Musique: Le rendez-vous manqué de la Révolution avec les orchestres

Les musiciens avaient adhéré au début de processus révolutionnaire aux idéaux du changement radical. Mais la mesure de fermeture des boîtes de nuit, la réduction du prix d’entrer dans les dancings populaires à 300Fcfa et la suppression des lumières tamisées dans les mêmes dancings ont donné un coup d’arrêt aux orchestres. Ces groupes musicaux avaient déjà subi les affres des couvre-feux des régimes d’exception précédents. Ce qui est advenu sous la révolution n’était que le prolongement d’un cycle de douleur.
Une bonne frange de la société voltaïque a accueilli la Révolution d’Août 1983 avec enthousiasme. Les musiciens ne sont pas restés en marge. Dès le lendemain de la prise du pouvoir par les chefs historiques appuyés par les organisations de gauche, les artistes musiciens ont commencé à composer des chansons. Youssouf Compaoré a ouvert le bal avec son titre « Zaman-Damba » qui est passé en boucle pendant des jours à Radio. Va suivre, une pléthore de chansons encensant le changement intervenu dans le pays. Un technicien supérieur d’agriculture, musicien à ses temps perdu, Bakary Dambelé, pendant la période a fait sensation avec un instrument traditionnel appelé « Tiwoun ». « Grand peuple brandit le poing. Nous disons non au racisme, non à la bourgeoisie, non à la féodalité ». Tel était son message qui invitait le peuple voltaïque à adhérer aux idéaux de la Révolution. A l’instar d’autres couches socio-professionnelles, les artistes musiciens ont organisé les meetings de soutien aux nouvelles autorités et à la nouvelle orientation intervenue en Haute-Volta. Mais la suite des événements ne leur sera pas favorable. Les décisions de fermeture des Boîtes de nuit, l’ouverture de dancing populaire avec comme prix d’entrée la modique somme de 300Fcfa ont contribué à fragiliser ce secteur qui avait déjà pris un coup avec les multiples coups d’Etat et leurs lots de couvre-feu. Depuis le 25 novembre 1980, la Haute-Volta était abonnée aux changements politiques brusques. Les activités de musique se mènent les nuits. Le cycle de couvre-feu avait plombé les animations musicales. L’erreur d’appréciation qui a consisté à la réduction du coût du prix d’entrée dans les dancings populaires et d’aligner les instruments de musique comme produits de luxe rendant le coût de dédouanement exorbitant n’a fait qu’enfoncer les orchestres. Alors qu’auparavant un orchestre comme l’Harmonie-Voltaïque avait acquis son autonomie financière. Il parvenait à commander les instruments de musique, arrivait à contracter des prêts en banque et à désintéresser ses musiciens. Ce groupe musical de Ouagadougou était devenu une institution. C’était une chaîne avec ses maillons avec une multitude de musiciens. L’Harmonie était composée d’un groupe des juniors et un groupe de séniors. Il y avait de pareils groupes musicaux à Bobo-Dioulasso. La plupart des musiciens des anciens orchestres vont intégrer comme encadreurs les nouvelles formations créées par la Révolution dans les casernes militaires, dans les services et dans certains corps paramilitaires et dans la formation des jeunes appelés Les Petits chanteurs au poing levé et dans celle des dames les Colombes de la Révolution. A titre d’exemple François Tapsoba, feu Henri Yoni, Maurice Simporé, ex-membres de l’Harmonie Voltaïque ont fait partie de l’encadrement des Petits chanteurs et des Colombes de la Révolution. Dans l’ouvrage intitulé Histoire de la Musique Moderne du Burkina Faso, Oger Kaboré et Auguste Ferdinand Kaboret dans leur analyse de la morosité de l’activité musicale sous la Révolution, en plus du facteur prix d’entrer, soulignent une autre difficulté sous-jacente : « Une autre mesure était l’interdiction de la lumière tamisée dans les dancings populaires et Night- Club. Les tenanciers avaient l’obligation d’éclairer tous les recoins de leur établissement et de ne laisser aucune zone d’ombre où quelques couples pourraient se cacher pour batifoler. Elle eut pour conséquence de faire fuir de nombreuses personnes indiscretes. Par ailleurs, les groupes qui s’y produisaient perdirent leurs contrats de prestation qui leur permettaient de survivre. » Dans le même livre de Oger et d’Auguste Ferdinand, les musiciens pointent du doigt le fait qu’ils étaient constamment sollicités par la Révolution mais les orchestres n’étaient pas rémunérés. A l’appréciation de la relation entre la Révolution et les artistes musiciens et plus particulièrement les orchestres, on peut déduire que ce fut une erreur d’appréciation des tenants de pouvoir de l’époque. Ailleurs les pouvoirs de cette nature ont travaillé constamment avec les musiciens. La Guinée Conakry de Sekou Touré est une illustration parfaite. Des artistes guinéens étaient salariés. Dans le cas du Burkina Faso en plus des mesures prises par les nouvelles autorités sur la réduction du prix, il n’y a pas eu d’accompagnement pour permettre aux musiciens de s’accommoder à la nouvelle donne. Pourtant le leader de la Révolution, le président Thomas Sankara avait de tout temps manifesté son intérêt pour la musique. La preuve est que lui-même jouait à la guitare à ses temps libres. L’amour du Président Sankara pour la musique n’était pas un secret au point qu’il ne s’est pas abstenu devant la Commission du peuple chargée de la prévention et de la lutte contre la corruption de déclarer : « Je possède également trois guitares sèches. Je les cites parce que je leur attribue beaucoup de valeur ».
Merneptah Noufou Zougmoré

 

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