Lutte contre le terrorisme dans le Sahel: Le bal des hypocrites

 

Allons au bal des hypocrites. C’est ainsi qu’on  peut résumer la prétendue lutte contre le terrorisme dans le Sahel. C’est un véritable cirque et les africains, les dindons de cette farce. Depuis des années, l’Afrique de l’Ouest est en proie à des violences terroristes, sans comprendre les origines et les enjeux de cette guerre injustement imposée aux populations. Au nom de la lutte contre le terrorisme, l’Afrique de l’Ouest signe des accords de défense avec des pays occidentaux, parfois le couteau à la gorge. Les bases militaires occidentales se sont multipliées, les treillis débarquent sur le sol africain par milliers, mais l’hydre terroriste progresse et se bonifie. La guerre pour le contrôle de ces pays à laquelle se livrent les grandes puissances permet de décrypter le projet et ses enjeux.

C’est avec consternation et une grande surprise que les populations ont appris l’attaque du quartier General de la force conjointe des pays du G5 Sahel. Une force montée pour contrer la menace terroriste dans le Sahel, née de la rébellion malienne de 2012, elle-même, conséquence de la destruction de l’Etat Libyen par les occidentaux en 2011. Les terroristes ont frappé le plein cœur du G5 Sahel, le vendredi 29 juin 2018 à Sévaré dans le centre du Mali. Une force pourtant présentée, comme le nouvel espoir pour sécuriser le Sahel. Le président mauritanien a condamné « des failles inacceptables dans le dispositif ». Le Général malien Didier Dacko, commandant en chef du G5 et son adjoint, le burkinabé Yaya Séré, ont été immédiatement relevés de leurs fonctions. Les deux officiers ont été remplacés par des officiers mauritaniens et tchadiens. Cette attaque est intervenue à la veille du sommet de l’Union africaine qui se tenait à Nouakchott en Mauritanie, où était attendu le président français Emmanuel Macron. Il devrait aborder avec ses pairs des pays du Sahel, les questions de l’opérationnalisation du G5 Sahel. À travers cette attaque, les terroristes ont voulu lancer un message clair à l’endroit de Macron et de ses pairs africains sur l’inefficacité et la fragilité de cette force censée les combattre. Une douche froide aux nombreux espoirs placés par certaines populations après l’échec de Barkhane et des forces armées nationales à éradiquer la menace terroriste. La force du G5 Sahel a été lancée le 2 juillet 2017 par le président français, Emmanuel Macron lors d’un sommet extraordinaire des chefs d’État du G5-Sahel à Bamako. Le contingent militaire du G5 Sahel comprend environ 5.000 soldats fournis par les pays membres, dont 350 militaires burkinabé. Le G5 a estimé que le fonctionnement de cette force coûterait 423 millions d’euros, la première année. La part contributive de la France en aide matérielle et logistique, annoncée par Macron est de 8 millions d’euros, l’Union européenne a promis 50 millions. Les pays africains, membres de la force doivent apporter chacun, une contribution de 10 millions d’euros. Mais, depuis le lancement de cette force conjointe, la mobilisation des fonds est difficile.

Les raisons du blocus de Trump sur le financement du G5 Sahel

Pour comprendre les difficultés de mobilisation de fonds, il est important de préciser que le G5 Sahel est une initiative de la France. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense française, a prétexté que la France ne voulait pas se substituer aux armées africaines pour justifier la création du G5 Sahel. Pourtant, la réalité est tout autre. L’opération Barkhane est un échec et cela a provoqué une hostilité grandissante à l’égard de cette force et de la France. Les terroristes gagnent du terrain, et l’insécurité se déplace vers le Centre du Mali et des pays voisins. Les coûts financiers, matériels et les pertes dans les rangs de Barkhane deviennent insupportables pour les Français. La France a alors trouvé l’idée de sous-traiter cette guerre avec les africains et ses alliés occidentaux, tout en gardant un contrôle du Sahel. Mais, les traditionnels alliés ont compris le jeu et prennent de la distance. Les partenaires européens ont promis un soutien minimum, mais refusent de porter l’initiative, considérée comme un projet français. Les Etats-Unis ont clairement opposé leur véto à cette force et veut voir clair dedans, avant de s’y engager. Nikki Haley, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, a refusé de voter la résolution, portée par la France. Elle a déclaré à l’occasion que son pays soutiendrait cette initiative si seulement, la force passait entièrement sous le contrôle des Africains. « Nous comptons sur les pays du G5 pour prendre pleinement les commandes de la force d’ici trois à six ans avec l’aide continue des Etats-Unis » a-t-elle déclaré le 30 octobre 2016 à la tribune du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’Ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a également vertement critiqué la stratégie de Paris. « Ils ne peuvent pas nous expliquer leur but, ou comment ils vont procéder, si ensuite ils reviennent et nous montrent une stratégie, et si c’est quelque chose dont le général Mattis et le général Dunford pensent que ça va dans le bon sens, on sera d’accord. … Mais pour le moment, ils ne nous montrent pas ça, alors pour nous, ça n’a pas de sens », a-t-elle déclaré sur CNN. Donald Trump a ainsi bloqué le financement de cette force par l’ONU. Les Américains ont présenté leur propre initiative. Il s’agit d’apporter directement leurs appuis financiers et matériels aux pays du G5 Sahel. Pour l’administration américaine, il n’est pas question de financer le G5 Sahel pour la réalisation des objectifs françaises. L’ex secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, s’est voulu à ce sujet très clair, vis-à-vis de Macron. Les Américains vont renforcer leur présence au Sahel, mais cela va se traduire par « renforcer nos partenaires régionaux dans leur combat pour assurer la sécurité et la stabilité face au groupe djihadiste État islamique et aux autres réseaux terroristes, c’est un combat que nous devons gagner, et cet argent va jouer un rôle-clé pour y parvenir ».

Le jeu des puissances

La guerre au sahel sous le terrorisme est amenée à durer longtemps, au vue de la guerre pour le contrôle des ressources et des marchés disputés par les grandes puissances. Malgré la rhétorique incessante à propos de « combattre le terrorisme », les milliers de soldats occidentaux qui envahissent l’Afrique sont envoyés principalement pour assurer des intérêts stratégiques. La scène se met en place pour une lutte féroce entre les grandes puissances pour le contrôle du continent. Ce déploiement de troupes occidentales sur le continent, n’est pas pour l’instauration de la démocratie, encore moins pour la lutte contre le terrorisme. Macron a clairement déclaré que la France est au Sahel pour longtemps.  Dans le rapport Vidrine, il est clairement rapporté que la France recule en Afrique, et perd son pré-carré. La Chine, l’Inde par exemple, les pays du BRICS, et l’Amérique du Nord prennent progressivement le contrôle des ressources et les parts de marché.

Les Etats-Unis de Obama ont ouvert une politique économique offensive, qui en plus des pays de l’Amérique Latine et de l’Asie, placent l’Afrique de l’Ouest dans ses plans. La présence militaire s’est renforcée ces dernières années. Sous les deux mandats de Barack Obama, leur présence militaire n’a cessé de croître. SOFRICA, le commandement des opérations spéciales en Afrique dont le siège est à Tampa en Floride, et Africom, le commandement des USA pour l’Afrique, basé à Stuttgart en Allemagne, ont multiplié leurs bases et leurs opérations. Selon Vice News : « En 2006, seulement 1% de tous les commandos américains déployés à l’étranger se trouvaient en Afrique. En 2010, ils étaient 3% ; en 2016, ce nombre avait bondi à plus de 17% ». Officiellement, ils seraient 6000 militaires. Le Niger en compte plus de 1000 et ils sont présents dans au moins vingt pays dont le Burkina Faso. Donald Trump a poursuivi la même politique, avec son slogan « L’Amérique d’abord ». Une guerre commerciale ouverte a été déclenchée même avec ses traditionnels alliés. L’ennemi n°1 reste la Chine. Les USA contrecarrent la montée de la Chine par une présence militaire. En Asie comme en Afrique, les Occidentaux ont été surpris par la Chine continentale, et se trouvent en difficulté et incapables de contrer le dragon chinois. Rien qu’en 2017, les échanges commerciaux avec l’Afrique s’élevaient à plus de 300 milliards de dollars. Barack Obama avait clairement exprimé son angoisse et indiqué que les Etats-Unis ne vont pas rester les bras croisés. Plusieurs stratégies ont été initiées contre la Chine non seulement en Asie, mais aussi en Afrique. En plus des troupes militaires, les Américains ont favorisé la multiplication des Organisations de la société civile, créer et financer de nombreuses ONG. Le nombre d’ONG américaines au Burkina Faso serait passé du simple au triple. Il s’agit de ralentir l’influence économique de la Chine et des européens. Steve Bannon, qui à l’ex conseiller stratégique de Donald Trump, déclarait à propos que « Selon moi, la guerre économique avec la Chine, c’est la question numéro 1. Nous devons nous concentrer sur cette question, de façon maniaque (…) Et si nous continuons à perdre cette guerre, nous sommes à cinq ans, dix ans au maximum, du point de non-retour ».

Le Canada vient d’envoyer au Mali 250 soldats et six hélicoptères sous le couvert des forces de maintien de la paix. Mais, il faut se détromper. Le Canada est l’un des pays qui contrôle une grande partie de l’exploitation minière au Mali. Au Mali seulement, il y a 15 sociétés minières canadiennes avec des investissements de plus de 1,2 milliard $. Les troupes canadiennes ont pour missions de sécuriser l’exploitation minière, au regard des menaces sécuritaires sur ces compagnies canadiennes.

                                                                                                                           Abdoul Razac NAPON

 

 

 

 

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