Me Benewendé Sankara: « Salifou Diallo voulait se repentir »

 

 

Maitre Benewendé Stanislas Sankara, est un homme politique de premier plan depuis ces quinze dernières années. Ancien chef de file de l’opposition politique, il est actuellement avec son parti la deuxième force politique de la majorité présidentielle. Comment l’ancien opposant radical s’accommode-t-il avec la gestion du pouvoir ? Pourquoi son parti est-il permanemment agité par des frondes et des démissions? Pourquoi les dossiers judiciaires dans lesquels il s’est personnellement investi aux côtés des victimes sont toujours en souffrance ? Quel bilan de son compagnonnage avec le Président Kaboré à ce stade de mi-mandat ? Me Sankara, le politique et l’avocat s’est ouvert à Mutations sans tabou. Lisez plutôt.     

Votre parti, l’UNIR-PS, s’est rallié au MPP pour former la majorité présidentielle. Pourquoi une telle option ?

Ceux qui suivent le parcours de l’UNIR-PS se rappelleront que notre parti a vu le jour, en 2000. Quand on dit 2000, je voudrais vous épargner des détails liés au contexte politique du moment. C’était le contexte d’une lutte acharnée suite à l’assassinat du journaliste Norbert Zongo avec l’avènement du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques. N’oubliez pas que l’opposition politique de l’époque était aussi organisée de facto de façon informelle avec le G14 (NDLR : Groupe du 14 fevrier). Notre engagement en politique à l’époque a une histoire, a une raison. L’UNIR-PS avait vu le jour suite à des contradictions primaires qui sont nées dès la création de la Convention panafricaine Sankariste (CPS). Nous avons été de ceux qui à l’époque avaient estimé que la CPS en tant que parti sankariste ne pouvait pas s’allier au président Blaise Compaoré et à son régime. Nous avons pensé qu’il fallait suivre les mots d’ordre du G14 et du Collectif contre l’impunité. Mais comme dans la CPS, nous n’avions pas voix au chapitre, on a été purement et simplement suspendu du parti et nous avons préféré créer l’UNIR-PS pour assumer nos convictions. Depuis ce temps-là, nous avons évolué dans une constance de nos convictions dans le cadre de regroupements pluralistes tendant à mener un combat citoyen dont l’objectif fondamental, c’était de créer les conditions d’un véritable changement dans notre pays. A ce titre, nous avons été aux présidentielles de 2005, après avoir en 2002, pour notre première expérience électorale obtenu trois députés aux législatives. Ce qui nous a permis d’être à la tête du plus grand groupe parlementaire de l’opposition de l’époque avec 17 députés, c’est-à-dire le Groupe parlementaire Justice et démocratie qui a permis à l’époque à l’Assemblée nationale présidée par Roch Marc Christian Kaboré de connaitre une grande vitalité. En 2005, nous avons été les premiers à contester à monsieur Blaise Compaoré la légalité de sa candidature et nous avons déposé un recours contre sa candidature parce qu’à l’époque nous avons estimé qu’il avait fait deux mandats et que dans l’esprit et la lettre de notre constitution, il ne pouvait pas se représenter. Malheureusement, nous avons eu des juristes qui nous ont opposé l’article du Code civil à savoir que la loi n’était rétroactive puisqu’entre-temps, Blaise Compaoré avait modifié la constitution. Un arrêt a été rendu historiquement pour la science du droit. Donc il devait rempiler pour deux mandats. Notre parcours a été basé sur le respect des valeurs de la République, de la démocratie et du débat d’idées qui se menaient dans les structures comme l’Assemblée nationale. J’étais député et j’ai dû rendre ma démission du parlement panafricain pour pouvoir me présenter à l’élection présidentielle de 2005. En 2010, le combat que l’UNIR-PS a mené, c’était pour qu’on ait un fichier crédible et une carte d’électeur crédible. A Yako, j’ai refusé de voter parce que la carte d’électeur n’avait pas les mentions requises par la loi. Le résultat est que le Tribunal administratif a déclaré la carte d’électeur illégale. Et à l’époque, l’ensemble des candidats de l’opposition ont déféré cette décision à la CEDEAO pour dire que les élections de 2010 étaient illégales parce que la carte d’électeur ne répondait pas aux normes. En 2013, nous avons tenu notre congrès pour dire qu’il fallait une désobéissance civile si Blaise Compaoré veut se représenter en 2015. Parce que pour nous ce sera une forfaiture jamais imaginée dans notre pays. C’est le combat que nous avons mené à travers l’institution du chef de file de l’Opposition politique qui entre temps est passée entre les mains d’un autre leader politique, notamment M. Zéphirin Diabré de l’UPC. Nous avons clarifié la notion de parti d’opposition pour éviter la nébuleuse qui existait à l’époque avec l’ADF-RDA. C’est ce qui a fait que des mots d’ordre étaient lancés et nous nous sommes retrouvés dans la feuille de route de l’Opposition politique. C’est cette montée des forces vives du Burkina qui disaient « non » à Blaise Compaoré après 27 ans de régime dictatorial que le CDP s’est cassé pour voir naitre le MPP en 2014.  Norbert Zongo avait dit que le changement viendra de l’intérieur du CDP, nous avons vu les RSS (NDLR : Roch Salif et Simon) sortir une pétition pour rejoindre l’opposition. Quand nous ouvrions les portes du CFOP, j’avais dit au premier ministre d’alors Tertius Zongo et au maire de l’époque Simon Compaoré que cette maison était aussi faite pour eux. Les vrais meetings se sont tenus avec le MPP. Aux élections, j’ai eu 2,77% de suffrages. Le président Roch Kaboré a eu, je crois, 53%. Pour nous, c’est quand même un camarade dans le contexte d’une lutte historique de notre peuple qui est arrivé en tête. Pour preuve, le chef de file de l’Opposition a été le premier à aller le féliciter. Nous, nous avons pensé à l’UNIR-PS, après avoir réuni nos instances qu’il n’y a aucune raison de ne pas soutenir le MPP et son candidat élu. Encore que le programme du MPP est un programme de la social-démocratie. D’un point de vue idéologique et politique, l’UNIR-PS n’a pas vraiment de problèmes politiques et idéologiques à considérer le MPP comme un allié, ce d’autant plus que dans notre histoire passée, nous avons appartenu à des regroupements où vous aviez des socialistes où même des libéraux. Je me rappelle qu’on a créé avec Me Hermann Yaméogo, Alternance 2005. Alors pourquoi ne pas aller avec un parti qui est de gauche ? Donc nous nous étions vraiment à l’aise pour prendre cette décision. Ce n’est pas une décision prise par Sankara Benewendé contrairement à ce que mes détracteurs disent. Un parti a des instances, des organes. Quand la question s’est posée, nous avons convoqué les instances et les organes habilités ont estimé que l’UNIR-PS doit nécessairement soutenir le président Roch Kaboré. Nous avons acté cela et la suite, ce sont les tractations politiques qui ont abouti à rentrer dans le gouvernement et à être aujourd’hui dans une gouvernance du MPP.

Dites-nous quel est le socle politique ou la plateforme minimale de cette alliance avec le MPP ?

Rires. C’est vrai qu’en son temps, nous n’avons pas publié de document pour dire qu’on a fait un accord politique. Je vais vous assurer que des partis politiques qui ont des dirigeants ne peuvent se lever comme ça et travailler sans qu’il ait des accords. Même si ce sont des accords tacites ou informels, cela a procédé en tout cas de discussions bilatérales aussi bien au siège du MPP qu’au siège de l’UNIR-PS. A plusieurs endroits, on s’est retrouvé. Paix à l’âme de feu président de l’Assemblée nationale Salifou Diallo qui était le président du MPP. Je dois dire qu’il a été le principal artisan de ces négociations et de ces discussions. Et je dois à la faveur de votre tribune souligner que j’ai vu en Salifou Diallo un homme politique qui voulait véritablement se repentir et repartir avec l’UNIR-PS sur des fondamentaux de gauche pour une gouvernance de rupture. Malheureusement, on dit que l’homme propose et Dieu dispose. Il n’est plus de ce monde mais nous nous avons le serment de continuer le combat comme on l’a commencé, comme on l’a vu. Sinon en matière de cadre formel, on a l’Alliance des partis de la majorité présidentielle (APMP). Nous avons été à la création. Et nous avons été le vice coordonnateur. On a aussi tenté de créer le groupement des partis progressistes à l’intérieur de l’APMP. Ce document aussi existe. Je crois qu’on a déjà fait une conférence de presse pour expliquer.

C’est bien « le grand parti de gauche » dont on attribuait sa création imminente au défunt président de l’Assemblée nationale ?

Oui et non. Parce que le parti de gauche rêvé est plus large. C’est un parti qui devrait se fonder sur l’ensemble des progressistes de ce pays qui de façon souveraine, libre décideraient de soutenir l’action gouvernementale en l’approfondissant dans sa vision politique et dans la perspective. Ce n’est pas un truc à vase clos. Le débat allait se mener de façon ouverte. Mais il fallait quand même commencer avec un noyau et avec des précurseurs et Salifou Diallo partageait vraiment cette vision.

Où en est-on avec ce projet ?

On ne l’a pas abandonné. On continue. Mais ce n’est pas simple.

Il serait quand même curieux qu’avec la disparition d’une seule personne le projet tombe à l’eau !

Vous savez quand une pièce maitresse manque à la machine, souffrez qu’elle se grippe quitte à se relancer. Vous avez vu tout dernièrement que même ceux du M21 ont commémoré les 40 ans de lutte des anciens étudiants de l’UGEV. C’est la gauche. C’est le creuset du progressisme dans notre pays. L’idée de ce grand parti de gauche était de lancer cet appel aux progressistes pour que le développement et le progrès  du Burkina Faso soient ramenés dans un débat politique de gauche qui puisse dans nos rapports avec le monde, avec notre peuple profiter de notre stabilité politique pour capitaliser toutes les luttes d’émancipation politique pour que ces luttes ne soient pas récupérées par une droite exploiteuse et profiteuse. Malheureusement, plus on traine, plus on tarde, la récupération devient évidente. Je suis d’accord qu’il faut aller encore plus vite pour que ces acquis-là soient en tout cas préservés.

Vous aviez parlé de repentance concernant Salifou Diallo. Il voulait se repentir de quoi ?

Je dis cela parce que c’était un homme influent du régime Compaoré jusqu’au mois de janvier 2014. Donc tout ce passé de l’homme politique qui a pu même œuvrer à l’encrage du régime que nous avons tous décrié et qui a conduit à la fuite de son premier responsable, le président Blaise Compaoré. J’ai compris qu’en venant vers l’UNIR-PS, feu Salifou Diallo voulait une espèce de virginité politique. Vous avez même vu que quand il était à l’Assemblée nationale jusqu’à son décès, il prônait un discours de rupture. Et il se reconnait en l’idéal du président Sankara. Voilà pourquoi je parle de repentance.

N’était-ce pas du populisme ou de la récupération politique?

Ah ! Si c’était une récupération politique, je dirais tant mieux !

Certaines indiscrétions disent que vous avez rejoint la majorité du fait de vos rapports personnels avec le président Kaboré. Vous avez apparemment eu de bons rapports avec le président Kaboré du temps qu’il présidait l’Assemblée nationale. Qu’en dites-vous ?

Vous savez, en politique, les rapports personnels n’influent pas sur les rapports politiques. Même dans un couple, on peut avoir des conjoints qui militent différemment. Les rapports que j’ai eus avec le président Kaboré quand il était à l’Assemblée nationale, c’étaient des rapports de respect mutuel. Je vous ai dit que quand nous sommes arrivés à l’Assemblée en 2002, l’UNIR-PS n’avait que trois députés. Nous avons pu former le plus important groupe parlementaire d’opposition sur la base des restes de députés. Il y avait des partis comme le PAREN qui avait quatre députés, d’autres avaient deux par-ci et d’autres avaient trois par là. Et le premier contact que nous avons eu avec le président de l’Assemblée nationale de l’époque était des contacts d’abord de respect de l’autre.   Il avait une bonne écoute. Et il prenait en compte ce que nous, nous défendions en tant qu’opposition perçue comme radicale. C’est ce qui a permis à l’Assemblée nationale en 2009, sous l’égide du président Roch Kaboré à des reformes qui ont donné naissance à un statut pour l’opposition qu’on n’arrivait pas auparavant à opérationnaliser. Ça, ce sont des rapports politiques saints. Maintenant le rapprochement que nous avons eu entre l’UNIR-PS et le MPP, nous l’avons expliqué. Ce ne sont pas des rapports personnels entre Me Sankara et le président Kaboré. Ce sont des rapports entre deux partis politiques. Je pense qu’au MPP, ce n’est pas le président Kaboré qui a imposé quoi que ce soit. A l’UNIR-PS, ce n’est pas Me Sankara non plus qui a imposé sa vision. Ce sont les organes qui ont apprécié une situation dans un contexte donné et qui ont estimé que « si un peut faire quelque chose, si vous êtes deux, vous pouvez le faire davantage». C’est dans cette union, cette vision de bâtir ensemble comme le dit le programme du président un Burkina Faso de progrès, de justice et de liberté que finalement, nous nous sommes donnés la main. Sinon je vous assure que ce n’est pas une histoire de coterie. J’aurais pu moi-même rester dans mon cabinet d’avocats que nous aurions les meilleurs rapports d’amitié.

Bien avant les élections de 2015, certains de vos camarades de l’UNIR-PS ont quitté le parti et ont participé à la création du MPP. Vous n’aviez pas été tendre avec eux à l’époque. Aujourd’hui par la force des choses, vous vous êtes retrouvés et vous êtes en alliance avec leur parti. Est-ce à dire que ces cadres avaient eu plus de flair?

Ils avaient peut-être plus de flair parce qu’ils sont partis personnellement à un regroupement. Mais nous, nous ne sommes pas allés personnellement à un regroupement. Ces camarades avaient des raisons personnelles que nous-mêmes avions dénoncé en son temps parce qu’on estimait qu’il y avait aucune raison de quitter l’UNIR-PS pour aller dans un autre parti. Surtout que tout le combat était contre le CDP. Maintenant que le MPP a vu le jour, il faut dire que c’est après les élections que nous avons travaillé à une alliance. Les raisons n’étaient pas du tout les mêmes.

Le président Kaboré vient de boucler deux ans et demi de mandat. Etes-vous satisfait de votre bilan à mi-parcours ?

Tout à fait. Je suis satisfait en ce sens que les conclusions des enquêtes du Présimètre montrent que c’est une courbe ascendante. On a vu que les intentions ont beaucoup évolué par rapport à l’année passée. C’est vrai que le président Kaboré a hérité d’une situation politique et économique difficile. Je pense qu’à moins d’un régime ou d’un système éminemment révolutionnaire, on ne peut pas procéder à des transformations structurelles en deux ans et demi et obtenir une croissance à plus de deux chiffres. C’est absurde. Le PNDES a atteint un niveau d’une croissance même si elle est relative mais qui stabilise le pays, qui donne confiance au bailleur de fonds. Mais aujourd’hui, le Burkina Faso est confronté à une insécurité du fait du terrorisme qui est venu comme un gros cailloux dans le soulier pour freiner un peu l’élan rêvé dès le départ. Enfin n’oubliez pas qu’il a été élu sur la base d’un programme. Et quand on évalue ce programme, il est largement en tout cas suffisamment appliqué. Les enquêtes disent que les Burkinabè demandent au président d’aller au-delà du programme pour lequel il a été élu. C’est-à-dire faire le maximum pour satisfaire les Burkinabè dans certains domaines comme l’éducation, la santé, les infrastructures, tout ce qui touche au renforcement du capital humain. C’est sur ces secteurs que les Burkinabè sont en attente. Vous savez la fronde sociale est liée au capital humain.

Comment appreciez-vous cette fronde sociale en tant qu’ancien opposant ?

C’est une fronde sociale. Même sous Sankara, la fronde a existé. N’oubliez pas les grèves de 1985 qui avaient abouti à des licenciements massifs. La fronde est   toujours-là et vous savez d’où ça vient ! Rires.

Nous ne le savons pas Maitre. Dites-nous d’où vient-elle !  

Rires. Je vous le dirai la prochaine fois.

Vous semblez vous fier au sondage du Présimètre. Et pourtant ce même sondage nous renseigne que plus de 70% des enquêtés n’ont pas confiance aux partis politiques.

En 2001, lors d’un colloque qui s’est tenu je crois à Cotonou, on sentait  déjà à l’époque une crise des partis politiques en Afrique. Et aujourd’hui, vous sentez allégrement que même à travers le monde entier, les citoyens n’ont pas confiance aux partis politiques. Malheureusement, un éminent constitutionnaliste, le Pr Loada, me disait un jour qu’on n’a pas encore trouvé autre chose pour remplacer les partis politiques. Et le système électoral, on ne l’a pas encore trouvé. Au Burkina Faso, on a eu un soulèvement populaire en 1966, finalement, ce sont des militaires qui ont été appelés au pouvoir. Il y a eu en 2014, une révolution, mais on était obligé d’appeler des militaires pour former une Transition qui a préparé des élections. Et même au Burkina, on a exigé des candidatures indépendantes. Les résultats ont donné quoi ? C’est pour dire que le système partisan reste à travers le monde le système de dévolution du pouvoir. Les citoyens n’ont pas confiance parce que les partis sinon les acteurs politiques ont déçu certainement. Quand vous regardez en France comment Emmanuel Macron   a créé la France en marche, c’était une façon de créer une émulation et de capitaliser le mécontentement des Français et transformer cela en un mouvement politique. Le MPP au Burkina, c’est pareil. Le MPP a simplement compris à un moment donné qu’il y avait un mouvement insurrectionnel en gestation et il a créé le Mouvement du peuple pour le progrès. Vous comprenez que même nous à l’UNIR-PS, on ne s’appelait pas UNIR-PS au départ. Nous étions l’Union pour la renaissance, Mouvement sankarariste (UNIR-MS). « Mouvement » parce que l’idée qui a soutenu la création du parti était de soutenir le mouvement du Collectif à l’époque mais sous l’angle politique parce que dans le Collectif à l’époque, il n’était pas question de penser à la conquête du pouvoir.

Vous gérez deux strapontins au niveau du gouvernement Paul Kaba Thieba : l’Environnement et l’Elevage. Certains pensaient que ces deux tribunes allaient permettre à l’UNIR-PS d’expérimenter sa politique. Mais on ne voit pas encore la touche sankariste. L’UNIR-PS. Serait-il en panne d’innovation ?

Un ministre a une lettre de mission et il travaille sur la base de cette lettre de mission qu’on lui a donnée. C’est dans ce cadre que nos deux camarades travaillent. Mais à écouter l‘opinion, beaucoup se disent que ces deux secteurs devaient porter la touche sankariste parce qu’à l’environnement il y a les trois luttes. Je suis d’accord avec vous parce que ce débat, on l’a mené à l’interne, on a discuté avec les ministres. Au niveau de l’élevage, on essaie d’être réaliste. On a deux portefeuilles. On est dans une alliance. Ce n’est pas le programme de l’UNIR-PS qui est en totalité appliqué. Nous apportons notre touche mais dans les limites des lettres de mission qui ont été données aux membres du gouvernement. Maintenant, si au niveau gouvernemental, il y a cette ouverture, je pense qu’on va l’intégrer parce que c’est porteur. Je pense que de plus en plus, nous avons affaire à des responsables au plus haut niveau qui affichent les idées novatrices du président Thomas Sankara. Aujourd’hui, le président Kaboré incarne le port du Faso Danfani même s’il n’y a pas de mesures fortes, on sent que c’est un secteur qui commence à prendre. C’est un travail qui a commencé tardivement mais on sent qu’il y a cette tendance là à aller sur la voie tracée par le président Sankara. C’est pourquoi je suis plus à l’aise pour dire qu’on a mis du temps mais si aujourd’hui on avait pu capitaliser la vision politique, idéologique allant dans ce sens, peut-être qu’on allait gagner davantage dans le progrès économique et social. Puisse qu’on cite à souhait l’exemple du Rwanda et on dit que Kagamé s’est inspiré des Burkinabè. Nous avons plus intérêt à être Sankariste et à enêtre fier.

L’opposition politique critique le bilan du Président du Faso et de sa majorité. Est-elle dans son rôle ou bien est-elle trop sévère à votre encontre ?

L’opposition est vraiment dans son rôle. Si elle ne le fait pas, elle n’aura même pas sa raison d’exister. Mais ce que moi je reproche aujourd’hui à notre opposition, c’est de ne pas être capable malgré son volumineux rapport, d’identifier les principales contradictions et de poser le débat en terme de gain pour notre peuple. Si aujourd’hui, sur le terrain du développement économique et social, l’opposition politique arrivait dans sa critique à remettre en cause certaines façons de faire qui amènent le pays à reculons, j’aurais compris. Par exemple, si vous prenez au niveau de la sécurité, ils ont proposé à un moment donné un ministère plein et je crois que dans les réformes, il y a des critiques qui ont été prises en compte parce qu’il s’agit de l’intérêt du pays. Si aujourd’hui, vous prenez le PNDES qui est le programme sur lequel il y a des investissements, des actions qui sont menées, à ce niveau, vous verrez que l’opposition politique se borne à indiquer par exemple des routes où il y a des crevasses et oublie là où il y a eu des réalisations. Elle est dans son rôle mais les populations qui ont bénéficié d’infrastructures vont applaudir. Les populations qui attendent vont dire qu’on les a oubliés. C’est dans ces constats que le gouvernement se corrige certes, mais il y a des cadres institutionnels. Vous savez que l’opposition est suffisamment représentée à l’Assemblée nationale et selon le Règlement, elle participe à toutes les décisions, elle est impliquée dans tous les organes de l’Assemblée. Elle joue son rôle dans tous les segments. Maintenant j’espère qu’elle va être républicaine, critique mais véridique et chercher à reconnaitre ce qui est bien fait et à stigmatiser ce qui ne va pas.

L’UNIR-PS connait des remous qui ont culminé avec le départ de plusieurs cadres. Ces derniers ont fondé le parti dénommé Progressistes unis pour le renouveau (PUR) dont la création a suscité de l’agitation au niveau de votre parti. Pourquoi l’œuf qui a connu tant de départs s’est cru obligé de produire des communiqués et autres déclarations pour ce cas précis?

C’est pour la gouverne de l’opinion. Nous avons publié dans un premier temps une directive de suspension de quatre anciens camarades. C’est une sanction qui a été prise par le parti. Ensuite, nous avons fait un communiqué quand nous avons appris qu’il y a un parti qui se créait et qui nous a même envoyé une lettre d’invitation à une assemblée constitutive. Je ne peux pas m’étendre sur cette question mais sachez que si nous avons suspendu des gens, c’est qu’il y a eu des fautes. Nous avons entendu des camarades. On a actionné le comité des litiges. On a créé un comité ad hoc pour situer les responsabilités. Au regard des informations dont on disposait, nous avons décidé d’attirer l’attention de nos militants de ne pas aller et de ne pas participer à cette AG constitutive de ce fameux parti politique qui se dénommerait PUR dont la réunion devrait avoir lieu au CBC. On avait en amont produit un communiqué pour attirer l’attention de nos militants. C’est une décision qui a été prise au niveau du Secrétariat exécutif national du parti pour dire aux gens de ne pas y aller. Celui qui part, il assume les conséquences. Après cela, nous avons pris acte de la démission de ceux qui étaient là-bas ou de ceux qui appartenaient à l’organe dirigeant de ce parti parce que selon nos textes, on ne peut pas appartenir à deux partis politiques. Je ne sais pas si ailleurs cela est toléré   mais à l’UNIR-PS, si vous partez dans un notre parti politique, votre lettre vous retrouve.

Le député Alexandre Sankara dit que vous le suspectez d’être le véritable leader du PUR alors qu’il n’a fait que répondre à une invitation. En retour, il dit que vous avez aussi participé à l’AG constitutive du MPP en 2014 mais que cela n’a pas fait de vous un militant du MPP.

Non, ce n’est pas moi qui le suspecte d’être le leader du PUR. C’est la presse. Pour le MPP quand le parti se créait, il était membre du CFOP donc la direction du parti n’a pas trouvé d’inconvénient à cela. Mais ici, on a fait un communiqué pour dire de ne pas aller à l’AG du PUR. Donc si vous allez, c’est en connaissance de cause. C’est un défi. C’est d’ailleurs de l’indiscipline notoire et caractérisée. Donc ça mérite sanction. Ce n’est pas Me Sankara qui le dit. C’est une certaine presse qui dit que Alexandre Sankara est le géniteur du PUR. Montrez-moi une seule colonne où il a démenti. De toutes les façons, nous avons écrit pour dire qu’on a pris acte sinon théoriquement, il est le secrétaire national chargé des structures de l’UNIR-PS. Si vous voulez, je peux vous montrer son bureau qu’il a déserté. Il ne vient plus.

Vous avez voulu retirer leurs mandats à l’Assemblée nationale.

Ça c’est vous qui le dites !

Où en êtes-vous avec la procédure ?

Quelle procédure ? Rires. Aucune procédure n’est engagée pour le moment. A ma connaissance pas encore. Cela ne veut pas dire qu’on ne va pas le faire. Mais en réalité, pour un Sankariste honnête, sincère qui peut jurer sur la tombe du président Sankara, quand tu ne te sens plus dans un parti, tu abandonnes le mandat. C’est aussi être Sankariste.

Ceux qui ont quitté le parti récemment, c’est-à-dire la vague des Me Ambroise Farama et le groupe des fondateurs du PUR auraient réclamé en vain l’alternance à la tête du parti surtout après le score peu reluisant obtenu lors des élections couplées de 2015. Apparemment,18  ans, vous ne semblez pas prêt à passer la main !

Je dois préciser qu’en termes organisationnel et structurel, l’UNIR /PS n’a jamais régressé.Avec 5 députés, le parti est la deuxième force de la majorité présidentielle. Avec la récente restructuration, l’Unir/ps entend se débarrasser définitivement de certaines pesanteurs obsolètes ainsi que de l’opportunisme et repositionner le parti dans sa ligne politique de parti de masse. A ce titre, il faut savoir que depuis 18ans, les décisions du parti sont toujours prises démocratiquement par les instances régulièrement convoquées. Il en a été ainsi du choix porté sur ma personne que de l’alliance avec le MPP dont les résultats pour notre peuple et pour la démocratie sont fort appréciables. Enfin, je rappelle que notre constance dans la lutte a énormément contribué à faire porter le sankarisme par notre peuple en général et la jeunesse en particulier.

Le président du Faso lors de son grand oral a déjà laissé planer l’idée de sa candidature pour les élections de 2020. Votre commentaire ?

Rires. Franchement, moi je ne sais plus si c’est avec les mêmes oreilles qu’on a écoutées mais le président Kaboré a dit que c’est son droit. Mais le lendemain, l’opposition politique sous la plume de M. Zéphirin Diabré dit que le président Kaboré a déclaré sa candidature. Vous voyez la nuance, la manipulation et la mauvaise foi des politiciens ! C’est ce qui fait que les citoyens n’aiment pas les politiciens. Le président a dit être dans ses droits et c’est vrai, car il vient de commencer son mandat. En attendant, il est dans son droit constitutionnel de se représenter en 2020. Mais ce débat n’a pas encore été posé dans son parti et vous me posez des questions !

Mais justement, annonce pour annonce, quel sera votre positionnement en 2020 ?

Revenez en 2020. Que Dieu nous donne longue vie ! Rires.

Le Conseil d’Etat a rendu un arrêt le 10 juillet 2018 pour recuser tout ce qui avait été fait par le CSM qui avait institué une commission d’enquête suivie de conseil de discipline. Vous qui êtes juriste, quelle est votre appréciation de cet arrêt spectaculaire?

Le Conseil d’Etat est dans son rôle. En tant qu’avocat, nous avons un devoir de loyauté, donc je respecte cette décision. Quand l’UNIR-PS naissait, on était convaincu qu’il fallait se battre pour qu’on ait la séparation des pouvoirs dans ce pays. J’ai beaucoup souffert des magistrats de service, des magistrats corrompus.   Ces qualificatifs sont de Badini Boureima, l’ancien ministre de la justice qui a reconnu qu’il y a des juges de service. Notre combat a été de dire qu’il ne doit pas y avoir de juges serviables mais de juges qui ont une éthique. Le juge peut se tromper de bonne foi pour rendre une décision. C’est pourquoi il y a des voies de recours. Sous la Transition, on a pu avoir le Pacte national sur le renouveau de la justice qui a permis aux juges d’avoir un statut enviable. Mais qu’est-ce qu’ils en ont fait ? On se rend compte que c’est une querelle de chiffonniers, des querelles entre personne à n’en  point finir. Ça ne sert pas la justice et les libertés. La justice ne joue plus son rôle de rempart.

Il faut de l’ordre. Malheureusement ou heureusement, le président n’est plus dans le CSM. Tout est laissé à eux. Il n’y a que l’ordre juridictionnel pour réparer les torts. Si le conseil d’Etat estime que le conseil de discipline est illégal et a rendu une décision dans ce sens, il faut prendre acte. C’est une décision souveraine, je pense. Mais le problème n’est pas réglé parce qu’il faut de la sérénité entre les juges.

Cette décision du Conseil d’Etat ne légalise-t-elle pas les manquements à l’éthique et à la déontologie des magistrats ou consacre simplement une immunité d’office, une impunité totale pour les magistrats, surtout que le même Conseil d’Etat avait miraculeusement ordonné un sursis à exécution de l’institution de la commission d’enquête qui avait déjà bouclé ses travaux ?

Je vous comprends. Mais ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. Cette décision n’efface pas les actes. Est-ce qu’il y a eu une plainte posée contre les auteurs des faits épinglés ? Si tel est le cas, si c’est un délit, on va les poursuivre. Le Conseil d’Etat avise mais ne dédouane pas. Je n’ai lu l’arrêt mais je ne pense pas que ce soit ainsi. Vous avez vu les échanges épistolaires entre juges dans la presse. S’il y a eu des règlements, il faut qu’il ait une autorité qui régule tout cela.

Pour le moment, l’effort d’assainissement n’a abouti à rien ?

On a abouti pour le moment à une situation qui peut-être arrange des personnes. Mais ce n’est pas pourtant que ces personnes sont dans l’impunité.

Le procès du putsch a enfin amorcé le fond. Que vous inspire les débats ?

Pour moi, c’est un crime fragrant. Le général putschiste Gilbert Diendéré a reconnu les faits. Il y a même des diplomates qui ont qualifié ce putsch de plus idiot au monde. Mais en matière criminel, la loi veut que la procédure soit vraiment rigoureuse. C’est pourquoi ça traine. Comme le Burkina Faso est un pays qui a garanti tous les droits de la défense, les avocats vont faire des jeux de manche. Dans le procès pénal lorsque vous êtes avocat, vous défendez la vie d’une personne. Donc si dans la procédure, il y a la moindre faille, le moindre vice, que l’avocat n’a pas pu identifier et dénoncer, c’est une faute professionnelle. Quand je vois mes confrères soulever toutes ces exceptions, je suis heureux parce que c’est leur rôle. Il faut que les dossiers soient bien ficelés, bien instruits. L’opinion ne comprenait pas. C’est normal.

Contrairement au dossier du putsch manqué, ceux de Norbert Zongo, Thomas Sankara, Dabo Boukari, etc. dans lesquels vous êtes constitué comme conseil sont restés statiques! Pourquoi cette lenteur ?

Pour le dossier Sankara, l’instruction a commencé pratiquement en 2015. Depuis 1987, c’est du temps perdu.  Le dossier Sankara traine parce qu’il y a une commission rogatoire qui implique d’autres pays. Ce qui fait que le juge est obligé de coopérer avec ces pays-là. Aujourd’hui, ce sont des tonnes et des tonnes de papiers d’audition. Personne ne peut dire que ce dossier n’avance plus parce que les obstacles politiques ont été levés. Le dossier Norbert Zongo, il y a quelques années, on ne pouvait pas imaginer qu’un certain François Compaoré serait arrêté. Voilà aujourd’hui M. François Compaoré a maille à partir avec la justice française.

Et à la Haute cour de justice ?

Oui, là-bas, on est bloqué à cause du procès du putsch manqué.  A la dernière audience au cours de laquelle les avocats ont soulevé l’exception pour dire qu’il n’y avait pas de double degré de juridiction, l’Assemblée nationale a corrigé la loi. Donc la Haute Cour de justice était dans toutes les dispositions de pouvoir reprendre le procès quand le tribunal militaire a décidé d’ouvrir les audiences concernant le putsch manqué. On a estimé attendre l’issu de ce procès parce que c’est quand même lourd surtout qu’il y a des accusés qui doivent comparaitre devant les deux juridictions.

Interview réalisée par :

Touwendinda Zongo

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