Mouvements insurrectionnels : Les Présidents chassés mais le système résiste

L’Afrique traverse ces derniers moments des crises de gouvernance. Lesquelles crises ont emporté des présidents ou ébranlé d’autres. Epargnés par le Printemps Arabe, l’Algérie et le Soudan considérés comme des pouvoirs forts ont basculé dans la violence entrainant la chute des régimes. Mais malgré la mise à l’écart des présidents, le système reste encore solide. Les populations de ces pays disent ne pas vouloir vivre l’expérience du Burkina Faso. Les populations veulent donc dessoucher les régimes. Mais la tâche s’avère ardue, ils ont en face d’eux un système qui a tous les moyens pour se maintenir.

L’Algérie 

La situation politique en Algérie est très explosive, mais surtout inédite. Depuis la chute du président Aziz Boutelfika, le pouvoir est vacant, et les contestations populaires montent chaque semaine. L’ancien président, Abdelaziz Bouteflika devenu grabataire après un accident vasculaire cérébral en 2013 et poussé vers la sortie sous la pression conjuguée de la population et de l’Armée n’a point calmé les ardeurs. L’Armée tente de maintenir la stabilité, mais les mouvements des jeunes ne faiblissent pas. L’annulation de l’élection présidentielle par la cour constitutionnelle jugée illégale continue de faire jaser dans le pays. Hamid Touahri, ingénieur en mécanique, et Abdelhakim Hamadi, vétérinaire, les seuls candidats qui s’étaient présentés, ont vu leurs candidatures rejetées  au motif qu’ils ne rassemblaient pas les 60.000 signatures d’électeurs exigées.  La décision de la cour constitutionnelle est vécue par la rue comme une victoire.  La cour constitutionnelle avait demandé Chef de l’Etat par intérim de « convoquer » le nouveau corps électoral et de parachever le processus jusqu’à l’élection du nouveau président. Le mandat d’intérim d’Abdelkader Bensalah a donc prolongé au-delà du 9 juillet 2019.

Le Chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah avait programmé l’élection présidentielle pour le 4 juillet 2019 conformément à la constitution algérienne. Mais la pression de la rue qui exige une longue transition démocratique et récusait un scrutin ressemblant à une « réinitialisation » du régime Bouteflika aura eu raison de ce programme. Depuis cette annulation de la présidentielle par la cour constitutionnelle, aucune date n’a été programmé. L’armée a même durcit le ton par des arrestations de leader du mouvement populaire et des anciens caciques.

Le Chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, qui avait juré fidélité à Bouteflika « jusqu’à la mort », dans les mois qui ont précédé la démission du vieux président de 82 ans,  a ouvert une chasse aux personnes gênantes, notamment dans les rangs de ses anciens alliés. Deux anciens chefs de services de renseignement, les généraux Mohamed Médiène et Athmane Tartag, le frère cadet de l’ex président, Saïd Bouteflika, ont été arrêté et incarcéré. Malgré tout, la tension ne faiblit pas. Pourtant ces arrestations étaient sensées offensive apaiser la contestation en lui offrant des « têtes » symbolisant la corruption. Les dirigeants actuels au pouvoir sont de toute évidence dans l’impasse. Ils cherchent des sorties de crises, qui puissent sauver le système et calmer la rue. Mais dans ce bars fer, le système ne va pas tomber, il procédera à des reformes pour contenter la population. 

Soudan 

Le Soudan aussi est pratiquement dans la même situation que l’Algérie. En proie à une contestation historique ayant entraîné la chute d’Oumar El-Béchir, le 11 avril 2019, le peuple soudanais qui réclame toujours le pouvoir aux militaires, fait désormais face à l’armée.  Seulement dans ce pays, l’armée ne veut rien céder et a opté pour la répression. Et les morts se comptent  déjà par centaines.  Khartoum ressemble à une ville morte depuis plusieurs jours. On ne voit plus dans les rues que les treillis beiges des militaires à pied ou dans leurs pick-up, armés de kalachnikovs. L’espoir d’une transition démocratique est constamment étouffé dans le sang. La situation s’enlise et le spectre d’une guerre civile pend au nez des Soudanais.

Les forces de l’ordre soudanaises sont passées à la phase de répression tous azimuts. Dans la journée  du 8 juin 2019, les forces paramilitaires ont tué et blessés de nombreux manifestants. Les sources médicales parlent de plus d’une centaine de morts. Le général Abdel Fattah al-Buhrane, propulsé à la tête du pays ne veut rien céder. Il a le soutien de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite et des Emirats. L’Union africaine (UA) pour sa part a condamné la répression. Elle a déjà suspendu le Soudan « jusqu’à l’établissement effectif d’une autorité civile de transition ». Une initiative saluée par l’Union européenne. L’ONU et tous les pays européens ont appelé à la reprise des négociations. Mais avec la sanglante répression, le dialogue est totalement rompu. Les deux parties peinent toujours à trouver un accord sur la présidence et la composition du Conseil souverain censé gérer la transition pendant trois ans. Le premier ministre éthiopien dépêché par l’Union africaines essaie de renouer le dialogue, mais chaque camp ne veut rien lâcher.

Liberia

17 mois après son accession à la magistrature suprême de son pays, George Tawlon Manneh Oppong Ousman Weah est confronté à ses premières difficultés. Les Libériens sont sortis massivement le vendredi 7 juin 2019 dans les rues de Monrovia pour manifester leur courroux devant les promesses de campagne non tenues. Ils étaient estimés à 4000 personnes et réclament de meilleures conditions de vie. Le Libéria de Weah connaît ainsi ses premiers remous après l’euphorie de la présidentielle et des grands espoirs. Pour le président, en poste depuis 17 mois, il s’agit d’un premier test grandeur nature. Galvanisées par des partis d’opposition mais aussi par  des dizaines d’associations réunies au sein d’un « Conseil des patriotes », les populations ont pris d’assaut la rue. « Nous ne quitterons les rues que lorsque nous aurons obtenu des résultats ». Les populations ont le sentiment que rien n’a changé. Le cours du dollar américain qui cohabite avec celui du Liberia n’en finit pas de flamber. Alors qu’il fallait débourser 100 dollars libériens pour un dollar américain il y a deux ans, il en faut désormais pratiquement aujourd’hui 200. Dans un pays longtemps en guerre, et secoué par le virus Ebola, les attentes des populations sont énormes. Les blessures de la guerre et de l’épidémie sont toujours là. La crise économique et les scandales de corruption n’arrangent pas non plus la détérioration de la confiance. Les doléances des manifestants ont été présentées à la vice-présidente Jewel Howard-Taylor pour transmettre au président Weah. A la suite de cette première grande manifestation organisée par l’opposition et des organisations de la société civile, le président footballeur a fait une sortie et s’est prononcé sur la colère de la population. Pour désamorcer cette bombe, George Weah est prêt à mouiller le maillot à nouveau. Il promet déjà de changer l’équipe dirigeante de la banque centrale, d’intensifier la lutte contre la corruption et de garder comme priorités l’éducation, la santé, les infrastructures routières et la promotion de l’investissement. Mais, il faut encore plus pour rassurer la population libérienne.

                                                                                                     Abdoul Razac Napon

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