Pr Stanislas Ouaro, Ministre en charge de l’Education nationale: « Le climat de confiance se mérite et s’entretient »

Jusqu’en fin janvier 2018, il était encore le président de l’Université Ouaga II. Le Professeur est « passé en classe supérieure ». Nous parlons du Pr Stanislas Ouaro. Depuis le 5 février 2018, l’enseignant-chercheur est installé dans le fauteuil de Ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (MENA). C’est « un gros ministère avec beaucoup de problèmes » pour reprendre ses propres termes mais ce professeur titulaire de Mathématiques affiche une sérénité à toute épreuve. Alors qu’il est arrivé au ministère à une période critique après plus de quatre mois de grève, tout semble être revenu au calme. Son secret serait sa capacité de dialogue que ses collaborateurs lui reconnaissent depuis qu’il présidait l’Université Ouaga II. Si avec les partenaires sociaux la compréhension a prévalu, les terroristes eux ont posé d’énormes équations au mathématicien. L’éducation nationale a été ébranlée au cours de l’année scolaire écoulée à cause du terrorisme qui a occasionné la fermeture d’un nombre important de classes. C’est l’un des sujets de notre entretien avec le ministre que nous avons rencontré 17 juillet dernier au 3ème étage de l’immeuble de l’éducation. Ancien président de l’Université Ouaga II et ancien président du Réseau pour l’excellence de l’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest (REESAO), nous abordons également avec lui les difficultés de l’enseignement supérieur, notamment le système Licence-Master-Doctorat (LMD), l’enseignement privé, la qualité de l’enseignement, le CAMES, la conciliation entre les activités d’enseignant-chercheurs et les charges gouvernementales. A lire… !

Vous êtes le Ministre de l’éducation nationale et de l’Alphabétisation depuis six mois, puisse que c’est exactement le 5 février que vous avez été installé. Ce n’est pas nécessairement une surprise mais on ne vous a pas connu politiquement actif avant votre nomination. Comment s’est fait le passage de président d’Université à ministre ?

C’est toujours une surprise d’arriver à cette haute fonction empreinte d’inquiétudes parce que c’est une lourde responsabilité. C’est vrai que sur le plan politique, j’ai fait partie de l’équipe d’experts qui a accompagné le Chef de l’Etat quand il était candidat pour l’orienter, pour l’accompagner, pour discuter avec lui de certaines questions. Et aussi, j’ai participé à l’élaboration du programme du Chef de l’Etat. Je suis peut-être passé inaperçu sinon j’ai été un peu actif quand même.

Ça veut dire qu’il y a longtemps que vous avez la carte du parti au pouvoir alors ?

Longtemps, c’est trop dit. J’ai la carte depuis 2015. Maintenant depuis le dernier congrès, j’ai été appelé à la fonction de membre du secrétariat exécutif national et je suis adjoint au secrétaire exécutif national chargé de la recherche scientifique et de l’innovation.
Un professeur d’Université au gouvernement, ce n’est pas nouveau. Mais on a l’impression cela appauvrit nos universités qui ont pourtant besoin de vos expertises. Votre réaction ?
Tout à fait. C’est une bonne question. C’est vrai que lorsqu’on est appelé à une telle fonction, il est difficile de pouvoir servir l’Université comme on le faisait par le passé. Déjà en tant que président, c’était un peu plus difficile mais j’arrivais quand même à donner quelques cours et à continuer l’encadrement doctoral et des masters. Cette charge est encore plus importante surtout au MENA, c’est assez grand. Mais je continue toujours au regard des besoins de formation d’encadrer des doctorants. Du reste le 7 juillet dernier, j’ai un doctorant qui a soutenu sa thèse. Il y en a qui sont en cours avec qui je travaille. C’est ma contribution parce que les universités ont besoin de ressources humaines mais aussi parce que pour moi, je considère que le ministère est un passage. Ce passage, il peut être très court. Il peut être un temps moyen ou assez long. Dans tous les cas, c’est un passage. On contribue et on repart. C’est bon toujours de garder ses compétences et l’encadrement nous permet de nous maintenir dans l’activité de recherche. Je suis d’accord avec vous que ça peut apparaitre comme un appauvrissement de l’université mais on a besoin souvent de toutes les composantes pour faire fonctionner le système éducatif. Je pense aussi que le fait que nous soyons à ce niveau de responsabilité nous permet d’avoir une vision holistique du système éducatif qui va maintenant du préscolaire jusqu’au supérieur. Je sais que la plupart des universitaires qui sont dans le gouvernement continue de contribuer soit sur le plan de la recherche, soit sur le plan de l’enseignement parce que je reconnais avec vous que c’est un luxe que de laisser les universités et de partir à d’autres fonctions sans pouvoir contribuer. On continue de faire des efforts, pas comme si on était en temps plein mais on continue de le faire quand même. Pour le moment, c’est assez maitrisé. Il n’y a pas d’inquiétudes.
On vous a plus connu quand vous êtes arrivé à l’université. Mais on sait que vous avez commencé à enseigner dans les lycées et collèges. Vous êtes venu de très loin. Comment peut-on résumer votre parcours ?
De 1997 à 2002, j’ai enseigné comme professeur des lycées et collèges mais comme enseignant vacataire. Je préparais ma thèse de doctorat. J’ai enseigné au Lycée Nelson Mandela. J’avais une Terminale A4 en Mathématiques et une 4ème en Physique-Chimie. Au Collège Protestant, j’ai intervenu de 1997 à 2002 où j’avais des classes de Terminales et de Secondes. Après la soutenance de ma thèse de doctorat qui a eu lieu en novembre 2001. En août 2002, j’ai été recruté comme assistant à l’Université et je ne pouvais plus continuer d’accompagner dans ces lycées. Donc j’ai arrêté. J’ai enseigné aussi dans un privé qui s’appelait Wend-Songré entre 1998 et 2002. De 2002 à maintenant, je continue d’exercer mes activités d’enseignement et de recherche à l’Université. A l’Université, nous avons quatre grades. Il y a le corps des enseignants à temps pleins. Ce sont des collègues qui sont recrutés mais sans le doctorat qui ont un master ou un DEA. Ils viennent intervenir et accompagner l’enseignement. Il y a le corps des assistants. Et en 2004, j’ai été inscrit Maitre-assistant. Après cela, les trois autres grades sont consacrés par le Conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur. En 2008, j’ai été inscrit sur la liste d’aptitude aux fonctions de maitre de conférences qui m’ouvrait la voie à l’encadrement doctoral, à l’encadrement des masters. En juillet 2012, j’ai été inscrit sur la liste d’aptitude au grade de professeur titulaire après avoir encadré deux étudiants en doctorat. Le troisième a soutenu le 25 juillet 2012. Je n’ai pas pu utiliser cette thèse. Les deux thèses que j’avais déjà encadrées suffisaient pour mon inscription comme professeur titulaire. J’ai continué de faire le travail parce que le grade de professeur titulaire dans la vision du CAMES, on vous consacre dans la capacité à définir un thème de recherche et à le conduire jusqu’au bout. De notre point de vue, le fait d’atteindre le dernier grade est une invite à poursuivre et à améliorer l’encadrement. Et c’est ce que j’ai continué de faire. Et donc, le 7 juillet dernier, c’est le 11ème docteur que j’ai encadré. Pour les articles scientifiques, je suis à un peu plus de soixante, autour de soixante-cinq. Ceux que nous formons, j’essaie de les associer à l’encadrement et à l’enseignement. Je profite de cette tribune pour lancer un appel à tous les collègues inscrits comme prof titulaire de continuer dans l’encadrement. Quand je passais professeur titulaire, j’avais deux étudiants qui avaient soutenu. Le troisième a soutenu le lendemain. Après, il y a eu huit qui ont soutenu. Et je vais continuer de le faire tant que j’aurai les capacités de le faire et que Dieu me donnera la santé de le faire pour contribuer au développement des sciences dans notre pays.

Vous êtes tout le contraire de certains enseignants d’université qui préfèrent être seuls dans leur matière. Certains même le disent haut et fort à leurs étudiants dans les amphis. Il y a des grands noms en la matière.

Vous avez raison. On l’a constaté et c’est vérifiable dans certains cas. C’est pour cela même qu’au niveau du CAMES, on a changé les conditions de promotion dans les différents grades. C’est pour cela que pour passer de Maitre-assistant à Maitre de conférences, il a été demandé de codiriger sous la responsabilité d’un enseignant de rang A, c’est-à-dire d’un prof titulaire, trois mémoires de masters, ou de DEA. C’est une condition supplémentaire qui n’était pas exigée à notre temps. Maintenant pour le grade de professeur titulaire, c’était une condition nécessaire dans certaines disciplines comme la chimie, la physique. Mais ce n’était pas le cas en sciences sociales en droit, en lettres, etc. On pouvait ne pas encadrer et publier un certain nombre d’articles. Pendant cette période, on a constaté effectivement qu’il y avait des difficultés de formation de la relève. On a harmonisé. Donc aujourd’hui pour passer professeur titulaire, il faut encadrer au moins une thèse. Et donc on a constaté un regain. Et donc désormais que vous le vouliez ou pas, si vous voulez être professeur titulaire aujourd’hui, il faut encadrer au moins une thèse. Ça permet de former la relève. C’est une façon pour le CAMES d’encourager à la formation de la relève qui est importante pour le développement de notre pays. Ce que vous dites, ce n’est pas faux. On l’a constaté chez certains collègues. Il faut être honnête et le dire. Au-delà de tout, moi je pense qu’il faut faire en sorte que ce qu’on nous a donné, ce qu’on a eu la chance d’avoir par nos maitres, qu’on le transmette. Moi j’ai eu la chance d’être boursier même ceux qui n’étaient pas boursiers, ceux qui les ont enseignés ont été payés par le budget de l’Etat et le budget de l’Etat est aussi constitué des impôts des autres Burkinabè. Il faut donc qu’on puisse contribuer à la formation des jeunes. C’est important pour le développement de notre pays. Et aujourd’hui, de plus en plus, les universités s’ouvrent partout et il y a un besoin énorme en formation doctorale. Il y a des cas résiduels où des collègues qui passent professeurs titulaires arrêtent d’encadrer. Il faut continuer de faire des efforts parce qu’aujourd’hui, les pays comme le Burkina Faso où tout est à refaire, il faut aller plus loin dans les efforts.
Le CAMES vient de souffler ses cinquante bougies. C’est quoi le CAMES pour les non-initiés ? Dites-nous un mot sur les difficultés de reconnaissance des diplômes.
Le CAMES, c’est l’institution régionale Afrique de l’Ouest, Afrique centrale francophone et Madagascar aussi (même si de plus en plus il ne participe pas véritablement). C’est une institution d’assurance qualité. Elle a la responsabilité d’assurance qualité, la question de reconnaissance des diplômes, de valorisation de ces diplômes, de promotion des enseignants et des chercheurs dans les différents grades de l’enseignement supérieur. C’est vrai que dans le temps, ce n’était pas bien connu. Mais depuis quelques temps, il y a des actions de communication autour de l’institution et sur ce qu’elle fait. Comme toute institution, elle connait des difficultés. Au niveau de la reconnaissance des diplômes pour l’enseignement privé, il y a le PRED qui est le programme de reconnaissance et d’équivalence des diplômes qui permet à des établissements qui le souhaitent de présenter au CAMES leurs diplômes pour la reconnaissance. Donc le critère à ce niveau, c’est la sortie d’au moins une promotion parce qu’on veut voir comment se comporte les étudiants sur le marché. L’instance se réunit chaque année, une fois par an. Elle permet la reconnaissance des diplômes des établissements intéressés moyennant le paiement d’un certain montant. Ce programme fonctionne assez bien. Le critère qui est éliminatoire pour certains établissements, c’est celui de la reconnaissance au niveau national. C’est le principe désormais. On ne peut pas enjamber les structures internes et aller directement au CAMES pour chercher une reconnaissance. Il faut que le diplôme que vous présentez au CAMES soit d’abord reconnu par votre institution en charge de l’enseignement au niveau national. Il y a par exemple le critère de la régularité de l’autorisation d’ouverture. Par exemple, si vous voulez présenter un diplôme de licence à la reconnaissance du CAMES, il faut avoir une autorisation d’ouverture vieille d’au moins trois ans. Si vous avez été un établissement pirate avant, ça ne peut pas aller. Le CAMES, après 50 ans, a besoin de se reformer davantage. Au sein du CAMES, il y a des voix qui s’élèvent pour demander beaucoup de transparence, plus de flexibilité. Le travail est en cours. La session de promotion des enseignants qu’on appelle CCI, Comité consultatif interafricain, se tient actuellement à Niamey.

Tout à fait. Il faut être honnête. Le LMD a contribué à côté des problèmes classiques qu’on connaissait ces retards. Mais comme je vous le dis, en dehors de l’Université de Man en Côte d’Ivoire, toutes les autres de l’espace RESAO connaissent ce problème.

Le système LMD est décrié par les étudiants au Burkina Faso. C’est la même situation dans d’autres pays africains. Qu’est-ce qui se passe avec la réforme LMD qui est une recommandation du CAMES, professeur ?

Dans le cadre du processus de Boulogne, les universités au niveau européen avaient senti la nécessité au regard de l’arrivée de certaines puissances comme la Chine, l’Inde, le Brésil et autres, de se regrouper autour d’un même système d’enseignement pour pouvoir tenir en termes de création d’emplois, en terme de vitalité des systèmes d’enseignement pour pouvoir tenir face aux USA et aux autres pays émergents qui arrivaient. Dans l’Union européenne, il y avait des pays comme l’Angleterre qui était dans cette dynamique. Ils se sont organisés pour avoir un seul référentiel d’enseignement supérieur qui s’appelle le LMD. Au niveau du CAMES, le lien est très fort avec la France. La nécessité était de voir comment les universités de l’espace CAMES pouvaient être dans la dynamique pour ne pas se voir isoler. C’est ainsi qu’il y a eu une rencontre au niveau du CAMES qui a décidé d’aller dans la réforme LMD. Cela a nécessité qu’au niveau de la CEMAC que les gens se réunissent pour voir comment aller dans la réforme et donc cela s’est fait dans les universités qui ont organisé des groupes thématiques qui ont réfléchi pour aller dans la réforme. Au niveau de l’Afrique francophone, c’est l’UEMOA qui a porté ce projet-là et qui a décidé que l’ensemble des universités puissent y aller. Nous avons pensé qu’il faut créer un réseau pour l’excellence de l’enseignement supérieur de l’Afrique de l’Ouest (RESAO) que j’ai dirigé jusqu’à ma nomination en février dernier. C’est ce réseau qui a réuni l’ensemble des universités mères comme Ouagadougou qui a permis de mettre en œuvre les référentiels et qui a travaillé sur l’harmonisation des programmes, sur la codification des unités d’enseignement et nous avons poursuivi le processus. Donc, c’est le RESAO qui a travaillé à la mise en place du LMD. Et c’est sur les documents du RESAO que le CAMES s’est appuyé pour avoir des référentiels dans le cadre du LMD. Moi je pense que la difficulté principale, c’est que les ressources n’ont pas suivi. Sinon en terme de programme, le travail a été fait. Les ressources devaient accompagner la mise en œuvre. En tant qu’ancien président du RESAO, j’avais demandé à ce qu’à la prochaine conférence que nous puissions faire une étude sur l’état des lieux des calendriers académiques des universités membres du RESAO. Parce que nous avons constaté lors d’une rencontre à Korogo (ndlr : en Côte d’Ivoire), c’est qu’en dehors de l’Université de Man en Côte d’Ivoire) qui est une nouvelle université qui est à sa deuxième année de fonctionnement, aucune université de l’espace RESAO n’avait un calendrier académique normal. Il y a un problème réel au niveau de l’UEMOA. Notre pays rencontre des difficultés et nous travaillons à trouver des solutions.

Et ces calendriers en retards sont en bonne partie dus au LMD.

Tout à fait. Il faut être honnête. Le LMD a contribué à côté des problèmes classiques qu’on connaissait ces retards. Mais comme je vous le dis, en dehors de l’Université de Man en Côte d’Ivoire, toutes les autres de l’espace RESAO connaissent ce problème. L’espace UEMOA va se saisir de cette question à travers la convocation d’un forum des ministres de l’enseignement supérieur pour regarder cette question qui si elle n’est pas réglée, va handicaper sérieusement le développement économique et social de l’espace UEMOA. Je parle en tant qu’ancien président du RESAO. Je suis à distance ce qui se passe. J’espère et je souhaite que les documents qui sont en train d’être envoyés aux différentes universités pour faire l’état des lieux des calendriers académiques permettent de montrer les difficultés réelles dans lesquelles l’enseignement supérieur de notre espace se trouve.
Cela donne raison aux étudiants qui estiment qu’il faut suspendre le LMD en attendant de réunir les conditions de son application ?
Au stade d’aujourd’hui, je peux donner raison aux étudiants qu’il y a des difficultés. Mais je ne leur donnerais pas raison de suspendre et de reprendre. Vous savez pourquoi ? Parce que d’abord, dans notre pays, tous les systèmes d’enseignements ont été combattus par les étudiants. Quand j’étais étudiant, nous avons combattu le système des partiels. On a continué de combattre au fur et à mesure. Je mets au défis les étudiants et les anciens de me dire quel est le bon système. Nous sommes toujours à la recherche d’un système qui puisse nous permettre d’aller de l’avant. Nous sommes allés dans le système LMD parce qu’on ne peut pas sortir de la mondialisation. Moi je considère le LMD comme la partie mondialisation de l’enseignement supérieur. L’autre aspect qui fait qu’on ne peut pas suspendre de mon point de vue, c’est que de la mise en œuvre du LMD de 2009 à ce jour, il y a des filières qui ont été créées dans lesquelles les étudiants sont et qui n’existaient pas avant la mise en œuvre du LMD. Vous suspendez aujourd’hui, vous faites quoi ?

Si on suspend le LMD on revient au système classique, monsieur le ministre ?

Mais justement puisse que ces filières, ces diplômes ont été créés à partir de 2009, donc créés dans le format LMD. Il faut repartir s’asseoir repenser autre chose pour ces formations. Pour ce qui existait avant, on peut revenir là-dessus mais il y a beaucoup de filières aujourd’hui, beaucoup de master qui sont créés et qui sont aujourd’hui plus nombreuses que ce qui existait. Moi j’ai été président de l’Université Ouaga 2, beaucoup de filières ont une vingtaine d’offres de formation. Il y a l’IFOAD qui a beaucoup d’offres de formation mais dans le format LMD. Au niveau du RESAO, nous avons travaillé pour ce qui est des sciences et technologies à définir des programmes harmonisés qui sont en cours de mise en œuvre dans certains pays de l’espace UEMOA. Vous revenez à l’ancien système, vous faites quoi de ces formations ? Je pense que dans une situation assez difficile, trouvons les ressorts pour pouvoir améliorer le fonctionnement. Il faut qu’on apporte des ressources, il faut qu’on travaille à ce que les problèmes de la connectivité soient réglée au niveau de l’enseignement supérieur. Mais-là, je parle en tant qu’universitaire pour que certains collègues n’aient pas l’impression qu’on est venu interroger le ministre de l’enseignement supérieur. Je souhaite que ce soit bien compris et que ce soit bien précisé que ces questions sont posées à un spécialiste de l’enseignement supérieur pour éviter que ça crée une incompréhension avec les collègues. C’est une contribution en tant qu’ancien président du RESAO et en tant qu’universitaire pour que les collègues à l’université et les collègues ministres n’aient pas le sentiment que le parle à leur place.

Pour la baisse du niveau, les responsabilités sont quand même partagées. Il y a des responsabilités qui vont au niveau familial où des parents doivent s’impliquer, de mon point de vue, dans l’éducation des enfants. Il y a aussi au niveau du système éducatif où nous devons apporter des réformes, des innovations pour tenir compte de l’air du temps.

Quand on rencontre le Pr Ouaro, on ne peut le détacher de sa qualité d’universitaire. Ces dernières années, il y a la question du niveau des étudiants, des élèves et de la qualité même de l’enseignement qui se posent. Comment voyez-vous l’avenir de l’enseignement au Burkina Faso ?

Je suis d’accord avec vous. Mais à côté il y a des élèves de très bon niveau qui nous rassurent de ce que des possibilités existent pour relever le niveau des élèves. Quand vous regardez par exemple des mentions obtenues au Baccalauréat, vous avez des mentions très bien en D et C, des mentions bien dans d’autres séries, c’est encourageant. Même au BEPC, il y a des élèves qui ont eu 18,75 de moyenne. Cela est encourageant. Pour la baisse du niveau, les responsabilités sont quand même partagées. Il y a des responsabilités qui vont au niveau familial où des parents doivent s’impliquer, de mon point de vue, dans l’éducation des enfants. Il y a aussi au niveau du système éducatif où nous devons apporter des réformes, des innovations pour tenir compte de l’air du temps. Actuellement, il y a la réforme des curricula qui est en cours et qui devrait permettre d’améliorer les choses. Il y a aussi la question des ressources, les conditions de travail, les conditions d’étude, d’exercice du métier qui ne sont pas faciles. Donc il faut améliorer afin que les gens se donnent davantage. Il y a l’interpellation des collègues à travailler davantage. Il y en a qui le font, il y a d’autres qui le font moins.
Pour parler spécifiquement du département de l’éducation national dont vous avez la charge, il est question d’une réforme qui va amener le recrutement des enseignants au niveau BAC et non plus du BEPC. C’est bien cela ?
Le recrutement à partir du Baccalauréat, c’est une proposition. Le gouvernement a proposé à la Coordination nationale des syndicats de l’éducation un document technique devant servir de base à la rédaction d’un statut valorisant ou particulier. Et nous avons proposé un projet de statut sur la base du document que nous avons proposé. Et les syndicats ont ventilé ce document à leurs militants pour recueillir leurs avis. Et c’est comme cela que ce document a été diffusé et dans mes tournées, j’ai été interpellé sur certains axes de ce document. Et je suis intervenu pour dire que le gouvernement a proposé que nous puissions mettre fin au recrutement à partir du BEPC pour entrer dans les écoles de formations des maitres et mais de le ramener au niveau Baccalauréat. Tout en proposant aussi une période transitoire pour absorber ceux qui se sont formés avec le BEPC ou pour leur permettre de faire le Baccalauréat, ce qui permettra d’améliorer le niveau. On est au stade de proposition. Nous attendons le retour de la partie syndicale. C’est dire donc que ce n’est pas quelque chose qui a été déjà arrêtée.

Il y a une floraison des Ecoles privées de formation des enseignants du primaire. De nombreux citoyens doutent de la qualité de la formation qui est distillée dans ces centres. Votre commentaire ?

Il faut qu’on reconnaisse tous l’apport du privé dans l’essor de l’éducation. C’est important de le dire. Même la contribution du privé dans la qualité de l’éducation. Vous savez qu’aujourd’hui au niveau du primaire, du post primaire et du secondaire, il y a beaucoup d’établissements privés qui tirent l’éducation vers le haut. Je ne vais pas donner de noms. Mais il y a pas mal d’écoles qui œuvrent dans ce sens. Il y a par exemple les écoles catholiques ou certains établissements laïcs. On m’a parlé d’un établissement privé qui a fait 100% au BAC cette année et ainsi qu’en 2016. C’est donc dire que c’est un faux procès. Il y a des promoteurs privés qui accompagnent l’Etat dans la promotion de l’éducation mais il est du rôle de l’Etat de contrôler et de sanctionner les établissements qui ne respectent pas les cahiers de charge. Sinon l’ouverture d’une école privée de formation des enseignants se fait sur la base de certains critères et du respect du cahier des charges. Dans ces établissements, il y a beaucoup d’inspecteurs de l’enseignement primaire qui dirigent et qui encadrent. De ce point de vue, il n’y a pas de problèmes. Mais nous devons continuer de faire des efforts pour le contrôle et le suivi de la formation dans ces écoles pour qu’elles puissent être conformes aux normes. Moi, c’est ce que je vois. Ces écoles sont utiles pour la formation. Le relèvement du niveau devrait contribuer à la qualité de la formation. Mais c’est surtout de la responsabilité de l’Etat de s’assurer que ces établissements qu’il a autorisés fonctionnent convenablement et respectent les cahiers de charge. C’est de leur responsabilité de les identifier, de les faire fermer, de les sanctionner.
2017-2018 a été une année très agitée sur le plan syndical. Le Ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation a été particulièrement secoué par cette fronde sociale. Vous avez accepté cette responsabilité de MENA à un moment même où la situation était très tendue dans ce département. Est-ce que la sérénité est de retour dans la maison ?
C’était une crise de 4 mois qui a opposé le gouvernement avec la Coordination nationale des syndicats de l’éducation qui regroupe 15 syndicats sur les 25 syndicats que compte le MENA. Ces discussions ont abouti à la signature d’un protocole d’accord le 25 janvier 2018 et moi j’ai été appelé à la fonction le 31 janvier 2018. Et dès le 5 février, je suis entré en fonction. Le climat de confiance, il se mérite et il s’entretient. Nous travaillons à ce que les syndicats aient confiance en nous. Nous avons mis en place un comité bipartite de suivi de la mise en œuvre du protocole d’accord et des commissions de mises en œuvre de certaines actions du protocole. Ces commissions ont des séances de travail avec les structures syndicales. Et dans le cadre de la commission bipartite paritaire, nous faisons le point chaque mois de la mise en œuvre du protocole d’accord et nous expliquons les difficultés de mise en œuvre afin que cela soit relayé au niveau de leur base. La quatrième rencontre a eu lieu le 16 juillet 2018 de 16h à 20h. Nous avons parcouru l’ensemble des points, les engagements clôturés, ceux qui sont mis en œuvre et ceux qui ne sont pas encore mis en œuvre alors que les délais sont clôturés. Et nous expliquons de façon sincère à la partie syndicale les difficultés que nous avons. Et nous leur rassurons de l’engagement que le gouvernement a à mettre en œuvre les différents points du protocole d’accord. Nous espérons que ce message passe et que dans ces échanges réguliers, nous pourrons arriver à nous comprendre. Il y a beaucoup de défis à révéler. Vous le savez, le MENA, c’est un très gros ministère avec beaucoup de problèmes. Je pense que la partie syndicale comprend qu’on ne peut pas tout mettre en œuvre ici et maintenant. Mais si on est dans de bonnes dispositions, on peut réussir. Je pense qu’il faut maintenir permanemment le dialogue quel que soit la situation pour permettre aux uns et aux autres de comprendre. Notre démarche s’appuie sur le dialogue permanent, les échanges, la participation de l’ensemble à ce que nous faisons et nous espérons que ça va permettre de réussir. Je profite de cette occasion pour remercier tous les acteurs, les enseignants qui dans le cadre du protocole d’accord, se sont engagés à lever les mot d’ordre et à travailler à ce que tout se passe bien. Je pense que cela a été respecté. Mais il appartient au gouvernement de continuer à montrer sa bonne volonté à ce que les choses fonctionnent normalement.

Ça c’est de votre responsabilité ?

Oui. Nous sommes conscients et nous allons continuer de le faire. [Rires].
On va parler des examens scolaires. C’est un première fois qu’une bonne partie du territoire national n’a pas pu prendre part aux examens pour des raisons sécuritaires qu’est-ce que le gouvernement n’a pas fait pour qu’on en arrive à cette situation ?
Vous savez que ce sont des situations assez délicates. Donc moi j’évite trop d’en parler car ce ne sont pas des situations totalement réglées. Donc un écart de langage peut être dommageable au fonctionnement. Il y a eu beaucoup de régions. Il y a eu d’abord la région de l’Est où des écoles ont fermé en mars 2018 parce qu’il y a eu attaque d’un forestier par des braconniers. Cela a créé la psychose. 19 écoles ont fermé. Le gouvernent a déployé une opération militaire d’envergure et a dépêché un détachement militaire sur les lieux. Ce qui a permis le retour de l’administration publique dont les enseignants. Et nous avons repris. Cela a permis que nous puissions terminer l’année et que les élèves puissent prendre part aux examens. Il y a eu aussi la région du Centre-nord où le 2 mai 2018, il y a eu une attaque dans une des écoles de la CEB de Barsalgho 2. Cela a occasionné la fermeture de 38 écoles. Et 16 écoles avaient ouvert après les échanges. Et 22 écoles restaient toujours fermées et le 1er juin, nous sommes allés échanger avec les acteurs qui ont posé la préoccupation sécuritaire. Nous avons renforcé les patrouilles grâce au travail que nous avons fait avec les forces de défense et de sécurité. Et ces établissements ont rouvert. Cela a permis même que dans cette CEB, on ait 74% de réussite au CEP contre 60 à 65 % pour cette région. Donc ils sont nettement au-dessus de la norme après qu’ils aient rouvert deux semaines avant les examens pour des écoles qui étaient fermées depuis début mai. Il y a eu ensuite la région de la Boucle du Mouhoun où il y a eu quelques fermetures liées à des écrits qui avaient été faits par un collègue enseignant qui a été incarcéré. Il y a eu la région des Hauts-Bassins. Ce sont des régions qui sont suivies. Et surtout la région du Nord où effectivement à Kain, un collègue a été assassiné. Et cela a occasionné des fermetures. Il y a eu des menaces à Soulé et à Bahn. Et la région du Sahel où il y a beaucoup de difficultés et le gouvernement dans ses efforts a décidé que 3 provinces sur les 4 puissent prendre part aux examens et le taux de succès des 3 provinces est de 43% qui est un peu au-dessus de la moyenne nationale qui est de 42,90%. Maintenant, la province du Soum, ç’a été difficile parce que le 12 avril, un collègue Souabo Hamidou a été enlevé et cela a occasionné la fermeture des écoles à ce niveau. On a eu du mal à reprendre malgré tous les efforts qui ont été déployés. Et donc, pour la province du Soum, comme pour Kain, Bahn et Soulé, nous avons décidé de permettre aux élèves des classes d’examen de ces localités de pouvoir prendre part à des examens spéciaux parce que le temps d’enseignement reçu ne leur permettait pas de composer sur le même pied d’égalité que les autres. Actuellement, cette opération est en cours et nous espérons que les efforts qui sont en train d’être faits aussi bien par les enseignants que par les élèves et l’administration permettront à ces élèves-là de prendre part aux examens en début septembre. Il y a la question des autres élèves qui est prise en compte dans les stratégies du gouvernement pour qu’à la rentrée, on puisse rouvrir dans de bonnes conditions.

Justement, parlons un peu des autres élèves. Depuis le début, vous parlez des élèves des classes d’examen alors qu’une année perdue est fâcheuse aussi bien pour un élève en classe d’examen que pour celui qui est en classe intermédiaire.

Ce sont des choses qui sont en cours parce que ça doit aussi passer par une évaluation de ces élèves en début d’année pour voir ceux qui pourront passer en classe supérieure ou ceux qui pourront passer moyennant des mises à niveau de 2 à 4 semaines. C’est un travail qui est en cours et qui devait permettre de se situer. Et à côté de cela, il y a la question sécuritaire que nous devons renforcer. Et comme je vous l’ai dit, il y a des régions qui sont observées par les FDS. Donc l’un dans l’autre, ça va arriver. Mais souffrez que je n’aille pas plus loin parce que c’est lier au contexte sécuritaire mais aussi au fait que les stratégies évoluent en fonction des situations. Donc ce que nous sommes en train d’essayer de mettre en place aujourd’hui, ça peut évoluer demain ou après-demain. Mais en temps opportun, on pourra échanger pour vous dire ce qui est fait de sorte que chaque élève de ce pays puisse accéder de façon équitable et de façon qualitative à l’éducation.

C’est regrettable ce qui arrive. L’objectif du gouvernement, c’est de faire en sorte que chaque enfant du Burkina puisse avoir accès et de façon équitable à une éducation de qualité. Effectivement dans certaines localités de ces deux régions, on n’est pas arrivé à le faire. Mais nous travaillons à améliorer. Ce sont des difficultés mais sachez que ce sont des choses qui évoluent et pour lesquelles, les stratégies essaient de s’adapte

La rentrée scolaire 2017-2018 a été lancée dans le Sahel par vous-même et votre collègue des enseignements supérieurs avec un engagement ferme. Plus tard il y a eu un conseil d’urgence de cabinet présidé par le Premier ministre. Malgré tout, la situation de l’éducation dans le Sahel et le Nord n’a pas significativement évolué. Pensez-vous avoir fait le maximum ?
C’est regrettable ce qui arrive. L’objectif du gouvernement, c’est de faire en sorte que chaque enfant du Burkina puisse avoir accès et de façon équitable à une éducation de qualité. Effectivement dans certaines localités de ces deux régions, on n’est pas arrivé à le faire. Mais nous travaillons à améliorer. Ce sont des difficultés mais sachez que ce sont des choses qui évoluent et pour lesquelles, les stratégies essaient de s’adapter. Ce que je peux dire aux populations, c’est l’engagement total et renouvelé du gouvernement à apporter des solutions à ces préoccupations. Mais les solutions que nous devons trouver sont des solutions qui doivent apporter des réponses aux défis sécuritaire, social et économique. C’est pour cela aussi que dans cette région du Sahel et dans certaines localités du Nord, le gouvernement a mis en place le Programme d’urgence du Sahel (PUS).
Mais sur le terrain, on ne sent pas encore les effets du PUS. Un de nos reporters vient de rentrer de Dori et les populations ne savent même pas ce que c’est que le PUS parce qu’ils ne voient pas les résultats.
Non. Peut-être que la communication autour du PUS demande à être améliorée. Sinon il y a des résultats. Moi, je suis allé à Dori et j’ai inauguré des infrastructures scolaires qui ont été construites dans le cadre du PUS. Cela a été apprécié par les populations. Les parents d’élèves étaient très contents. Parce qu’à côté de ce qui a été réalisé, on voyait des infrastructures qui étaient pratiquement sous paillote, qui étaient en banco et qui venaient de céder. On a visité des infrastructures de transport qui sont pratiquement achevées. Je pense qu’il faut qu’on fasse un peu plus de communication parce qu’il y a des populations qui ne se sentent pas concernés par le projet parce qu’ils n’ont pas d’informations. Sinon, quand on est allé visiter, il y a eu une rencontre régionale. Nous avons invité les acteurs locaux, communaux, les leaders d’opinion et nous leur avons présenté les acquis du PUS et nous leur avons présenté la démarche pour l’année suivante. Il y a des endroits où justement des réalisations n’ont pas pu se faire parce que les infrastructures qui avaient été projetées ont été abandonnées compte tenu du contexte sécuritaire. Au niveau du comité d’orientation du PUS, nous avons travaillé à faire de nouvelles propositions. Rassurez-vous, il y a des réalisations qui se font.
Il y a la qualité des infrastructures scolaires qui laisse à désirer. On vous a senti abattu lors d’une de vos tournées où vous avez constaté des infrastructures en décombres. Certains enseignants refusent d’habiter dans ces infrastructures parce qu’ils craignent pour leur vie. Votre analyse ?
Par rapport, aux logements des enseignants, il faut un peu nuancer parce qu’il y a des localités où il y a des logements de qualités ou réhabilités par des communes que des enseignants refusent d’habiter. Cela concerne les écoles périphériques, c’est-à-dire quand vous avez un chef-lieu de province ou de région, où des écoles sont à 20-25 kilomètres, les enseignants préfèrent loger dans le chef-lieu. Cela pose des problèmes de temps d’enseignement et de qualité parce que ça pose des problèmes de retards et d’absences. Ce sont des questions qui sont en étude.

Est-ce qu’il ne faut pas arrêter de loger des enseignants ?
Aujourd’hui, les enseignants ne sont plus logés. Ils reçoivent une indemnité. Nous avons rétrocédé aux communes tous les logements d’enseignants que nous avons réalisés. Donc, il y a des infrastructures qui ont été mises aux normes que les enseignants refusent d’habiter. Nous avons écrit au Ministre de l’économie et obtenu qu’il soit permis à ces communes de transformer les projets actuels de construction de logement. Je parle des communes où il y a une désaffection des enseignants vis-à-vis des logements qui ont été réhabilités et mis à leur disposition. Que les projets actuels de construction de logements soient transformés en projet de construction de salles de classe. Sur la qualité des infrastructures, nous estimons que le gouvernement ne peut pas fermer les yeux sur ce qui se passe. Nous avons décidé de mettre en place une commission au niveau du MENA (ça fait partie des engagements que le gouvernement a pris avec les syndicats) pour travailler sur la qualité des infrastructures. Mais à côté de cela aussi, pour tout ce qui se dégrade, pour les infrastructures réalisées par l’Etat, à partir des fonds transférés aux communes ou logés au MENA, nous avons décidé d’identifier toutes les infrastructures dégradées, d’identifier les entrepreneurs qui ont réalisées ces infrastructures, d’identifier les structures de contrôle qui ont fait le travail et de pouvoir demander à l’ASCE-LC de se saisir de ce dossier pour faire un audit afin de nous permettre de prendre une décision ou à l’ASCE-LC de prendre une décision parce qu’elle a la possibilité lorsque la situation l’exige de saisir directement les juridictions. Notre objectif à travers cela, c’est de travailler à améliorer la qualité des infrastructures d’abord pour préserver la vie des populations qui fréquentent ces infrastructures. A côté, nous devons éliminer les écoles sous paillotes, construire de nouvelles écoles, de nouveaux lycées et collèges. Nous souhaitons que les gens soient sanctionnés mais sur des bases objectives. Si ces structures ne sont pas d’accord, il y a des voies de recours qui les permettent de se pourvoir. C’est pour cela que nous n’allons pas le faire dans la précipitation. Bientôt, on aura ces listes-là que nous allons transmettre à l’ASCE-LC. Il lui appartiendra de pouvoir le dérouler en fonction de son programme. Nous devons déjà demander à l’ASCE de faire un audit général sur la question des cantines et la question des fournitures où il y a des difficultés afin de nous permettre de pouvoir prendre une décision. Nous sommes le 17 juillet (ndlr date de l’interview) et il y a des communes qui n’ont pas pu doter les écoles de cantines. Ce sont autant de questions de qualité, de gestion des marchés, etc. que nous souhaitons que l’ASCE-LC inspecte. Le contrôleur général a accepté notre requête pour ce qui est des cantines et des fournitures (kits pour les élèves et pour le fonctionnement des établissements) de faire cet audit-là à partir du mois de septembre prochain.
Terminons cet entretien sur une réforme que vous êtes venu trouvée, le continuum qui fait que le MENA s’occupe désormais aussi le premier cycle du secondaire. Vous avez hérité de cette réforme, peut-on aujourd’hui se satisfaire du continuum ?
C’est assez difficile. Aujourd’hui, tout fonctionne. Le continuum, c’était dans le cadre de l’obligation scolaire jusqu’à l’âge de 16 ans qui nécessitait cette réforme du continuum. C’est vrai qu’elle s’est mise en œuvre avec des difficultés. Vous avez des CEG qui sont même sous abris précaires, des CEG où il y a un manque d’enseignants. Mais quand on regarde le taux de succès au BEPC cette année, on peut dire que malgré ces difficultés-là, les Burkinabè ont travaillé à faire en sorte que les élèves puissent être formés et avoir le niveau. Il y a des difficultés mais nous devons continuer à améliorer. Il faut féliciter l’administration, les enseignants, les élèves qui se sont battus malgré toutes ces difficultés. Quand on mettait en place ces réforme-là, il y a des CEG qui n’avaient pas d’enseignants et qui ont accepté de travailler et aujourd’hui l’Etat leur est redevable. Le taux de succès au BEPC est passé de 28% l’année dernière à 42,90% cette année. Et ce sont les premiers élèves de cette réforme-là. Le taux de succès de cette année est une progression sensible dans un contexte de continuum qui a été mis en place avec beaucoup de difficultés. Il faut féliciter les acteurs qui ont permis qu’on atteigne ce résultat et aussi travailler à améliorer les conditions pour faire en sorte que dans les années à venir, nous puissions améliorer ce taux et mettre les enseignants et les élèves dans de bonnes conditions.

Interview réalisée par :
Abdoul Razac Napon
Boukari Ouoba

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
16 × 27 =