Poly-Rythmo: Un orchestre qui résiste au temps

Le Poly-Rythmo, ce nom est évocateur pour les mélomanes africains. Cet orchestre a à son compteur cinq décennies d’existence pour le plaisir des oreilles des amoureux de la musique. Un groupe qui est toujours sur pied et qui continue d’occuper les scènes sur les cinq continents. Le Bembeya, Baobab et Poly-Rythmo sont les groupes musicaux qui ont traversé le temps et qui font encore danser l’Afrique et les amis du continent berceau de l’humanité.
Le Poly-Rythmo continue d’écumer les scènes en Afrique et en Occident. Il y a quelques années quelques membres de ce mythique groupe avait été reçus dans une radio locale de Ouagadougou. A cette émission, ils juraient encore par leurs performances sur scène malgré le poids de l’âge. Les Burkinabè ne sont pas prêts à oublier le grand spectacle d’août 1984 à l’occasion du premier anniversaire de la Révolution démocratique et populaire (RDP). Un morceau spécial avait été composé pour rendre un vibrant hommage au Président Thomas Sankara et au peuple Burkinabè. Le son de ce groupe est unique et fascinant. Prolixe, on estime ses albums à plus d’une cinquantaine et plusieurs centaines de 45 tours. Le tout puissant Poly-Rythmo a été influencé par la musique du Ghana, du Nigéria ainsi que le folklore béninois. Les pionniers du groupe qui a vu le jour en 1966 sont Mélomé Clément, Lohento Eskill, Joseph Vicky Amenoudji, Nestor Soumassou. L’orchestre joue presque tous les soirs dans les bars à Cotonou à l’intérieur du pays mais aussi à Lagos au Nigéria. Ils jouent du higohlife, la pop française, la soul américaine, la salsa, la rumba congolaise et les chants tirés du terroir. Une vague de musiciens rejoint le groupe qui comptait 16 membres à son apogée dont la section cuivre était particulièrement importante. Ils séjournent à Abidjan pendant la période de la musique africaine où ils sortent plusieurs 45 tours. Le Poly-Rythmo se stabilise progressivement en concentrant l’essentiellement de ses productions sur une seule marque. En 1973, Seidou Adissa devient le mécène de l’orchestre. Promoteur du magasin de disque Albarika, il leurs achète des nouveaux instruments. Le bienfaiteur Adissa leurs procure également costumes et véhicule en échange avec la parution des vinyles. Ces vinyles sont pressés à Lagos. Ils paraissent avec le célèbre fond jaune du logo Albarika. Sous le patronage du premier responsable d’Albarika, le Poly-Rythmo enregistre au studio EMI à Lagos. Un titre « Gheti madjiro » composé par le musicien Mélomé Clément et chanté en fon par Eskill Lohanto remporte un succès fulgurant dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le succès est plus prononcé au Nigéria et au Bénin grâce à la distribution d’Albarika. Cette maison d’édition outre la maison mère à Lagos au Nigéria, elle possède les antennes à Cotonou, à Porto Novo, à Parakou et même à Abidjan. Agité par quelques soubresauts politiques sans conséquence, le Dahomey traverse une certaine insouciance qui permet une vie nocturne agréable avant l’avènement de Mathieu Kérékou au pouvoir en 1972. Arrivé au pouvoir le 26 octobre 1972, le Président Kérékou adopte le marxisme comme ligne de conduite politique. Il instaure un Conseil national de la Révolution (CNR) et change le nom du pays en 1975 qui s’appelle désormais le Bénin. Une nouvelle ère commence. Le Poly-Rythmo est sollicité malgré lui par cette révolution béninoise. Ils enregistrent plusieurs morceaux à l’honneur du CNR du Bénin. Une usine de pressage de disques s’ouvre à Cotonou et des labels comme Satel étoffent la modeste industrie de disque locale. Le secteur musical n’est pas inquiété par le nouvel ordre politique. Le Poly-Rythmo enregistre pendant la période plusieurs 45 tours dont le classique « Mi Homlan dadalé ». Ces titres sont publiés sur le label adhoc, Disque tropiques. Ragaillardi par ses premiers succès, l’orchestre ajoute alors le préfixe Tout-puissant devant son nom Poly Rythmo. Il le fait également en hommage à l’orchestre congolais le Tout-puissant OK Jazz. En 1976, ils publient un album. Sur la pochette, les musiciens arborent des T-shirt an I de la Révolution béninoise « Gbeto Vivi », « Toe nam toe nam » et « Dety motema » sont les 3 morceaux à grands titres de danse. Courant 1976, le saxophoniste malien Tidiani Koné qui a joué dans l’Harmonie Voltaïque est recruté par le Poly-Rythmo par un de ses membres Gustave Bentho. Florent Mazzoleni, l’auteur de l’ouvrage Afro-Pop : l’Age d’or des Grands Orchestres Africains parlant de Tidiani Koné nous apprend ceci : « Ancien chef d’orchestre du Rail Band de Bamako, Koné arrive de Lagos d’où il vient de travailler durant plusieurs mois avec Fela, après une tournée triomphale de l’orchestre malien en juillet 1975. Déçu par son travail avec Fela, Koné va totalement s’investir au sein de Poly-Rythmo dont il devient quelques semaines la nouvelle attraction. Il apporte une cohésion et une rigueur nouvelle au groupe, ainsi qu’un sens de l’espace largement emprunté au lyrisme mandingue. » Ils enregistrent plusieurs albums dont le sommet demeure « Djanfa Magni » (la trahison sentimentale n’est pas bonne). En 1980, Vicky et Eskill publient sous leur propre nom sur une sous marque de Maïkana, un opus intitulé 152Kg de voix où l’on retrouve le titre hypnotique « Ecoute ma mélodie ». Dans la foulée, Vicky Amenoudji enregistre quelques albums en solo ou le Poly-Rythmo l’accompagne. En 1982, la mort du guitariste Papillion puis celle du batteur Léopold met un arrêt momentanément aux ambitions de l’orchestre. C’est en 2008 que l’orchestre se réforme autour de Mélomé Clément, de Gustave Bentho et une dizaine de membres, grâce à l’entregent de la journaliste française Elodie Maillot, qui devient leur manager. En 2009 et 2010 l’orchestre voyage en Europe, au Japon, en Amérique du Nord mais aussi une grande partie de la sous-région Ouest-Africaine. Au mois de mars 2011, il publie Cotonou Club sur Strut Record. Un opus qui renoue avec le groove de l’âge d’or du Poly-Rythmo. Avec plus de 40 ans d’existence, le Poly-Rythmo débute sa cinquième décennie d’activité. Avec le Bembeya Jazz de la Guinée Conakry, l’orchestra Baobab du Sénégal, le Poly-Rythmo est désormais l’un des plus anciens orchestres africains encore en activité.
Merneptah Noufou Zougmoré
Que fait l’UA pour les échanges culturels entre pays africains ?
Dans une de leur interview, les musiciens de l’orchestre Baobab disaient avoir une envie folle de jouer dans les pays africains. Depuis la reprise de leurs activités dans les années 2000, ils sont invités en Europe et en Amérique mais pas chez eux en Afrique. ce sont les Institut Français qui font vivre nos artistes musiciens. En dehors de cette institution, il y a les structures privées d’organisation de festivals. Mais quelle est la part contributive de nos Etat dans le domaine de la culture ? Est-ce que l’Union Africaine (UA) dans ses programmes s’intéresse à la culture et quelle est le degré d’implication des Etats membres ? L’absence d’échange culturel entre pays africains se fait sentir. En dehors du Cinéma avec le FESPACO, dans le domaine de la musique rien de concret ne semble être fait. L’UA se résume à ses rencontres annuelles et au semblant de résolutions de conflits entre pays membres alors que la culture dans son ensemble et la musique en particulier peuvent aussi être des canaux de résolution de ces problèmes que le continent vit presqu’au quotidien ? L’UNESCO a associé les musiciens au nouveau projet de l’écriture de l’Histoire générale de l’Afrique. N’est-ce pas un exemple que des organismes de développement doivent suivre. L’UA est doublement interpellée en tant qu’institution faitière d’un continent berceau de la musique.
MNZ

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