Panel de l’Association des journalistes du Burkina (AJB): La gratuité des soins en procès

L’Association des journalistes du Burkina (AJB) a organisé une conférence publique le vendredi 3 août 2018 à Ouagadougou sur la gratuité des soins de santé au profit des femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq (5) ans.
Placé sous le thème « Gratuité des soins de santé au Burkina : regards croisés des promoteurs et des bénéficiaires », cette conférence ambitionnait faire le bilan de cette politique publique lancée depuis 2016. Pour ce faire, des structures comme le Secrétariat technique chargé de la Couverture sanitaire universelle (CSU), le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) et le Réseau d’accès aux médicaments essentiels (RAME) ont été invitées à donner leur appréciation de la politique de gratuité des soins destinée aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 5 ans. Selon le Dr S. Pierre Yameogo, Secrétaire technique chargé de la Couverture sanitaire universelle (CSU), la gratuité des soins de santé est un engagement du président du Faso. Et, cette gratuité est une réalité au Burkina Faso car plusieurs millions de personnes en bénéficient. En 2017, la gratuité des soins a couté 30 milliards 184 millions au budget de l’Etat dont 19 milliards pour l’achat des médicaments, estime-t-il. 304 irrégularités tenant à des cas de fraudes, de rackets, de vols ou de retrait de médicaments sont à déplorer. « Certains patients font le tour de plusieurs centres de santé pour se faire le maximum de médicaments », pour le même mal, regrette le Dr Yaméogo. L’autre difficulté qu’il évoque, ce sont les cas de ruptures de médicaments dans les centres de santé. « La gratuité des soins n’a ni couleur politique ni syndicale. Elle est là pour nous tous. C’est une politique sociale réelle…On va améliorer cette gratuité des soins », assure le Secrétaire technique. Au regard des difficultés de cette politique, le communicateur recommande l’opérationnalisation de l’assurance maladie universelle. A son tour de parole, le représentant du SYNTSHA, Dr M. Bertrand Méda, a d’abord rappelé que dès 1996, le syndicat a inclus dans ses revendications la prise en charge gratuite des urgences médicales, chirurgicales et obstétricales. Pour cela, le SYNTSHA ne pouvait qu’accueillir favorablement la politique de gratuité pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Pour le SYNTHSA, cette gratuité des soins est le fruit de longues années de lutte. Même si la cible est limitée pour l’instant, c’est un bon début. Mais, prévient Dr Méda, cette gratuité doit être accompagnée d’une amélioration du plateau technique et des conditions de vie et de travail des agents de santé. A l’en croire, « la politique de gratuité de soins est une réalité avec beaucoup de difficultés. Mais nous allons faire de sorte que ce soit une réalité sans difficulté. Nous continuerons de nous battre pour que toutes nos populations aient accès à des soins de santé de qualité sans avoir à faire face à des barrières financières, géographiques ou autres ». Le troisième panéliste, intervenant en qualité de société civile, est Simon Kaboré, Secrétaire exécutif du RAME. Il a, à son tour, salué la politique de gratuité des soins avant de relever quelques insuffisances qui gagneraient à être corrigées. Sa structure a dénombré, par exemple, plusieurs cas de césariennes fictives inclues dans un total des 617 irrégularités qu’ils ont chiffré. L’expert indépendant a recommandé, entre autres, la sécurisation de la chaine d’approvisionnement, la sanction des irrégularités, la sensibilisation et la formation des populations et des agents de santé.

Idriss K. Ouédraogo

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