Politique L’UPC: otage de ses députés frondeurs

L’union pour le progrès et le changement (UPC) a tenu son deuxième congrès ordinaire les 20, 21 et 22 juillet dernier au palais des sports de Ouaga 2000. La cérémonie d’ouverture qui a enregistré une forte mobilisation a été riche en couleur avec les allures de campagne électorale. Mais la mise en scène « très coûteuse » selon les confidences des organisateurs, n’a pas réussi à dissiper l’ombre pesante des députés frondeurs du parti.
Le président du parti, Zéphirin Diabré est arrivé au palais des sports, lieu du congrès aux environs de 10h avec le sourire aux lèvres. Il a été escorté de sa résidence au quartier zone du bois jusqu’à ce lieu par une foule des temps de campagne. Paré dans un boubou aux couleurs du parti et débout dans un véhicule à toit ouvrant de luxe, le chef de file de l’opposition ne s’est pas privé de prendre un bain de foule présidentiel en cette matinée du samedi 21 juillet 2018. Visiblement satisfait de la mobilisation, il interpelle un confrère et lui dit de bien observer le stade qui selon lui, était plein comme un œuf. Et d’ajouter avec un large sourire qu’« il y a des militants qui sont même restés dehors parce qu’il n’y a plus de place à l’intérieur. J’espère que la presse en fera écho. Ce confrère aussi taquin, lui demande en retour si c’est donc une mobilisation «recto verso» avant de s’éclipser.
Cette ambiance cachait mal le malaise que traverse le parti du lion avec la saignée de certains de ses membres fondateurs et hauts cadres tels Louis Armand Ouali et Elysée Kiemdé en 2016 et la fronde engagée par les 13 députés élus sous la bannière du parti et qui sont allés créer le groupe parlementaire UPC-RD à l’Assemblée nationale en 2017. Dans son discours d’ouverture, le président du parti a consacré des paragraphes entiers à ces frondeurs. « Récemment, certains des nôtres, instrumentalisés par des puissances occultes, ont choisi de vendre leur mandat à nos adversaires, en espérant faire carrière dans un gouvernement qu’ils n’ont pas contribué à installer.» Il a qualifié leur acte de « trahison». «La trahison est hélas devenue une manière de dire bonjour en politique.» S’est-il indigné avant de jeter des fleurs à l’endroit de ceux qui sont restés fidèles au parti. « C’est le lieu pour moi de féliciter et d’honorer tous ceux qui en notre sein, ont préféré la fidélité à la félonie, l’honneur au déshonneur et la constance au vagabondage politique.» Il s’attardera longuement sur la situation des députés frondeurs à la fin du congrès.
Les députés frondeurs interdits d’exclusion
L’UPC a organisé son deuxième congrès au tour du thème : « UPC : stratégies pour une victoire éclatante en 2020, synonyme de paix, d’unité nationale, de sécurité et de prospérité». L’opinion publique a sans doute accordé de l’intérêt à ce congrès pour savoir quelle stratégie la deuxième force politique du pays allait dérouler lors des prochaines échéances électorales mais surtout comment le parti allait gérer sa crise interne. Le parti avait laissé planer le suspense car une des vingt et une (21) commissions créées dans le cadre du congrès était dédiée aux «sanctions». Les congressistes ont dû couper leur souffle lors de l’exposé de la commission sanction dirigée par Massimbo Léonard. Mais in fine, le couperet de l’exclusion qui planait sur les têtes des militants «traitres» a circonscrit ses cibles à quatre (4) militants dont un seul député. «Le congrès a entériné les sanctions d’exclusion de Louis Armand Ouali, Bruno Kafando, Tambi Kaboré et Elysée Kiemdé.» a confié le président de la Commission sanction. Mais quid des 13 députés qui sont allés créer le groupe parlementaire UPC-RD à l’Assemblée nationale? « Ils sont là. Ils n’ont pas été sanctionnés puisqu’ils disent qu’ils n’ont pas quitté le parti. Ils se réclament toujours de l’UPC et tant qu’ils n’auront pas adressé des lettres de démission, le parti n’a pas d’emprise sur leur mandat au regard de la loi.» a -t –il regretté. En effet, les 4 membres fondateurs concernés par les sanctions avaient plus ou moins clarifié leur position avant le congrès. Le député Kiemdé et l’ancien directeur de cabinet de Zéphirin Diabré, Tambi Kaboré avaient créé chacun un parti politique après les sanctions de suspension puis d’exclusion qui avaient été prononcées contre eux par le Bureau politique national du parti. Quant à Louis Armand Ouali, il vient d’être coopté à Kossyam en qualité de Conseiller du président du Faso sur les questions politiques et diplomatiques. Ce qui est loin d’être le cas des députés frondeurs. Bien que ces derniers ne soient plus sous l’emprise du parti à l’hémicycle, il n’en demeure pas moins que leur présence dans le répertoire des élus de l’UPC conforte ce dernier dans son statut de chef de file de l’opposition. Si tant que Zéphirin Diabré et ses camarades n’ont pas voulu prendre le risque de rayer leur nom de la liste des militants du parti et perdre du même coup 13 sièges. Il ne lui resterait alors qu’une vingtaine de députés à peine et cela risque de faire l’affaire du CDP –son allié de circonstance- qui est en embuscade avec ses 18 sièges. Eddie Komboigo et le CDP ne cracheraient pas de prendre la direction de l’institution chef de file de l’opposition pour mieux peaufiner ses ambitions politiques si l’occasion le lui était donné sur un plateau d’or. Les stratèges et les juristes de l’UPC ont certainement flairé le piège et ils ont opté pour le statu quo en ce qui les concerne. Comme des grains de cailloux dans les chaussures, le congrès qui est l’instance suprême du parti seule habilité à prononcer la sanction extrême qu’est l’exclusion a décidé –à contre cœur-de marcher toujours avec les frondeurs, les « lions égarés» comme on les désigne là-bas jusqu’à la fin du mandat de la législature, ou jusqu’à ce qu’ils reviennent à la tanière. Sauf qu’ils devront faire avec l’ostracisme. Les députés frondeurs qui du reste n’ont pas participé au congrès n’ont-ils pas déjà été dépouillés de toute responsabilité au niveau du parti! Ils ont soigneusement été mis à l’écart lors du renouvellement des structures du parti. Les sections sont maintenant contrôlées par les suppléants des députés frondeurs ou les anciens titulaires mal classés des listes des dernières législatives. Certains peineront à se (re)construire une base électorale dans leur fief.
Quand Zéphirin se vide
La commission information et sécurité avait convié la presse le dimanche 22 juillet à 13h pour assister à la cérémonie de clôture du congrès qui aurait été ramenée à cette heure pour permettre aux délégations de regagner à temps leur base respective. Mais à la grande surprise, aux environs de 14h avant le cérémonial, et alors que la presse et les invités avaient déjà pris place, Zéphirin Diabré qui venait juste d’accepter la demande des congressistes de continuer à diriger le parti a souhaité avoir un huit clos avec ses militants.
Séance tenante, le congrès a donc pris les allures d’un meeting de vérité en l’espace d’une heure d’horloge. Le maitre des lieux a tenu à faire la genèse de son militantisme en politique depuis la période de l’ODP/MT jusqu’à la création de l’UPC. Il a rappelé notamment les circonstances de son élection comme député de la province du Zoundwéogo en 1992. Il n’a pas occulté son passage aux différents gouvernements sous Blaise Compaoré de même que sa démission « étonnante » à la présidence du Conseil économique et social (CES). « Je suis allé un jour discuter avec le président Blaise Compaoré et j’ai profité lui demander de me décharger de mes responsabilités au niveau du CES parce que j’avais commencé à ne plus voir les choses comme lui et ses camarades.» confesse-t-il et ces propos ont suscité un tonnerre d’applaudissements.
Mais c’est surtout la crise qui secoue son parti qui lui fait hausser le ton. Après le Forum sur l’alternance, on a décidé de créer un parti politique. On était 15 a adopter les textes fondateurs dans une villa. Il y a des gens que je ne connaissais pas. C’est le cas de plusieurs députés frondeurs. «Je ne les connaissais pas avant» mais quand on a créé le parti, les gens venaient de partout pour adhérer. Et les cadres qui venaient, j’ai fait comprendre aux anciens lions qu’il faut responsabiliser les jeunes et les nouveaux venus afin de leur aider à devenir de vrais lions. Mais mal m’en a pris. Sur ces propos, il se résout à appeler les délégations des sections du parti qui ont enregistré un député frondeur pour s’assurer que les nouveaux bureaux mis en place sont sous le contrôle du parti et non des frondeurs. Dans la région de l’Est, c’est un seul député qui est présenté. « C’est lui seul qui n’a pas bougé. Il est resté fidèle au parti». Lance-t-il à l’assistance en lui tenant par la main. Pour les autres, ce sont les suppléants des frondeurs qui sont adoubés. Il n’a pas manqué de décocher au passage des flèches contre la politique du genre. La député qui a conduit la liste de l’UPC du Kadiogo aux dernières législatives fait partie des frondeurs. Ceci explique -t-il cela ? Et chaque fois, qu’il argumente une défection, il n’hésite pas à fixer les membres du nouveau bureau politique national comme pour leur mettre en garde contre une quelconque tentation. C’est une éventualité à laquelle il n’a pas occulté car le chemin qui conduit à 2020 est encore long.
TZ

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