Politique: L’intrusion de la chefferie coutumière

Le 1er octobre 1945 s’étaient tenues les élections de la Première Assemblée nationale constituante. Deux sièges étaient à pourvoir pour la colonie de la Côte d’Ivoire. Une partie de la Haute-Volta était toujours sous la tutelle de cette colonie après son morcellement de 1932. Un siège parmi les deux était destiné à quelques milliers de blancs vivant dans la colonie plus quelques sénégalais qui étaient originaires des 4 communes, Dakar, Saint-Louis, Rufisque et Gorée. Le premier qui a manifesté son intention de se présenter était Félix Houphouët Boigny. Il était médecin africain et chef traditionnel baoulé. Il avait créé une année avant le scrutin le syndicat des planteurs africains. Il met en outre un appareil politique qui allait le soutenir dans sa démarche. Il s’agissait du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Pour étendre son champ d’action,  il entreprend de se rendre à Ouagadougou pour rencontrer le Moogho-Naaba Saga. A son arrivée dans la cour du monarque de Ouagadougou après les amabilités, il assure qu’il est venu solliciter le suffrage des populations de la Haute-Côte d’Ivoire pour briguer le mandat à l’Assemblée nationale constituante dans le but de défendre les intérêts de la communauté. Le Naaba de Ouagadougou après l’avoir écouté s’en ouvrit à ses confidents dont  Monseigneur Joanny Thévenoud. Cette personnalité de l’Eglise Catholique était missionnaire depuis 40 ans à Ouagadougou et évêque depuis  24 ans. Selon Salfo-Albert Balima dans son livre Légende et Histoire des Peuples du Burkina Faso,  à la question précise de Naaba Saga : « pour qui, d’après vous, faut-il faire voter ? » Le prélat dans sa réponse avait fait le résumé de la position de l’église. « Agissez conformément à votre conscience, en faveur de ceux dont l’activité sera utile non pas à un parti, mais à votre peuple et à l’Afrique. Agissez pour les candidats qui croient en Dieu ». Après avoir recueilli  les avis divers, le monarque avait fait le choix d’un de ses Ministres notamment le Balm Naaba Tanga. Mais le représentant du Moogho partait avec un handicap. Il avait certes une longue expérience dans la gestion des affaires politiques du royaume mais l’inconvénient était qu’il n’avait pas fait l’école. Même en cas de victoire, il n’était pas nanti pour assister aux joutes oratoires du palais Bourbon à Paris. L’Union pour la défense des intérêts de la Haute-Volta (UDIHV)  qui était une trouvaille de Naaba Saga n’avait également pas eu le temps de s’ancrer. C’est ainsi que le 21 octobre 1945, Houphouët Boigny recueillait 13750 voix et le Balm Naaba 12900 voix soit une courte victoire du candidat de la Basse-Côte, le bélier de Yamoussokro. Aux élections du même type du 2 novembre 1946, le Moogho-Naaba changea de fusil d’épaule. Sur conseil des gens avisés, il fait changer, l’Union pour la défense des intérêts de la Haute-Volta qui apparaissait comme le parti des seuls Mossi à l’Union Voltaïque (UV) qui donnait l’allure d’un rassemblement des toutes les populations de l’ancienne Haute-Volta. A ce scrutin, il y avait 3 sièges à pourvoir en Côte d’Ivoire.  125 282 voix sur un total 127 000 allaient à une liste unique qui était patronnée par Houphouët Boigny qui représentait la Basse-Côte d’Ivoire. Les représentants de la Haute Côte d’Ivoire étaient Ouezzin Coulibaly et Philippe Zinda Kaboré, prince de Konkistenga qui avait été accepté par Naaba Saga.  Zinda Kaboré mourait 6 mois après et fut remplacé par Henri Guissou qui était l’homme de confiance de Naaba Saga. Au député disparu Zinda Kaboré comme à celui qui l’avait remplacé Henri Guissou, les instructions du monarque de Ouagadougou étaient claires : « A Paris, vôtre rôle consistera à faire renaître une Haute-Volta autonome, pour le moment ». Pendant la marche de la Haute-Volta vers l’indépendance et après le décès du vice-président Daniel Ouezzin Coulibaly, un incident eut lieu à l’Assemblée territoriale. Le jeune Moogho-Naaba Kougri avait succédé à son géniteur le 28 novembre 1957. Instruit des écoles françaises, il nourrissait des ambitions de destin national. Le 15 octobre 1958, il invitait à constituer un gouvernement d’union et de salut public pour les pays voltaïques. Toujours dans son adresse, il ajoutait : « En Haute-Volta, il serait mal venu de perdre le temps à des querelles qui divisent, versent le sang et entretiennent les haines dont l’aboutissement est la ruine et la misère pour le peuple. Je lance,  à vous tous, enfants de ce pays pour vous demander de rechercher la voix de la raison, de la justice et de la concorde entre vous. » Le 17 octobre 1958, l’Assemblée territoriale conformément à son programme devrait se réunir en session extraordinaire. Des cavaliers armés encerclèrent l’institution et empêchaient la rencontre de se tenir. C’est vers 11 heures de la matinée que le Wiidi-Naaba, l’un ministre du monarque avait prié la foule archers  de rejoindre le palais du Naaba où les attendait le Naaba Kougri en traditionnel, habit de guerre. Et l’auteur de Légende et Histoire des Peuple du Burkina Faso de conclure : « Le 18 brumaire de Nâba Kougri avait échoué, malgré le haut appui qu’il avait reçu de la population de Ouagadougou, de nombreux politiciens africains et même de certains milieux européens, civils, militaires, bien en cours dans certains hauts lieux politiques de Paris. L’échec du coup était dû au fait que ses organisateurs, au lieu d’empêcher les élus de se réunir, auraient dû laisser s’assembler, puis les encercler et les obliger à avaliser quelques textes déjà rédigé. Mais n’est pas Napoléon Bonaparte qui veut ! » Le bureau des chefs coutumiers intimidé par des émissaire envoyé par Maurice Yaméogo qui promettait leurs fin brutale se désolidarisait   du Moogho Naaba Kougri à travers une déclaration. « Après une analyse attentive de la situation créée à la suite des événements du 17 octobre, le bureau s’est trouvé unanime pour déplorer les manifestations qui ont eu lieu, ainsi que les procédés employés pour tenter à l’Assemblée élue, des revendications, même légitimes ; besogne que la plupart d’entre eux ignoraient. » Maurice Yaméogo ne sera pas tendre avec la chefferie traditionnelle. Il l’a soupçonné déjà d’être à la base de la mort brutale de son mentor Philippe Zinda Kaboré et l’élément qui avait doublé cette inimitié avait été ce que d’aucuns avait appelé le 18 brumaire de Moogho Kougri. Le Naaba Tigré de Tenkodogo avait trouvé son compte. Pour avoir refusé qu’on choisisse un fonctionnaire qui soit comme tête liste RDA. Il a été convoqué à la présidence et le président Maurice Yaméogo lui a monté les bretelles. Après lui avoir tancé, il lui fut suspendre jusqu’à une période indéterminée. La succession au trône fut dans un premier temps ouverte à tous les prétendants pour ensuite être supprimée sous la première République. Pendant les 14 années de régime Lamizana, la cohabitation s’est faite dans une ambiance bonne. Le 30 avril 1968, le président Sangoulé Lamizana acceptait recevoir la requête de Moogho-Naaba Kougri pour la restauration de la chefferie traditionnelle de leurs pouvoirs qui avait été supprimée par le régime Yaméogo. Mais des petits problèmes ont subsisté que le Naaba Kougri a opté soutenir le candidat du général Lamizana, un homme politique comme Joseph Ouédraogo avait tenu des propos peu amènes à l’endroit du monarque. La chefferie va connaître encore des difficultés sous la Révolution démocratique et populaire (RDP). Un fait majeur qui s’était produit était la coupure de l’électricité du palais de Moogho-Naaba. Certains imputent la mort accidentelle  du directeur par intérim de l’époque de la VOLTLEC aujourd’hui SONABEL à cette mesure. Les chefs coutumiers qui ont occupé des postes de responsabilités dans l’administration telle que celui de Manga avait été voués aux gémonies par les Comités de défense de la Révolution de sa localité. Par contre, certains chefs qui adhéraient aux idéaux ont été épargnés d’invective. Avec Blaise Compaoré, ils sont revenus au centre. A chaque manifestation, les bonnets rouges constituaient une foule à part.  Les différentes crises que le pays a connu ses cinq  dernières années,  la chefferie, surtout celle du centre était aux avant-postes. Elle a plus ou moins aidé aux règlements d’un certain nombre de problèmes mais sa forte présence dans la sphère politique risque de créer des problèmes qu’elle ne résoudra.

Merneptah Noufou Zougmoré

 

  

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