Naaba Kougri: Les actions politiques du grand Naaba de Ouagadougou

Le Moogho-Naaba Kougri qui a régné de 1957 à 1982 a marqué son temps. Sous son magistère, ses prises de position à travers le Bureau du syndicat des chefs coutumiers suscitaient de l’intérêt. Mais son alignement avec la France était systématique. Il avait également une haute idée du pouvoir de la chefferie traditionnelle. N’est- ce pas ce qui lui a amené un jour à dire face à ses contempteurs détenteurs du pouvoir moderne que : « Si l’élu d’aujourd’hui a des droits, celui d’hier a conservé les siens » ? 

A l’approche des indépendances de l’Afrique occidentale française, le débat portait sur l’option de rester dans la communauté Franco-Africaine ou s’émanciper de la tutelle coloniale. La discussion de rester dans l’entité Afrique  occidentale française (AOF) au détriment du choix des Etats souverainistes   est venue se greffer aux deux précédentes polémiques. Pendant cette période, le Moogho-Naaba Kougri avait montré peu d’enthousiasme quant à l’idée de demeurer dans la fédération même après l’émancipation. Il avait signifié le 20 décembre 1958 que : « L’idée qui agite les esprits actuellement est bien celle de la fédération primaire. Nous en avons déjà parlé. Mais il faudrait qu’on nous entende bien, car nous ne saurions cautionner une entreprise de ce genre qui ne tiendrait pas compte des réalités intra-historiques de chaque peuple et en particulier du notre, dont tout le monde connaît les caractéristiques. » A Dakar, le grand conseiller Aly Barraud considéré à l’époque comme celui qui incarnait la gauche du Rassemblement démocratique Africain (RDA) avait aussi donné de la voix mais elle était à l’opposé  de celle du grand Naaba de Ouagadougou. Il assurait que : « Nous réaffirmons solennellement, malgré les pressions qui se sont exercées et qui continuent à s’exercer de l’extérieur de la Haute-Volta, que notre détermination est de bâtir une fédération dans le sens que nous voulons et nul ne peut s’y opposer ». Sur les grandes questions politiques de ces années qui ont précédé les indépendances formelles, la chefferie traditionnelle à travers sa porte- voix qui était le Naaba Kougri donnait toujours sa position. Mais l’alignement  à la position du colonialisme français était presque systématique. Sur le référendum du 28 septembre 1958, le syndicat des chefs traditionnels à travers toujours le monarque de Ouagadougou martelait : « Il appartient à nous, chefs traditionnels, de trouver une solution meilleure pour que la Haute-Volta, dont nous sommes les dirigeants primitifs, prospère et s’émancipe dans la communauté franco-africaine. » L’ex-prince de Guiba poursuivait : « L’institution du Référendum est notre souci premier, car il invite toute l’Afrique à se prononcer, le 28 septembre 1958, à un attachement ou à une option contraire vis-à-vis de la présente Constitution. Mon entretien avec le général de Gaulle n’a eu pour but que de l’assurer de notre attachement sincère au peuple de France avec toute la masse dont nous avons la charge. » Son leadership dans la chefferie traditionnelle était incontesté parce qu’il avait plusieurs atouts. Son royaume était situé dans le centre des décisions qui était Ouagadougou. Il venait à 27 ans de succéder  à son père le Naaba Saaga au trône. Sa jeunesse constituait un atout supplémentaire et il avait un niveau d’instruction au- dessus de la moyenne à cette époque. Ancien élève des écoles de  France, il y avait étudié de 1946 à 1950 dans ce pays. Quand Ouezzin Coulibaly assurait la vice- présidence avant l’indépendance, leurs rapports étaient cordiaux. Salfo-Albert Balima dans son ouvrage Légende et Histoire des Peuples du Burkina Faso indique que : « Tant qu’il vécut, Ouezzin avait entretenu les meilleures relations avec le nouvel empereur. Très souvent le soir, il le consultait. La brusque disparition de cette éclipsante personnalité allait favoriser toutes les ambitions. Tous essayaient de prendre plus d’influence, et chacun ne visait que la première place. Bientôt quelques spécialistes du pointage affirmèrent que le cabinet au pouvoir ne tenait qu’avec une voix de majorité. » Avec la mort de Daniel Ouezzin Coulibaly,  on prêtait au Naaba-Kougri les intentions d’assurer la direction du pays dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Son message du 15 octobre 1958 qui invitait à la constitution d’un gouvernement de salut public pour le pays voltaïque avait été interprété par ses contempteurs comme un désir réel de vouloir jouer les premiers rôles. La preuve de ce soupçon était qu’aucun membre de l’Assemblée Territoriale n’a daigné répondre au Naaba. Après l’échec de la tentative de prise en otage des membres de l’Assemblée Territoriale le 17 octobre 1958 par les manifestants acquis à la cause du Moogho-Naaba, la réaction de ses adversaires avait été immédiate. Ses soutiens qui l’avaient poussé à ce forfait l’avaient abandonné à son propre sort. Le Naaba était seul face aux conséquences qui allaient résulter de cet acte. Selon toujours Salfo-Albert Balima, le vice-président Maurice Yaméogo et son gouvernement dès le lendemain de l’incident : « flétrirent la manifestation devant l’Assemblée, tendant à empêcher celle-ci démocratiquement élue, de siéger, et affirmèrent que l’ordre et la sécurité seraient maintenus. »  Il était arrivé à obtenir le ralliement de l’association de la chefferie traditionnelle qui  avait cédé aux menaces en condamnant l’acte de Naaba Kougri. A son tour, Maurice Yaméogo, le chef de l’exécutif de l’époque a fait publier un communiqué pour rassurer la chefferie que les griefs étaient dirigés contre le fautif et non à l’ensemble de la chefferie. « Le Conseil de gouvernement, à la suite du communiqué du bureau du syndicat des chefs coutumiers de la Haute-Volta relatif aux événements du 17 octobre, tient à préciser qu’il ne s’agit nullement de porter atteinte à la chefferie coutumière en général, mais bien plutôt de flétrir avec énergie un acte émanant d’un chef supérieur comme le Moro Naba Kougri, dont les conséquences, si elles n’avaient pas été prévenues à l’avance, auraient mis toute la chefferie Mossi dans une situation regrettable et irréparable ».

Merneptah Noufou Zougmoré

 

Le Naaba réformateur

C’est sous le règne de Naaba Kougri qu’on a vu un monarque apparaitre en public avec son épouse. Il lui avait conféré le titre d’impératrice. Il voyageait avec sa femme comme ses pairs rois en Europe. L’impératrice s’appelait Zara. Elle était très bien instruite. Selon les informations concordantes, elle a été dans les années 1960 présidente de la Croix-Rouge de la Haute-Volta. Issue d’une famille très aisée de l’époque, le beau-père  du Moogho Naaba était un richissime opérateur économique  du nom d’Ousmane Sibiri Ouédraogo. Elhadj  Ousmane Sibiri Ouédraogo avait été également président de la Communauté Musulmane. Actuellement, l’impératrice a pris de l’âge et vit dans le quartier huppé de Ouaga 2000. Elle est la grand-mère de la plus jeune député du Conseil national de la Transition (CNT) Safiatou Congo. Nous avons tenté vainement de  rencontrer l’impératrice par l’entremise des proches de la famille. A chaque occasion, elle a opposé un refus catégorique. Après la disparition de son époux, elle s’est éloignée des projecteurs.

MNZ         

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