L’invasion de la chenille légionnaire: Quand les producteurs portent seuls leur croix !

Décidément, les agriculteurs burkinabè ne sont pas encore sortis de l’auberge. En effet, outre l’installation tardive de la saison hivernale, les braves paysans font face à des ravageurs des champs : la chenille légionnaire. C’est un papillon qui passe pour être un terrible ravageur du maïs et d’autres plantes cultivées comme le sorgho. Ce prédateur s’était signalé au Burkina Faso en 2017 ainsi que dans d’autres pays d’Afrique. La chenille légionnaire avait infesté des milliers d’hectares dans plusieurs régions du Burkina Faso. Le déficit alimentaire enregistré lors de la saison agricole écoulée est en partie lié à l’action de ces nuisibles qui ont décimé les champs et les récoltes dans une quasi indifférence de l’Etat et des acteurs non étatiques.
Cette année encore, elles se sont signalées dans plusieurs régions du pays. Les informations émanant du ministère en charge de l’agriculture indiquent que dix régions sur les treize que compte le pays subissent l’invasion de ces insectes. Et ce sont des milliers d’hectares de champs qui sont déjà compromis car ces ravageurs qui ne laissent rien sur leur passage. Le hic est que la chenille légionnaire très féconde se propage à un rythme exponentiel et développe une forte résistance aux pesticides.
Point besoin donc d’être un devin pour prédire de mauvaises récoltes au niveau national en général et dans certaines régions telles l’Est, le Centre sud etc. en particulier. Quelle catastrophe en perspective! Car l’insécurité alimentaire va davantage affecter les populations de ces régions sans oublier l’inflation quasi inévitable des prix des denrées alimentaires.
Du reste, en cette période de soudure du mois d’août, les prix des céréales ont atteint déjà un pic rarement égalé sur le marché. Et la situation risque de s’empirer dans les semaines et mois à venir du fait des aléas climatiques et de l’action des espèces nuisibles.
Seulement, en dépit de l’ampleur du sinistre, les braves paysans sont laissés à leur sort. Certains producteurs plus chanceux bénéficient de manière sporadique d’appui et de soutien de quelques techniciens du ministère en charge de l’agriculture pour le traitement des plantes. Mais la grande majorité rumine sa peine en implorant la clémence du ciel et de la nature.
En effet, il y a qu’à voir l’utilisation abusive des pesticides et des herbicides non homologuées par les producteurs dans les régions pour savoir que notre agriculture souffre d’un manque criard d’encadrement. Parce que les producteurs qui sont mal informés ou qui n’ont jamais été sensibilisés sur les risques liés à l’utilisation de ces produits ne mesurent pas encore les conséquences de leurs pratiques sur le sol et sur l’homme à moyen et long terme.
Ces producteurs, qui en temps normal, assurent la sécurité alimentaire à travers leurs récoltes, sont en réalité, les principaux garants -par ricochet- de de la stabilité de l’Etat et de l’épanouissement de la population. Mais par la force des choses, ils portent actuellement leur croix sans tambour ni trompette. Oubliés qu’ils sont, leurs problèmes, qui en d’autres lieux, auraient mérité au moins une communication orale en Conseil des ministres ou une question orale à l’Assemblée nationale ne feront même pas la UNE de l’actualité. Les réseaux sociaux sont occupés à autre chose et la classe politique s’étripe sur le vote des burkinabè de l’étranger.
Que c’est bien dommage lorsqu’on en vient à occulter les problèmes essentiels qui touchent plus de 80% de la population au profit d’une polémique stérile.
Il est étonnant que dans un pays agricole et arriéré dont la population est constamment victime des affres de la faim et de la famine, la question des chenilles légionnaires qui ont déjà décimé des milliers d’hectares ne semble préoccuper outre mesure. Pourtant, l’histoire enseigne qu’on ne construit pas le développement d’un pays en s’attachant aux épiphénomènes et en reléguant les questions vitales au rang des oubliettes !!!
Mutations

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