Patrimoine de l’Etat: De la nécessité d’une politique rigoureuse de gestion

Le gouvernement a porté à la connaissance de l’opinion et des citoyens son projet d’acquisition de nouveaux véhicules. L’équipe de Paul Kaba Thiéba a entrepris l’achat de 35 véhicules talisman, 5 pick up et 19 V8. Ces véhicules seront affectés à certains ministères et aux gouverneurs de région. Pour contrer la polémique et les critiques de certains citoyens et contribuables qui doutent toujours de l’opportunité et la nécessité de telles dépenses, le ministre porte-parole du gouvernement a laissé entendre que les véhicules de marque Peugeot 407 qui avaient été acquis en 2010 ne seraient plus en bon état. Et que «plus de la moitié d’entre eux seraient au garage». Autrement dit, le gouvernement confesse que des véhicules acquis en 2010 sont devenus des épaves seulement six ans après leur mise en circulation, puisque le processus de renouvellement des véhicules a commencé en 2016 selon les explications du gouvernement.

Des véhicules neufs acquis à coût de millions qui n’ont été utiles que pendant six ou huit ans intriguent surtout dans une nation logée au bas de l’échelle du développement. Mais au-delà même de tous les corolaires que charrient de tels désagréments, il se pose un sérieux problème d’entretien du patrimoine roulant de l’Etat. Il n’est un secret pour personne que les biens de l’Etat sont généralement mal entretenus et mal conservés. Conséquence, on assiste à la déconfiture accélérée du patrimoine mobilier et immobilier de l’Etat au niveau des services centraux et déconcentrés. Certes, il est vrai que dans certains cas, c’est la qualité même des  biens (acquis ou construits) qui laisse à désirer mais il est constant de constater que de nombreux bénéficiaires ou utilisateurs des biens de l’Etat n’en font pas bon usage.

En effet, combien de véhicules ont été mis sur cale, faute d’entretien? Combien d’ordinateurs, de meubles …ont-ils été abimés suite aux indélicatesses de leurs utilisateurs? Combien de toilettes fonctionnent toujours normalement dans les ministères ou les services de l’Etat? N’ont-ils pas été déclassés et  abandonnés comme ce véhicule oublié  dans un  local pendant plus de deux ans après le déménagement du service  qui l’utilisait? L’incivisme est aussi passé par là! Pourtant, la réparation de certains appareils hors d’usage ou le renouvellement de certains biens constituent souvent des points  de certaines plateformes revendicatives des syndicats. Et comme d’habitude, c’est le budget de l’Etat qui va devoir trinquer pour assurer la réparation ou le remplacement du matériel en déconfiture. Cette triste réalité perdure depuis des années au point de devenir la règle au niveau de l’administration publique où la race des fonctionnaires sérieux et consciencieux -qui prennent soin du patrimoine de l’Etat comme ils le feraient de leur propre bien -devient malheureusement de plus en plus rare. Alors que la réduction du train de vie de l’Etat chère aussi bien aux gouvernants qu’aux gouvernés passe aussi par la gestion rationnelle des ressources et des biens de l’Etat.

C’est dire que chacun à son niveau peut et doit jouer sa partition pour préserver et sauvegarder pendant longtemps le patrimoine commun. C’est une question de mentalité et d’engagement patriotique qui doit guider l’ensemble des citoyens en général et les agents de l’administration publique en particulier. Pour que les investissements qui grèvent le budget de l’Etat puissent être réellement utiles et traverser le temps, il faut enfin allier le choix de la qualité à l’entretien.  A défaut, les gouvernements successifs seront obligés de rivaliser en nombre d‘appels d’offres émis pour les mêmes matières. Et cela n’avancera en rien le pays. Les fameux véhicules talisman, pick up et autres V8 dont l’acquisition alimente actuellement les débats pourraient se retrouver hors d’usage après trois ou quatre ans seulement si l’on n’y prend garde. Parce que tout simplement, l’Etat pèche encore par l’absence d’une politique rigoureuse de gestion de ses biens.  Il aurait fallu d’abord que le gouvernement se penche sérieusement sur la question de l’entretien et de la maitrise du répertoire du matériel existant avant de lancer d’éventuelles nouvelles commandes.

Mutations   

 

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