Musique: Les grandes étapes du Rap Burkinabè

 

Il y a plus de 20 ans, le Rap cherchait ses marques au Burkina Faso. Les pionniers n’avaient que leur amour pour le Hip Hop et leur détermination à s’insérer dans le paysage musical. Le travail et le courage a fini par payer.  Aujourd’hui dans le secteur de la musique, on compte aussi avec les groupes du Rap.

« La solitude était une amie et avait fini par être ma femme. Et plus le temps passe et plus tu comprends qu’elle n’est que le fruit des entrailles de mes propres pensées. La canne qui guide l’apôtre représente pour lui un dieu, une âme, les yeux, sa lumière. Celle qui le guide dans un monde ou la seule image qu’il voit c’est les ténèbres. Yeleen pour nous reste une canne, celle qui guide les pas de nos intimes espérances. » Ces paroles émouvantes ont été dites par un groupe de Rap Burkinabè qui a émergé au début de l’an 2000. Ce groupe avait pour nom « Yeleen », la lumière en langue Bambara. Avant la sortie de l’album « Just 1 peu 2 lumière » en octobre 2000, le Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP) avait donné l’opportunité à Manwdoé, un du groupe de prester pendant ses différentes activités. Il avait dédié une chanson au journaliste Norbert Zongo avec sa guitare acoustique. Ceux qui savaient apprécier la musique ont vite reconnu que le jeune musicien était promis à une belle carrière s’il avait du soutien. La suite du duo leur a donné raison. Just 1 peu 2 lumière a été un succès franc. Les admirateurs du groupe Yeleen disent qu’ils ont acheté l’opus plusieurs fois parce qu’à force d’écouter en boucle les chansons, les supports cassettes ou compact disques s’usaient.  Un studio d’enregistrement est à la base de l’émergence de ce type de musique. Ce  non moins célèbre studio a pour nom Abazon et son promoteur est lui-même rappeur, Serge Bambara alias Smockey. Avant les années 2000 le Burkina Faso n’était pas nanti en outil de promotion et de fabrication de la musique. Quelques individus avaient des studios à une piste et les artistes qui ne pouvaient pas se déplacer à l’extérieur faisaient avec ce matériel rudimentaire. L’avènement de Seydoni production et plus tard du studio d’Abazon, et le coup de pouce du Ministère de la Culture sous le magistère du ministre Mahamoudou Ouédraogo a donné du tonus à la musique et au style de musique urbaine qui est le Rap, qui avait commencé a intégré les habitudes des jeunes.

Le Rap broussard

Après Yeleen, un autre groupe parmi la multitude est né. Son style particulier faisait que certains railleurs avaient surnommé son Rap, le Rap « Yirmoogha » c’est-à-dire le rap broussard. Les deux compères Frère Malkom et David le Kombattant se complétaient bien dans leur style. L’un chantait en mooré et l’autre rappait en français. Les puristes puérils voyaient en ces deux jeunes des plaisantins venus gesticuler un temps dans ce paysage nouveau. Par le soin de leurs œuvres successives, le Rap Burkinabè a fini par compter avec Faso Kombat. Le succès a commencé par Tampouy leur quartier avant de s’étendre sur tout le pays. David le Kombattant ancien berger dans son village et vendeur de posters des stars américaines à Ouagadougou à la rencontre de Malkom venu de la Côte d’Ivoire et passionné du Rap avait donné naissance au groupe Faso Kombat. Leurs voix n’ont pu être audibles que grâce à des efforts des gens qui croyaient à l’intégration du Rap dans l’univers de la musique au Burkina Faso. Le succès du Hip Hop a des artisans. Certains sont aujourd’hui allés  chercher le bien être en occident. Mais les visiteurs assidus du Centre national des arts du spectacle (CENASA) au milieu des années 1990 se rappellent de Gérard Koala, ses camarades et certaines marques de cigarettes qui permettaient aux rappeurs d’avoir de la scène. Mais avant le révérend MC Claver, promoteur aujourd’hui de la Radio Djam qui ne diffuse que du Rap a précédé l’équipe de Gérard Koala dans la promotion du Rap. Il avait même une plage à la Télévision nationale pour le genre mais c’était à une époque où le Rap était considéré comme la chose des enfants gâtés ou les enfants de parents repus. Et l’un des pionniers des rappeurs connus au Burkina Faso, c’est Basic-Soul. Souleymane Ouédraogo à l’état civil, Basic-Soul Il a inspiré une génération de jeunes rappeurs. Il est toujours présent dans le milieu mais aujourd’hui il est de plus en plus connu pour son rôle de lanceur d’alerte qu’il a moins de temps pour sa passion première.

Mister Pi et le Rap à la Radio

Il fait partie de la première équipée à faire la promotion du Rap à la Radio. Gervais Somda dit Mister Pi puisqu’il s’agit de lui distillait la musique Rap à Radio Energie à travers ses animations en début d’après- midi les jours ouvrables. Les nouvelles tendances, les sorties d’albums, les biographies des icônes de cette musique et surtout la mort de 2Pac, un des pontes de cette musique ont pendant la période été relaté par Mister Pi qui avait un look de tête toujours rasée. L’habillement de ceux qui étaient dans le style Hip Hop était particulier. Pendant la période certains pouvaient se permettre de porter des manteaux au mois d’avril, avec des chaînes à maillons démesurés dans une démarche sibylline à l’allure de quelqu’un qui veut passer inaperçu.  Ouaga Hip Hop est l’un des festivals du Rap au Burkina Faso. Ali Diallo en est le promoteur. Toutes ces conjugaisons d’efforts ont contribué à faire du pays l’une des vitrines du Rap africain.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

Le Rap et les débats politiques sous Blaise Compaoré

Yeleen c’était une révolution. Les deux compères ont été reçus au journal télévisé de 13h de la Radio-Télévision du Burkina (RTB) à la sortie de leur album. Ce qui était en soi un événement. L’amour  prononcé du directeur de la Télévision nationale de l’époque Yacouba Traoré pour les belles lettres a été pour beaucoup dans le passage de Smarty et Manwdoé à l’édition phare de la Chaine du plaisir partagé. Mais Just 1 peu 2 lumière avait aussi fait l’unanimité. Toutes les couches sociales avaient accueilli l’album avec enthousiasme. Après ce succès fulgurant, d’autres groupes ont vu le jour et ont marqué aussi les mélomanes. Les SOFA qui ont repris la chanson de feu Fodé Kouyaté « Ni samedi Seera » si samedi arrive avec un passage plein d’humour comme : « Je suis un vieux de 76 et je veux marier une fille de 16 ans » était un des meilleurs groupes du Rap. La Censure, Cleptogang, Wemteng Clan, « Ici au Faso, la vie est dure », Omniprezent, Old School, Negramers, Black Marabout, la liste est longue. C’est un échantillon des groupes de Rap qui ont égayé plus d’un jeune. Ce qui était déplorable à l’époque, ils n’avaient pas de scène à part celles organisées par les promoteurs habituels. Certains se plaignaient des compagnies de téléphonie mobile parce que les artistes n’étaient pas sollicités lors des activités de promotion de leurs produits alors que leur public cible commun était constitué essentiellement de jeunes. Dès lors que certains groupes ont acquis de la notoriété, cet ostracisme à tourner dos. L’engagement politique de certains rappeurs ont fait des vagues. Le titre « Monsieur le Maire » du Groupe Yeleen avait suscité beaucoup d’interrogations. Le titre est apparu à un moment où la rumeur courait que François Compaoré voulait la tête de Simon Compaoré et préparait un de ses poulains à remplacer le bourgmestre de Ouagadougou. D’aucuns avaient supputé que le petit frère de l’ex président Blaise Compaoré avait commandé ce titre à Yeleen pour alimenter son combat politique. Le refus du groupe Yeleen  de participer à l’album « Dossier classé » dédié au journaliste Norbert Zongo et ses compagnons, l’affaire des 10 millions qu’aurait reçu le groupe de la part de François Compaoré, tout cela a rythmer à un moment les débats dans le milieu artistique sous le régime du Président Compaoré. Le parolier Salif Kikieta alias Smarty ne manquera pas de fustiger ses contempteurs en dénonçant ce qu’il a appelé « les marchands des martyrs sur disque ». Smockey, le Collectif Tekré composé des rappeurs Burkinabè aux Etats-Unis et Faso Kombat de l’entité Rap vont s’insurger contre la mise en place du Senat et la révision de l’article 37 vers la fin du pouvoir du Président Compaoré. Le Collectif Tekré conseillera le président en des termes durs : « Fermé dans la bulle d’illusion. Le pouvoir t’obscurcis la vision. Le vent du changement souffle à fond et toi tu joues le bouffon. Ecoute bien la voix du vent qui souffle. Ne tombe dans le gouffre. Change de fusil d’épaule ». Malkom comme par prémonition dira à l’ancien commando de Pô que : « Nul n’est dupe de vos intentions et le silence n’est pas une caution. Il est tombé les masques de vos chansonniers tapis dans l’ombre aux visions lugubres. Combien d’années vous faut-il pour convaincre ? Un quart de siècle, cela fait beaucoup pour un mandat présidentiel. Si la raison c’est l’amour que vous nous portez, il est grand temps que vous partiez. Faites-le pour le peuple et vos enfants. Car bonheur ne rime pas avec président. Avec honneur partir aujourd’hui ou en catastrophe partir demain. »

MNZ 

 

      

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