonder son espoir dans les jeux de hasard ou l’alcool comme on assiste actuellement avec la floraison des débits de boisson dans les villes du Burkina Faso.» confie-t-il, tout en soulignant qu’il ya de l’argent à prendre dans l’élevage de poulet, dans l’agriculture avec la technique du goute à goute qu’il s’est engagé à vulgariser auprès des jeunes volontaires. Mais tout est question de mentalité et de volonté politique. « C’est vrai, vous avez fait de longues études, vous êtes à l’université et c’est bien. Mais oubliez vos diplômes et commencez quelque chose. Vous allez voir que vous deviendrez millionnaires » a-t-il lancé dans la salle. Cette exhortation a rencontré un accueil mitigé car pendant que certains applaudissaient, d’autres la trouvaient trop osée voire hasardeuse pour des étudiants qui nourrissent des ambitions de faire carrière dans l’administration, ou dans les hautes sphères des organismes nationaux et internationaux.
Et à chaque étape, pour convaincre son auditoire, il prend des exemples sur lui-même ou fait référence au Ghana, ce pays voisin où l’esprit d’entreprenariat est très développé. « Voyez-vous, au Ghana, il n’ya pas de grève. Parce que les gens sont trop occupés. Même les travailleurs de la fonction publique de ce pays font quelque chose en appoint. Donc ils n’ont pas le temps de faire la grève ou de revendiquer parce qu’ils gagnent bien leur vie avec les revenus supplémentaires de leur entreprise.»
Durant les trois jours de formation, le président de l’association Wend Kouni pour le développement de l’Afrique n’a jamais cessé de témoigner sa gratitude auprès du ministère en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ainsi qu’aux premiers responsables de l’université Ouaga I Joseph Ki Zerbo pour l’opportunité qui lui a été enfin donnée de partager son savoir et ses connaissances dans ce milieu. A l’entendre, c’est depuis 2009 qu’il tape aux portes des différentes universités mais personne ne semblait prêter attention à son affaire. « J’ai envoyé des correspondances dans presque tous les ministères, les mairies pour offrir la formation gratuitement. Mais à chaque fois on prend mes lettres et on les jette dans les tiroirs. Mais le ministre Alkassoum Maiga m’a recommandé auprès de l’université Ouaga I et le Pr Rabiou Cissé, président de l’Université et son vice-président le Pr Alou Keita ont accepté de m’ouvrir les portes de l’université. Je les témoigne ma gratitude.» affirme-t-il avec un sentiment de joie d’avoir pu enfin « percer » la muraille de chine qui séparait son association à ce temple du savoir.
Justement, pourquoi avoir facilité l’organisation d’une formation en saponification, en élevage, fabrication de pommade, vinaigre ou eau de javel etc., dans une université ? A cette question, le Pr Alou Keita, vice-président de l’Université Ouaga I Pr Ki Zerbo en charge de la professionnalisation des filières et des relations avec les entreprises, souligne que les formations que cette association propose ont de l’intérêt pour les étudiants. « Lorsque le ministre nous a amputé le dossier, j’ai réalisé un petit sondage au niveau des étudiants et j’ai vite compris que cette formation qui peut paraitre insolite dans un tel cadre intéressait pourtant nos étudiants. Et cette formation entre aussi en droite ligne de notre vision qui consiste à développer une nouvelle attitude mentale chez nos étudiants en encourageant l’esprit entrepreneurial ». L’opportunité a été donc saisie pour former de nouveaux types d’étudiants.
« Les étudiants francophones sont bourrés de théorie mais ils sont nuls dans la pratique »
Et l’engouement déjà affiché par certains étudiants bénéficiaires de ladite formation risque de conforter l’association et son partenaire quant à l’impact réel de celle-ci. Dabiré Daniel, étudiant en première année de droit semble avoir déjà tiré profit. « Le problème des étudiants francophones, c’est qu’ils n’ont que la théorie mais jamais de pratique. Alors qu’il faut apprendre à pouvoir se débrouiller » reconnait-il. Guiro Ben Ali, étudiant en Science économique et de gestion songe déjà à l’élevage de poulets. L’étudiant Ouédraogo Zakaria qui est en lettres modernes s’était déjà lancé dans l’entreprenariat. Il tient une boutique de télécom dans son quartier et dit avoir tiré de la graine dans les conseils du coach Sawadogo pour développer son business ou entreprendre d’autres choses. Clarisse Néya qui est en première année de droit envisage quant à elle se lancer dans la fabrication du vinaigre et d’appliquer les trois règles de la réussite conseillées par le formateur à savoir : « Etre honnête, fabriquer un produit de bonne qualité et le vendre moins cher. »
L’association Wend Kouni pour le développement de l’Afrique n’entend pas s’arrêter là. Elle veut bénéficier d’une oreille attentive auprès du gouvernement et des collectivités pour jouer sa partition dans la lutte contre le chômage des jeunes et pour le développement du pays, clame son président qui est convaincu que son initiative peut révolutionner beaucoup de choses au niveau personnel et dans la société.
TZ
Quelques formules de fabrication de produits livrés lors de la formation
Formule de fabrication de pommade de beauté
½ kg de beurre de karité + ½ kg de vaseline +1/10 de kg de bougies (parffine wax). Faire fondre au feu dans une casserole + colorant à huile et parfum à volonté. Mettre dans les boites vides.
Formule de fabrication de parfum anti moustique
½ kg de carbonate de sodium +1,5l d’eau + ¼ litre de parfum citronnelle 600 + colorant à eau à volonté. Le tout mélangé avec un morceau de bois pendant 10mn.

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