Pr Séni Ouédraogo, Ministre en charge de la Fonction publique: « Actuellement, aucune discussion qui a un caractère financier et indemnitaire ne doit être faite »

Professeur d’université à la faculté de droit, le Pr Séni Mamoudou Ouédraogo fait partie de ces jeunes professeurs qui font aujourd’hui nos universités. Connu comme acteur de la société civile, il avait déjà une parole publique. Depuis le 31 décembre 2018, il est le ministre de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale. Dans l’interview qui suit, le ministre aborde, à cœur ouvert pourrait-on dire, aborde la crise qui secoue l’Administration publique en générale. Quelle est la suite réservée à la mesure de vérification des diplômes des agents publics, la mise à plat du système de rémunération des agents ? Quels rapports il entretien avec le Pr Loada et son nouveau parti le MPS ? C’est dans les lignes qui suivent.

 Bientôt deux ans que vous êtes au gouvernement. D’aucuns ont été étonnés de vous voir entrer au gouvernement. Avez-vous été surpris de vous retrouver au gouvernement, surtout dans un gouvernement MPP ?

Sur la question relative à l’opinion que certaines personnes pourraient avoir sur ma présence au gouvernement, je ne cherche pas à justifier cela. Chacun est libre de ses opinions. Je crois que pour moi, le plus important, c’est le pays. Lorsque l’on croit avoir la capacité de venir apporter son accompagnement à la construction de son pays, il n’est pas besoin d’hésiter. Dès que je suis arrivé, je suis allé chercher des compétences et je vais encore aller en chercher. Parce que d’autres sont en chemin. Je suis très heureux d’avoir fait venir l’actuel directeur général de l’ENAM (ndlr : le Dr Awalou Ouédraogo) qui était dans une position très confortable du point de vue conditions de travail et financière à l’Université de York qui est l’une des meilleures universités du monde et qui a accepté à ma demande, de revenir pour aider à faire avancer les choses. Pour moi, le plus important, c’est que chacun s’interroge sur ses capacités à apporter sa contribution à la construction de l’édifice national quand il est sollicité.

Vous parlez du DG de l’ENAM que vous avez fait venir pratiquement pour vous succéder parce que vous-même, vous avez fait un passage assez éclair à la tête de cette école importante. Pourquoi vous avez quitté l’ENAM aussitôt ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Votre question me permet d’apporter une réponse à une information malsaine qui est diffusée sur mon passage à l’ENAM. Lorsque j’ai été nommé à l’ENAM par le Pr Augustin Loada (ministre de tutelle de l’ENAM à l’époque sous la Transition : NDLR), c’est volontairement que j’ai accepté d’accompagner le professeur et de servir mon pays. A l’Enam, la feuille de route que j’ai écrite a été imprimée à presque mille exemplaires et a été distribuée aux stagiaires de l’Enam avec ma vision. Ce qui se déroule à l’Enam aujourd’hui contient bien une bonne partie de ma vision. Au bout de six mois, je me suis rendu compte qu’il m’était difficile d’avancer, donc j’ai préféré rendre ma démission.

Quels étaient les obstacles ?

Les obstacles sont de divers ordres. Pour faire avancer un processus, vous avez besoin de plusieurs acteurs mais de conditions aussi. Nous étions en transition, et les propriétés n’étaient pas vers la construction de grands chantiers comme celui de la réforme de l’Enam et donc objectivement il ne me paraissait pas opportun d’envisager un certain nombre de grandes réformes qui peuvent avoir des conséquences sur le devenir du pays en période de Transition. C’est pourquoi j’ai préféré rendre ma démission pour m’occuper de ma carrière, de la parachever et d’être en réserve.

Vous étiez en réserve, cela n’a pas duré. Depuis janvier 2018 vous êtes venu au gouvernement avec pour portefeuille le ministère de la Fonction publique, du Travail et de la protection sociale. Vous avez en charge tous les travailleurs du Burkina Faso. Vous avez parlé de la vision que vous aviez pour l’Enam, quelle est votre feuille de route aujourd’hui au niveau du ministère ?

La vision est dégagée par le chef de l’Etat et est ensuite déclinée par le Premier ministre dans les lettres de mission. Le ministre ne fait que mettre en œuvre cette vision du Président du Faso qui est axée sur la valorisation du capital humain, c’est l’axe trois du PNDES. Dans le cadre de la revalorisation du capital humain il y a plusieurs sous objectifs qui doivent être atteint notamment le renforcement de la formation professionnelle, la rationalisation des écoles professionnelles, le renforcement de la qualité même de la formation, la perspective de l’universalisation des écoles professionnelles. Pour la fonction publique, il s’agit d’avoir une fonction publique qui s’adapte aux évolutions sociales, économiques, politiques du pays mais aussi des contingences internationales. Il s’agit d’avoir une fonction publique qui se modernise en rendant un service de qualité aux usagers mais surtout en faisant de l’administration publique le trait d’union entre les gouvernants et les populations.

Comment mettez-vous en œuvre une telle vision dans le contexte actuel de crise de la fonction publique liée aux manifestations des agents, aux grèves ouvertes et parfois même non des grèves non décrétées officiellement ?

Je sais qu’actuellement, nous sommes dans un contexte difficile où il est quasi-impossible de concevoir et de mettre en œuvre des politiques publiques surtout dans le domaine de la modernisation de la fonction publique ou dans le domaine de l’administration publique en général. Nous essayons de faire du mieux ce que nous pouvons pour qu’un certain nombre d’actions soit menées dans le sens de la modernisation de notre administration publique comme vous l’aurez remarqué à l’ENAM où il y a eu pas mal de reformes qui ont été réalisées à savoir les reformes des curricula, des régimes d’étude, les reformes du mode d’évaluation, la prolongation du stage administratif, l’instauration d’un stage militaire de 45 jours, des partenariats etc. Avec le DG de l’ENAM, nous avons conclu pas mal de conventions. Récemment, nous étions à Paris pour contracter avec l’ENA de Paris, avec la Fondation Réné Cassin de Strasbourg et avec l’AFD. Ce sont des conventions que nous avons négocié et tissé à deux. Je fais aussi allusion à la politique des champions nationaux qui sont des opérateurs économiques qui ont fait preuve de leurs compétences et de leurs talents dans le secteur privé que nous avons fait venir à l’Enam, non seulement pour faire partager leurs expériences en termes de savoir mais aussi pour accompagner d’un point de vue matériel cette administration. Pour toutes ces activités, je suis aux côtés du directeur général de l’Enam. Au niveau de la gestion du personnel de l’Etat, nous avons entrepris des reformes. Nous menons des activités comme le contrôle des diplômes au niveau des concours. Nous avons fait beaucoup d’innovations en matière d’organisation des concours depuis le dépôt des dossiers, la conception des sujets et les corrections. Donc nous essayons d’apporter certaines réponses qui sont minimes mais qui sont quand même des réponses qui nous permettent de soulager les usagers, de leur apporter un service public de qualité, de faire de petites économies d’échelle, certaines simplifications des procédures et des actes administratifs. C’est vrai que nous sommes dans un climat social difficile mais nous poursuivons nos efforts pour faire avancer les choses progressivement.

L’idée des champions nationaux ne semble pas bien accueillie au niveau de l’opinion. Est-ce que ceux que vous appelez les champions nationaux sont des modèles à ce point ? N’y aurait-il pas une sorte de conflit d’intérêts étant donné que ce sont des opérateurs économiques ? Qu’est-ce qu’ils gagnent en retour ?

Je pense qu’on veut faire un procès d’intention à ces personnes de bonne volonté qui veulent nous accompagner dans la formation des cadres de l’administration publique….

De bonne moralité ou bien de bonne volonté ?

…Je dis qu’ils veulent nous accompagner. Je crois qu’il y a des images qui nous parlent et qu’il faut regarder. Lorsqu’un président français se déplace, dans son avion il y a toujours des hommes d’affaires, de grands entrepreneurs. C’est le cas aux USA aussi. C’est ainsi dans toutes les grandes démocraties. Il faut que les Burkinabè regardent aussi les images. Oui ! Ne serait-ce que les images. Vous pensez que des pays comme les nôtres peuvent se développer sans que l’Etat accompagne le secteur privé ? la question du coton est assez illustrative. Aujourd’hui le coût du coton sur le marché international est impacté par quoi ? Le Burkina Faso, le Mali, le Benin l’Egypte, le Tchad sont parmi des grands producteurs de coton mais à côté d’eux, il y a des cotonculteurs américains, chinois. L’une des problématiques de la faible valorisation de notre coton est due à la subvention. C’est quelque chose qui est manifeste, qui est connue. Aujourd’hui la guerre commerciale qui prévaut entre la Chine et les USA est aussi liée au soutien que la Chine apporte mais que les Etats-Unis aussi apportent à leurs entreprises. Mais maintenant, pourquoi diantre vous voulez qu’on marginalise le secteur privé ? Les richesses nationales sont produites par le secteur privé et l’Etat les collecte pour les redistribuer. Si vous voyez l’ossature de nos recettes publiques, elles sont constituées pour l’essentiel des revenus qui sont générés par le secteur privé que le gouvernement ramène dans le giron public. Dire qu’il y a un conflit d’intérêts, c’est méconnaitre l’Etat moderne et sa façon de fonctionner. Et je dis que même quand nous avons la facilité de la critique, il faut avoir au moins l’humilité de regarder ce que les autres font à côté. Et ce que les autres font à coté, c’est que les grands groupes, -qu’ils s’appellent Bolloré, Boeing…-, sont d’abord soutenus par les gouvernements de leur pays. Nous, on n’a aucun complexe parce que nous avons compris certaines réalités du monde moderne. Nous n’avons donc aucun complexe à aller vers ces personnes (les champions nationaux) qui ont leur savoir qui n’est pas votre savoir ni mon savoir académique mais un savoir d’un autre genre qui s’est construit sur les réalités dont ils ont besoin de partager. Nous avons besoin aussi de personnes ressources. Dans toutes les grandes universités du monde, vous trouverez des mécènes qui prennent en charge des bourses des étudiants, des amphis et autres infrastructures qui sont construites qui portent leur nom. Pourquoi on ne veut pas que la même chose se fasse au Burkina ? Pour ce qui nous concerne, tant que nous serons à nos postes de responsabilité, nous n’hésiterons pas à aller vers ces mécènes pour nous accompagner. La question des conflits d’intérêts et autres relèvent des structures de contrôle de l’Etat.

Vous parlez beaucoup plus de l’ENAM. Est-ce que vous vous impliquez autant pour les autres écoles (ENAREF, ENEP, etc.) parce que même si ces écoles sont sous la coupe directe d’autres ministères de tutelles, toutes ces écoles forment des fonctionnaires que vous aurez à gérer. Ou bien cela ne vous est pas possible ?

Si vous avez vu le dernier rapport du conseil des ministres sur les établissements publics d’Etat (EPE), je crois qu’ils sont au nombre de 105, le gouvernement a fait une réflexion qui prône la rationalisation des EPE et l’une des visions, c’est de pouvoir fusionner un certain nombre d’écoles de professionnelles. Du reste, au niveau du ministère de la Fonction publique, il existe un secrétariat technique qui s’occupe de la coordination des écoles professionnelles et à travers lequel nous suivons aussi ce qui se passe dans les autres écoles professionnelles. Si c’est par rapport à la politique qui doit être déclinée, elle relève des ministères de tutelle en attendant qu’une autre approche soit mise en route.

Revenons à la fronde sociale pour parler spécifiquement de ce qui se passe au niveau de votre ministère, il y a le mouvement des gestionnaires de ressources humaines (GRH). Vous soutenez que leurs prétentions ne sont pas fondées. Mais les travailleurs disent avoir signé un protocole d’accord dont les termes sont d’applicabilité immédiate. Vous affirmez le contraire. C’est quoi le problème au juste ?

J’aimerais bien vous poser une question. Est-ce que ceux qui vous le disent vous ont donné les documents qui confirment leurs déclarations ? Le protocole d’accord du SYNAGRH est disponible en ligne, vous pourrez le consulter. Moi je ne suis qu’un ministre. Je relève du Premier ministre qui lui aussi relève du Président du Faso. Le SYNAGRH a dit qu’il a adressé une correspondance au Premier ministre et que le chef du gouvernement aurait dit de mettre en œuvre l’accord. Je l’ai dit en conférence de presse le vendredi (13 septembre), le protocole d’accord du SYNAGRH, notamment sur le paragraphe 3.3 dit clairement que la question de la motivation n’est pas un point d’accord et que cette question sera mise en réflexion. Si cette réflexion doit être menée, c’est parce que la motivation n’est pas que d’ordre financier. Cette réflexion devait se mener parce que le gouvernement n’a pas accepté l’idée de motivation financière en 2017 au moment où l’accord se signait. En 2018, vous avez vu qu’après la déclaration du Chef de l’Etat le 31 décembre, il y a toute une procédure de réformes qui a débouché d’abord sur le recensement des fonds communs, primes et assimilés. Il y a eu une loi de finances qui a été adoptée dont les articles 92, 93, 94 balisent la prime de motivation en disant que ces primes se paient sur les amendes, pénalités et les sanctions pécuniaires qui sont mises à tout contre venant. C’est sur cette base qu’un décret a été pris en conseil des ministres et que le premier ministre a donné instruction à les départements ministériels là où il y a des pénalités, des amendes, confiscations et autres, ces ministères peuvent prétendre à une prime de motivation. Ce qui n’est pas le cas au niveau du ministère de la fonction publique. Du reste, ma hiérarchie m’a adressé une correspondance qui est assez claire: nous sommes dans un processus de relance ou de poursuite de la rationalisation des rémunérations, et qu’actuellement aucune discussion ne doit être faite qui porte un caractère financier et/ou indemnitaire. Et cette lettre du Premier ministre date du 14 mai 2019. Cette vision du premier ministre s’inscrit dans le cadre de la Loi de finances de 2018 qui est au-dessus d’un protocole d’accord. Du reste le protocole d’accord ne dit pas ce que le syndicat dit. Le Premier ministre a donné des instructions qui sont fermes et il a réitéré cette position lors de sa discussion télévisuelle avec les journalistes. Sur cette question, je ne veux pas davantage polémiquer.

Finalement doit-on considérer que protocole des GRH est mis en œuvre ou bien on doit retenir que la lettre du premier ministre suspend ou remet en cause même les protocoles d’accords tout simplement ?

Le président du Faso et le Premier ministre l’ont déjà dit. Le Gouvernement a pour mission de mettre en œuvre les protocoles qui ont déjà été signés. Dans tous les ministères, c’est ce que les ministres ont pour obligation de faire : la mise en œuvre des protocoles d’accord.

Oui tout à fait. Sauf que les protocoles d’accord fixaient des délais de mise en œuvre de leurs contenus. C’est généralement à l’expiration de ces délais que les syndicats repartent en mouvement !

Attendez, vous êtes aussi Burkinabè ! On ne peut pas perdre de vue le principe de réalité. Moi je suis ministre aujourd’hui. C’est le principe de la continuité de l’Etat. Je remplace quelqu’un et je vais être remplacé. C’est clair. L’Etat est une entité qui fait l’arbitrage entre plusieurs priorités en conflit qui sont toutes urgentes les unes que les autres. Le principe de la réalité montre que le Burkina Faso n’est pas un pays qui a une surface budgétaire élastique et inépuisable. C’est une réalité que chacun de nous doit avoir parce que nous sommes un pays aux ressources modestes. Si le gouvernement ne met pas en œuvre certains engagements dans les délais indiqués, ce n’est pas par mauvaise foi. Parce qu’on est devenu après l’insurrection subitement la plus grande puissance financière et économique du monde ? Il y a aussi cette réalité.

On voit cette réalité monsieur le ministre. Sauf que le gouvernement n’arrive pas à convaincre les acteurs en face. Peut-on penser à une mauvaise foi de ceux qui sont en face ou à une incapacité du gouvernement à avoir cette confiance là des acteurs et aussi à convaincre ces partenaires sociaux ?

Sur cette question, je pense que chaque Burkinabè doit comprendre qu’il est un élément intégrateur d’une collectivité humaine et que chacun de nous a sa partition à jouer. Il n’y a pas une composante de la collectivité qui puisse se défausser de ses responsabilité. Ce que nous vivons, et la crise sécuritaire est là pour nous le rappeler, nous sommes dans des moments critiques de l’histoire de notre pays. Nous sommes en guerre sur une partie de notre territoire, nous sommes un pays pauvre. Ce sont des réalités qui sont connues et chacun de nous en intégrant ces paramètres-là doit faire un effort dans sa méthode de lutte et dans la définition de ses prétentions.

Et donc quelles sont les perspectives par rapport à cette crise dans votre ministère ? Par exemple les concours de la fonction publique généralement administrés en début aout ont été affectés. C’est maintenant en mi-septembre qu’on s’apprête à les administrer.

J’aurais préféré que vous posiez votre question autrement. Parce que la bonne question, c’est qu’ils disent qu’ils sont en grève mais voilà que nous sommes en train d’organiser les concours. Comment est-ce qu’on explique ça ?

C’est justement ce que nous vous demandons. C’est de nous dire quelles sont vos perspectives ou vos alternatives pour faire fonctionner l’administration en dépit de la situation qui prévaut.

Je crois qu’on a des leviers qui sont incontestables. On doit discuter, discuter autour de ce qui est réaliste, ce qui est faisable. Dans ce cadre, pour ce qui concerne les aspects financiers, il faut se référer à la lettre du Premier ministre et il faut se référer à la loi de finance. Pour ce qui est des autres aspects, il faut continuer les discussions, mais l’Etat aussi doit s’adapter pour pouvoir apporter des réponses. C’est vrai que cela joue sur l’Etat parce que les gens ne travaillent pas depuis plusieurs mois. Nous avons pu organiser les concours et la procédure est en cours de finalisation avec un retard. Sans les acteurs, on a pu quand même faire quelque chose. C’est cela qu’il faut retenir.

Enfin pour terminer sur le volet des agents de la fonction publique, d’une manière générale il était question d’une remise à plat du système de rémunération. On avait même pensé que c’était la solution à tous les problèmes. Il y a eu des conférences, des rapports et des conclusions et jusqu’aujourd’hui, on attend la mise en œuvre effective des conclusions de cette conférence sur la remise à plat des salaires mais apparemment c’est devenu une lettre morte.

Ce n’est pas une lettre morte. Je crois aussi, comme je le dit, il faut faire preuve de réalisme dans l’appréhension et le traitement des questions dans ce pays. La question de la remise à plat est faite sur la base d’un diagnostic. Nous avons une masse salariale qui explose, nous avons une répartition de cette masse salariale qui n’est pas forcément cohérente. Ce sont des ressources qu’on doit pouvoir dégager pour les investissements. C’est un ensemble de paramètres qui se sont sédimentés depuis une dizaine d’années. Donc la question de la recherche de la rationalisation des dépenses ne peut pas forcément se faire par un coup de balai magique. C’est un processus social et sociologique qui nécessite que les acteurs se parlent, se comprennent et réajustent aussi la construction de cette solution collective. Donc, moi je pense qu’il faut prendre la résolution de cette question dans cette perspective.

Dans cette perspective ? C’est-à-dire le long terme ? Le processus a commencé avec la conférence sur les systèmes de rémunération. C’est quoi La suite maintenant ?

Non je suis d’accord avec vous que ça prend du temps mais la suite c’est ce que je suis en train de vous dire. Nous, nous avons une visibilité sur ce qui est en train d’être fait. L’aspect technique du travail est terminé. Vous avez vu la rencontre Opposition-Majorité…

Ça s’inscrit dans ce cadre ?

Non ça s’est tenu sur des questions politiques mais je veux dire qu’ils ont reçu des ministres, ils ont recueilli des observations. Vous avez vu que l’opposition et la majorité se sont approprié. Ça veut dire que tout le monde, au-delà des clivages politiques, est conscient de ce problème qu’il y a à résoudre. C’est une première étape. Vous savez que si on veut résoudre le problème il faut procéder à des réformes et ces réformes vont nécessiter un rapprochement entre l’Opposition et la Majorité. Donc il faut comprendre que tout la question s’inscrit dans un processus social…

Le mandat lui est pratiquement fini, nous sommes bientôt en 2020.

Je pense que ce qu’il faut retenir ce n’est pas forcément de vouloir finir les chose sous soi. C’est de commencer. L’Etat c’est une continuité, c’est une permanence. Peut- être que demain moi je ne serai plus ministre mais une autre personne viendra continuer l’œuvre. C’est comme ça qu’il faut inscrire la construction des politiques publiques dans le temps.

Est-ce qu’il n’est pas important pour vous, pour votre bilan que vous parachevez ce que vous annoncez. J’ajoute à cette question la question de l’authentification des diplômes. Il y a des annonces comme ça que vous faites, qui font grand bruit dans l’opinion et qui sont même appréciées par l’opinion qui veut les voir se réaliser mais après ça reste malheureusement au stade d’annonce.

Malheureusement vous n’étiez pas à notre conférence de presse hier (Ndlr le vendredi 13 septembre ), sinon nous avons fait un point sur le contrôle des diplômes et sur l’état d’avancement…

Vous avez raison nous n’y étions pas. Vous pouvez faire un point pour les lecteurs de Mutations !

Il faut retenir qu’on a un effectif de 190 000 personnes qu’on a scindé en deux groupes. Pour le premier groupe, le travail a commencé sur les 90 000. Et nous avons fait le diagnostic que nous sommes en train d’approfondir et que cela a révélé un certain nombre d’incohérences. On a vu qu’il y a des diplômes qui n’ont pas de références, des diplômes où il n’ y a pas forcément de concordance entre les noms qui sont sur les diplômes et les noms qui sont sur les extraits de naissance, des problèmes de séries sur les diplômes, etc. Voilà un certain nombre de problèmes que nous avons relevés et qui montrent que le travail continue. C’est vrai qu’on ne communique pas forcément sur ces aspects. Il y a une mission qui part à Abidjan parce qu’on a échangé avec les autorités ivoiriennes pour le contrôle des diplômes d’environ 1 200 fonctionnaires. Mais je dis bien que c’est sur le premier groupe. Sur le Mali, il y a à peu près 200 diplômes qui doivent être contrôlés et pour les autres pays, cela va se faire par le biais de l’ASCE-LC. Donc le processus évolue. A ce stade, pour tous les problèmes que nous avons diagnostiqués, le contrôle physique est en train d’être fait avec la direction des examens et concours du secondaire pour ce qui est du BEP et BEPC et avec également l’office du Baccalauréat parce qu’il faut aller prendre les souches des diplômes, il faut aller prendre le répertoire pour contrôler physiquement. Vous savez, c’est un travail qui concerne les données à caractères personnels, donc il faut faire le maximum de vérifications. C’est parce qu’actuellement, nous sommes à cheval entre plusieurs dossiers sinon le travail sur la Côte-d’Ivoire et le Mali seraient bientôt terminé.

Vous parlez justement de ces pays étrangers avec lesquels vous allez collaborer pour la vérification des diplômes. Nous ne pouvons nous empêcher de vous poser cette question, peut-être malsaine mais une certaine opinion a pensé que vous visez uniquement notre diaspora par ces contrôles. Qu’est-ce que vous répondez ?

Moi, je pense qu’on est un pays de liberté d’expression même si ça ne consiste pas à tout dire, les gens sont dans leur droit de dire ce qu’ils en pensent. Je vous ai donné les chiffres tout de suite. Je vous ai parlé à peu près de 190 000 diplômes. Donc je pense que quelquefois, il n’est pas très utile de donner de l’importance à un certain nombre de propos surtout quand ce sont des moyens qui ne sont pas à même de renforcer la cohésion sociale.

Combien de faux diplômes avez-vous découverts à la première phase ?

Je ne répondrai pas pour le moment.

Donc c’est un travail de l’ombre. Il y aura des investigations ? Les titulaires des diplômes suspectés pourront être auditionnés ?

C’est prévu dans notre dispositif. Nous avons un dispositif à deux niveaux. Un premier dispositif qui fait le travail technique et un second dispositif qui fait un contrôle approfondi qui est présidé par l’ASCE-LC et dans lequel, vous avez les ministères en charge de la Justice, de la Sécurité, de la fonction publique, de l’éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et un représentant du Conseil d’Etat. Dans le premier comité qui fait le travail technique, vous avez le MESRI, le MENAPLN, la Fonction Publique et les Universités avec lesquelles nous travaillons.

Nous abordons une question de droit. Il y a eu le concours de la magistrature qui avait été lancé et retoqué suite à une plainte d’un groupe de personnes. On s’étonne que ça soit avec vous que cela arrive, surtout avec votre qualité d’agrégé de droit. Malgré tout vous prenez des décisions dont la légalité est remise en cause par les juridictions.

Je pense que le charme du droit, c’est aussi cela. Je crois que sur cette question du concours de la magistrature, des décisions des juges sont rendues, il faut s’en tenir. Mais je dis, on a connu un certain nombre de situations qui amènent aussi à réfléchir sur l’organisation de nos concours. Donc ce sont avant tout des questions propres au ministère des Enseignements supérieurs qui délivrent les diplômes, le ministère de la Justice qui organise le concours de la magistrature et nous ne faisons qu’accompagner. Je pense que l’un dans l’autre, il appartient aux ministères de se concerter et voir maintenant la réponse appropriée à y apporter. Du reste au premier chef ce n’est pas le ministère de la Fonction publique qui est concerné.

Toujours sur les décisions de justice, après votre recours concernant les sit-in, vous venez de saisir le Conseil d’Etat sur la légalité des mouvements d’humeur observés dans la fonction publique. Vous avez demandé un avis juridique. La juridiction a répondu à vos questions. Dites-nous à quoi cela a abouti ?

Je pense que sur la question de la saisine, la loi de 2008 qui régit le conseil d’Etat définit trois modalités de saisine du conseil d’Etat sur les questions administratives. Le gouvernement peut saisir le conseil d’Etat sur les questions administratives, sur la vie de l’Etat, sur les projets de décrets et des projets de lois. Tout ministre peut saisir le conseil d’Etat à titre consultatif pour des questions administratives. Le conseil d’Etat aussi peut s’auto- saisir également. Maintenant, la consultation du conseil d’Etat, c’est un dialogue entre le gouvernement et le conseil d’Etat. C’est un outil de travail. La dernière fois concernant les sit-in, nous avions publié la décision. Cette fois ci, nous avons décidé de ne pas les publier et d’en faire un outil de travail.

Qu’est-ce que la décision dit exactement ?

Je vous dis qu’on a posé une dizaine de questions au Conseil d’Etat qui a répondu. Nous avons notre instrument de travail et nous continuons avec ces instruments.

Est-ce que ces mouvements sont légaux selon le Conseil d’Etat ?

Moi, je ne veux pas vous donner la teneur de la réponse du Conseil d’Etat. Je dis que le Conseil d’Etat, nous a répondu et c’est sur cette base que nous, nous agissons.

Monsieur le ministre il y a des choses que vous érigez en secret d’Etat alors que c’en est pas une. Une décision rendue par le conseil d’Etat, de notre point de vue devrait être publique et connue de tous. Comment les citoyens peuvent se déterminer dans ces conditions si la teneur de la décision de cette juridiction supérieure est tenue secrète ?

Je crois que vous en avez suffisamment déjà entendu parler, mais je vous dis que c’est un instrument de travail. C’est un avis consultatif. C’est un avis que le conseil d’Etat donne. Le gouvernement fait sa politique de gestion.

Pendant ce temps, les mouvements d’humeur continuent

Ce n’est pas parce que le mouvement d’humeur n’est pas légal que les agents ne vont pas continuer. Les sit-in, là, le Conseil d’Etat a dit que c’est illégal, mais les gens continuent. Ça aussi c’est la même chose. De toute façon, ceux qui font les mouvements d’humeur savent que dans les avis de la chambre administrative de la cour suprême rendus en 1995 dans l’affaire MENA ou encore en 1997 dans l’affaire SYNSTHA, c’est claire, la chambre administrative a défini la grève. Elle a dit que c’est une manifestation concertée, une concertation entre les agents en vue de soutenir une revendication professionnelle. C’est ça la grève. Une concertation entre les agents publics en vue de soutenir une revendication professionnelle par arrêt de travail. C’est tout. Ça, c’est la décision que le Conseil d’Etat avait déjà donné en 1995 et 1997. Le mouvement d’humeur c’est collectivement que les gens décident de ne pas travailler. Ils soutiennent des prétentions, donc il y a arrêt de travail. Donc ici, le Conseil d’Etat ne se prononce qu’à titre confirmatif sur ce qu’il avait déjà dit.

Nous allons parler de vous personnellement. Nous sommes en train de réaliser cette interview à l’Université de Ouagadougou. C’est peut-être plutôt une bonne chose, parce que nous avions l’impression que quand on nomme un professeur d’Université au gouvernement, il laisse tomber les amphis. Dites-nous comment vous gérez votre agenda de ministre de la Fonction publique et vos occupations académiques.

Je veux avant de répondre à cette question, vous dire que j’ai aussi vu que vous avez écrit que je suis membre du MPS, le parti du Pr Loada…

Nous allons revenir sur cette question dans la suite de l’entretien.

Je vous remercie donc d’avoir accepté de venir à l’Université pour m’interroger. Vous avez vu que nous animions un séminaire sur la problématique de l’Etat avec les étudiants de Master et les doctorants qui sont là. Moi, ma passion c’est d’être avec les étudiants, de les encadrer. Ça c’est mon plus grand rêve. Pour moi, ça va au-delà de ma fonction ministérielle. C’est faire en sorte que je laisse une cohorte de docteurs et actuellement j’en ai une vingtaine et je ploie sous le coup des demandes d’inscriptions en thèse. Et cela me tient à cœur. Même mes cours je continue de les dispenser. Je continue de faire mon cours de 1ère année de droit constitutionnel où ils sont 3000. Je continue de faire mes cours de droits administratifs de biens, de droit public économique en 3è année. Je continue de faire mon cours de partenariat public –privée en Master. Je vais faire mes cours à Lomé, à Cotonou bien qu’étant ministre. Je le fais parce que personnellement c’est mon rêve. Maintenant, comment j’arrive à m’organiser ? Je suis parvenu à organiser les étudiants en groupe de sorte que dans les différentes matières, j’ai des assistants avec lesquels je prépare les cours et notre administration le sait bien et pour les cours, je les fais avec mes assistants qui sont par ailleurs des doctorants. Pour les thèses, je trouve le temps et comme vous l’aurez constaté comme aujourd’hui, chaque trimestre, j’ai une séance doctorale avec les doctorants et les collègues de Koudougou et de Bobo–Dioulasso et j’ai une thématique d’actualité où on permet aux étudiants de se familiariser avec la communication publique.

Une autre question qui a fait l’actualité, c’est la crise au CAMES. On ne sait pas s’il faut parler de crise au Cames mais en tout cas un conflit qui a opposé les professeurs Soma et Loada. Le premier accusant le second d’entraver sa carrière. Ce sont deux enseignants dont vous êtes si proches. Comment avez-vous vécu cette situation ?

Je voudrais que vous souffrez que je ne réponde pas à cette question.

Est-ce que ce qui est reproché au Cames est fondé ? C’est-à-dire est-ce qu’il est possible qu’au CAMES des enseignants puissent faciliter la progression de certains et bloquer d’autres?

Comme je vous l’ai dit, je souhaite ne pas me prononcer sur cette question.

Donc vous ne voulez rien dire sur le Cames ! Ou bien c’est parce que vous êtes proche du professeur Loada ?

Je souhaite ne pas répondre à cette question.

On dit que vous êtes militant du parti du professeur Loada, le MPS. Cela est vrai au moins !

J’aurais pu intenter une procédure judiciaire contre vous parce que vous avez écrit que je suis militant du MPS…

Militant ou sympathisant nous avons dit

Je crois qu’il y a une confusion que les gens font dans ce pays. Pourtant moi je préfère rester fidèle à mes idéaux et à mes principes. Je crois que le rapport entre le professeur Loada et moi, c’est un rapport humain, un rapport de maitre à disciple. Ce sont des rapports d’hommes qui se sont rencontrés. C’est une parfaite harmonie entre nous et cela, je le revendique et je l’assume. J’échange permanemment avec le professeur. Et, là je vous informe que nous sommes en train d’organiser pour les 3 et 4 octobre un colloque où on fera venir des collègues de la sous-région pour parler du changement de l’action publique dans l’unité de formation et de recherche en sciences juridiques et politiques. Je suis très heureux que lui et moi formions nos candidats qui vont aller à l’agrégation, que nous travaillons lui et moi à encadrer les plus jeunes de Bobo pour la préparation de leur carrière. Et je tiens à vous dire que le président de l’Université de Bobo n’a pas hésité à m’envoyer un courrier de félicitation pour ce qu’on fait. Je suis heureux d’être aux côtés du professeur pour mener ce combat du savoir, de la formation et de la relève. Je ne crois pas que ce lien qui est fort entre le professeur Loada et moi soit un prétexte pour justifier des raccourcis entre des choix politiques, individuels ou de vie qui pourraient être faits par l’un ou par l’autre. J’ai beaucoup de respect pour le Pr Loada. Je peux vous le dire et je l’assume, je n’ai la carte d’aucun parti politique, y compris du parti que je sers aujourd’hui.

Vous n’êtes pas au MPP ?

Je vous ai dit que je n’ai la carte d’aucun parti politique. C’est pourquoi je dis que j’aurais pu faire une procédure judiciaire contre vous. Cela allait être très facile pour moi de gagner cette procédure et d’avoir beaucoup d’argent et de dédommagement…

Et pourtant vous dites qu’entre le professeur Loada vous, c’est un rapport de disciple à maitre. C’est pratiquement fusionnel à vous entendre. Nous ne voyons pas comment le disciple pourrait ne pas suive son maitre dans une aventure!

Mais là, vous faites votre jugement.

Justement, c’est pourquoi vous n’auriez pas gagné votre procès contre nous. Parce que c’est une analyse.

Donc vous me donnez l’autorisation d’entamer la procédure judiciaire ? Rires. D’un point de vue scientifique, on a des rapports qui sont très forts, ainsi qu’au niveau de la société civile. Au niveau du CGD, nous avons fait pas mal de choses. Mais je pense que l’engagement politique, c’est un choix individuel. Pour le moment, je vous dis que j’ai travaillé avec beaucoup de partis politiques. J’ai fait des formations avec l’UPC, l’UNIR-PS, le parti de feu Arba Diallo et bien d’autre partis. Cela, je ne le nie pas. Je l’assume. Mais cela ne fait pas que je devienne membre de l’UPC ou de l’UNIR-PS. Ou que parce que j’aime bien mon grand-frère Dabilgou, que je serai devenu membre de son parti. J’ai beaucoup de rapports humains avec les gens. Je suis avant tout un technicien. Moi je n’hésite pas pour lequel des partis politiques qui me sollicitera pour un travail à faire, que je lui apporte ma contribution. Je vous le répète, je ne suis pas membre d’un parti politique. Et mon rapprochement avec tel ou tel autre ne fait pas de moi un membre de parti politique.

Vous avez au moins appelé le Pr Loada au téléphone pour le féliciter ou l’encourager dans son choix de créer un parti ? .

Non, non je n’ai pas besoin de..

Qu’est-ce que vous lui avez dit après la création de son parti, le MPS ?

Non, non. Ce sont des choix qui sont faits. Le Pr Loada a fait son choix. J’ai aussi mon choix. Je vous l’ai dit et répété. Je suis à l’université. Je passe l’essentiel de mon temps avec mes doctorants. Je suis avec eux les week end même chez moi à la maison. Et chaque trimestre, je fais des doctoriels. Je fais une journée d’étude mensuelle avec eux. Je suis déjà trop occupé autour des questions académiques. Je vous l’ai dit, moi mon plus grand rêve, c’est de laisser une grande cohorte de docteurs. J’ai quatre doctorants qui s’apprêtent à soutenir en fin d’année. J’ai de grosses thèses que je dois lire. Ça me prend trop de temps. J’ai trop de choses à faire pour me disperser sur d’autres sujets. Pour moi, mon parti politique, c’est la formation de la relève au niveau de la fac de Droit. Ça, vous pouvez l’écrire partout, je l’assume parce que j’y mets mon énergie. Tant d’un point de vue financier que sanitaire et organisationnel. C’est ça mon parti politique. Maintenant pour le reste, chacun est libre de faire son choix.

Mais le Pr Loada, s’il a créé un parti politique, c’est parce qu’il n’est pas d’accord avec le mode de gouvernance du MPP que vous servez actuellement. Il critique le gouvernement auquel vous appartenez. Comment vous recevez cela ?

Tous ceux qui font le droit, les B-A BA que nous leur apprenons dans la quête du savoir, c’est la contradiction, c’est l’esprit critique, de dépassement, l’esprit de savoir que toute idée est précaire jusqu’à ce qu’on démontre sa pertinence. Je suis dans cette dynamique. Je pense qu’on ne construit pas une société sans un regard froid, sans un recul et des critiques qui peuvent être constructives et objectives. Qu’un parti politique critique notre action, c’est son bon droit. Mais ce que nous devons faire ensemble, c’est le diagnostic pour que chacun préconise ses solutions. Maintenant, si la solution se trouve à l’opposition, c’est en toute humilité que tout serviteur de l’Etat aille le chercher et le mette en œuvre parce personne n’a le monopole des idées. Les idées ne sont pas brevetées. On est tous dans la construction de la cité. C’est cet exemple que la démocratie allemande nous apprend. Après la guerre de 1945, c’est ce melting pot politique où tout le monde se retrouve malgré que chacun a ses choix et ses orientations politiques.

L’Unité d’action syndicale (UAS) et près d’une cinquantaine d’OSC annonce un mot d’orde de grève générale le lundi 16 septembre 2019. Un mot d’ordre qui sera ponctué de marche et de meeting. Le gouvernement soutient que cette manifestation est contraire à la législation. Les syndicats pensent le contraire. Votre commentaire ?

Je n’ai aucune appréciation à faire. Je sais que nous sommes dans un Etat de droit qui est en construction. Chacun est libre d’exercer ses droits et libertés conformément à la loi. Je n’ai aucun commentaire à faire.

Vous espérez que la marche n’ait pas lieu ?

Je dis, que ce soit du côté du Gouvernement ou de l’UAS, chacun de nous travaille parce que ce qui protège, c’est la loi. Il y a ce dicton juridique qu’on enseigne aux étudiants qui dit qu’entre la liberté et la force, c’est la liberté qui opprime mais c’est la loi qui libère. Donc si nous voulons tous être protégés, restons sous l’empire de la loi. C’est tout.

Il est annoncé un remaniement ministériel. Vous êtes serein ?

Apparemment vous ne posez pas la question au Premier ministre. [Rires]. D’abord vous devez poser la question au premier ministre. Maintenant si vous insinuez qu’il y a un remaniement qui serait imminent et l’effet que ça fait sur moi, je vous dis, moi j’ai suffisamment de choses à faire. Et je m’occupe de ce que je dois faire.

Peut-être que vous serez Premier ministre !

Vous savez comme on le dit on est ensemble, on dort ensemble, on ne fait pas le même rêve. Je ne pense pas que la fonction gouvernementale soit une fin en soi, ou qu’on ne puisse pas avoir une existence sans elle. Je vous ai dit, depuis gamin, j’avais un objectif, un rêve, c’est de contribuer à la formation de la relève. J’y arrive aujourd’hui. Je prends mon plaisir. Je crois que le plus important aura été fait pour moi : rester avec les étudiants et contribuer à les faire avancer.

Mutations N°181 du 15 au 30 septembre 2019

Interview réalisée par

Boukari Ouoba

Idrissa K. Ouédraogo

 

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