Procès de Putsch de septembre 2015: Les confessions des « gros poissons »

 

La Chambre de première instance du Tribunal militaire de Ouagadougou est de plein pied dans l’interrogatoire des personnes inculpées dans l’affaire Ministère public contre le général Gilbert Diendéré et 83 autres. Après avoir entendu le sergent-chef Zerbo Laoko Mohamed, le sergent Pooda Ollo Stanislas Sylvère, le caporal Dah Sami, le soldat Ly Amadou et l’adjudant-chef Nion Jean Florent, des « célébrités » comme le sergent-chef Nebié Moussa dit Rambo, l’adjudant Ouekouri Kossè, l’adjudant-chef major Badiel Eloi et le sergent-chef Koussoubé Roger Joachim D. dit le Touareg ont été appelé à la barre. Entre donneurs d’ordre et exécutants, le récit des événements du 15 septembre 2015 est édifiant à plus d’un titre… !

« Dans l’après-midi du 16 septembre 2015, j’ai reçu un coup de fil de l’adjudant-chef major Badiel Eloi m’intimant l’ordre de le rejoindre au Palais. Dès que je suis arrivé. J’ai trouvé sur place Badiel lui-même, Nion Jean Florent et Diallo Adama. Deux ou trois minutes après mon arrivée en ces lieux, le major Badiel m’dit ceci : « tu as pour mission d’amener le président Kafando à la Résidence. De grâce, pas de coups de feu !». Et j’ai répliqué : « Bien reçu ».  J’ai démarré le véhicule en trompe. Nion était à bord. Quand on est arrivé à la présidence, j’étais rassuré que les membres du gouvernement étaient au premier étage. Arrivé devant la salle, l’adjudant Ouekouri Kossè a ouvert la porte et je suis entré. Je me suis dirigé vers le président Kafando. Je me suis adressé à lui en ces termes : « Excellence, nous sommes attaqués dehors. Je suis là pour assurer votre sécurité. Veuillez nous suivre à la résidence ». Il a tourné sa chaise et il m’a suivi. J’étais devant, le président était derrière suivi de son garde Mohamed Siguiri. Le président a été conduit par son chauffeur avec son véhicule. J’ai suivi par la suite. Quand j’ai démarré pour partir, Nion a reçu un appel lui disant d’amener aussi le ministre Bagoro. Je ne le connaissais pas. Les membres du gouvernement étaient sous un arbuste et j’ai demandé qui est Bagoro et il s’est présenté et nous l’avons amené. Arrivez à la résidence, le major a ordonné d’aller chercher le Général. Je me suis porté volontaire. Et nous sommes allés au domicile du Général Diendéré et nous l’avons escorté au poste de commandement. On a trouvé des officiers qui l’attendaient. Ils se sont concertés entre officiers… ». Ces paroles sont du Sergent-chef Moussa Nebié connu sous le nom de Rambo. C’est sa vérité, sa version des faits. A 53 ans, vous ne lui donnerez pas plus de 35 ans. Et pourtant, il a passé plus de la moitié de sa vie à servir dans l’Armée du Burkina Faso, précisément 30 années. A la lecture des cinq chefs d’inculpation dont il doit répondre, l’inculpé dit reconnaitre une seule : l’arrestation du président Kafando. Quant aux meurtres, aux Coups et blessures volontaires (CBV), à la destruction volontaire aggravée de biens et à l’incitation à commettre des actes contraires aux devoirs et à la discipline des armées, Rambo s’en lave les mains.

Paré d’une chemise pagne bien blanchie, taille moyenne, Nebié Moussa dit Rambo n’a aucun signe particulier. Pourtant « tout a été dit sur lui ». L’intéressé lui-même le reconnait en ces termes : « je suis plus célèbre que le Général Diendéré ». Il se souvient comme hier des événements du coup d’Etat même si sur le détail des dates, il a demandé au Tribunal de l’en épargner ! Après son témoignage, l’on retient le souffle. Le parquet l’interrompt par cette question : comment qualifiez-vous l’acte que vous avez posé ? « Ce n’est pas un acte. C’est un ordre que j’ai exécuté », répond l’accusé. Donc vous exécutez n’importe quel ordre, relance le ministère public.  « Si vous, vous me donnez un ordre, même pour arrêter le président du Tribunal, si je suis sous votre coupe, je le ferai. Oui, je l’exécuterai », réplique Rambo, sérein. Selon le parquet, un ordre au sens militaire du terme, c’est dans l’intérêt du service. Et quand l’ordre est manifestement illégal, le subordonné n’est pas tenu d’y déférer. « Je ne suis pas d’accord. Le major Badiel, c’est mon supérieur. S’il était mon subordonné, je n’allais pas exécuter son ordre. C’est la première fois de ma vie d’entendre qu’un ordre peut être illégal. Je ne savais pas qu’on devait transporter les ordres devant le Tribunal militaire pour vérifier si c’est légal ou pas avant d’exécuter. J’assume ce qu’il m’a dit de faire. C’est un ordre. C’est un ordre militaire », rétorque le Sergent-chef Nebié au Commandant Zanré.

Le récit de l’accusé et sa spontanéité dans la reconnaissance de l’arrestation du Président de la Transition ont séduit l’auditoire. Me Prosper Farama n’a pas caché son admiration pour cet accusé. « J’admire votre style direct », a-t-il lancé à Rambo. Suite au dialogue engagé entre ces deux hommes qui « s’admirent ». Rambo aussi a dit admiré beaucoup l’avocat. L’accusé s’ouvre encore : « J’ai quitté le camp le 1er octobre 2015. A partir du 29 septembre, le camp était vide. J’ai trouvé le Général Diendéré seul dans son bureau. Et je lui ai dit : « Mon Général, venez, on va partir. Au moment où nous nous apprêtions à sortir, ils ont commencé à tirer. L’onde de choc a fait tomber tout le monde. J’ai accompagné le Général à la Nonciature et je lui ai dit « adieu mon Général. Et vers 13h40, je suis parti ». A la barre, l’accusé a exprimé ses regrets. « S’il y a un grand perdant dans cette affaire, c’est moi Rambo. Je n’ai tué personne mais je regrette tous les morts qu’il y a eu. La dernière fois, j’ai été touché quand Me Farama a parlé des victimes. Il y avait mon petit frère parmi les victimes. Il a été criblé de quatre balles. Vous pensez que moi Rambo, je peux tirer sur mon petit-frère ?», se lamente l’accusé.

 « Je ne pouvais pas faire marche arrière »

Les premiers accusés appelés à la barre ont tous cité le nom Badiel. Il est présenté comme le maitre à penser, le coordonnateur de l’opération d’enlèvement des autorités. Il ne nie pas avoir donné des ordres dans ce sens mais il dit avoir l’impression que « des gens se sont concertés pour tout déverser sur moi », précise-t-il aux juges avant de revenir aux faits. « Le matin du 16 septembre 2015, il y a eu un sous rapport. J’ai fait un tour au Palais. C’est en ce moment que le Sergent-chef Koussoubé Roger est arrivé. Il a dit qu’il veut me voir. C’était vers 10h. Il m’a fait savoir que sur instructions du Général Diendéré qu’on devait arrêter le Président Kafando, le Premier ministre Zida, les ministres Loada et Bagoro. Je lui ai demandé est-ce que ça vient du Général. Il a dit affirmatif. Nous sommes allés voir Nion Jean Florent. Franchement, je n’étais pas partant pour la mission. Nion a proposé de prendre contact avec le Général qui lui a dit de le rejoindre à son domicile. Je suis rentré chez moi. Vers 12h30-13h, Koussoubé m’a appelé pour me dire de revenir. J’ai rejoint le palais et il m’a rapporté que Nion a confirmé que le Général était au courant. Certains jeunes comme Zerbo Mohamed, Djerma et Poda Stanislas étaient présents. Ali Sanou est venu après. Comme c’étaient des jeunes si on devait mener l’action, c’allait être dangereux. J’ai fait appel à Rambo, Ouekouri Kossè et à Bouda Mahamadou. Quand Rambo est arrivé, je lui ai donné l’information et il est parti avec le premier véhicule. Kossè a suivi avec le deuxième. Koussoubé est resté avec moi au Palais. Il a refusé de se joindre à l’action. Il a dit à cause de son teint, lui il ne peut aller dans la salle du Conseil de ministres, sinon ils vont le reconnaitre. Quelques temps après, Rambo est venu avec le Président Kafando, puis Bagoro. On les a installés au salon. Un cortège de deux véhicules est allé pour amener le Général Diendéré. Ils ont trainé. Donc j’ai appelé Nion qui m’a dit qu’ils sont au PC avec le Général en concertation avec les officiers…Vers 13 h, les éléments étaient engagés. Je ne pouvais plus faire marche arrière. Comme c’a été confirmé que l’ordre vient du Général, je ne pouvais pas fuir. » A la question du ministère public de savoir si « c’est normal d’arrêter le Président du Faso », l’accusé répond : « nous ne sommes que des exécutants. Je propose que vous posez la question à une autre personne au-dessus de moi ». Le major Badiel avant de rejoindre sa place a dit regretter les morts qu’il y a eu et a demandé pardon.

Bassolé

« Il y avait un camp au RSP qui répondait du Général Djibrill Bassolé »

Dans le box des accusés, on le sentait impatient. Il attendait son tour. Quand nous avons su que c’est lui le Sergent-chef Koussoubé Roger Joachim D. dit le Touareg, nous ne l’avons pas perdu de vue. Contrairement à plusieurs de ses co-accusés qui sont devenus très réactifs depuis l’ouverture des débats au fond, le Touareg prenait souvent des notes ou caressait simplement sa barbe ou sa chevelure hirsute. Dans l’opinion, son nom a circulé. Certains l’ont présenté comme un « élément dangereux ou simplement un dur à cuir ». Cela a même été rapporté au juge d’instruction qui était pressé de faire sa connaissance. « Le juge d’instruction m’a dit qu’il était pressé de me connaitre car des gens lui ont dit que moi Sergent-chef, je faisais pomper des officiers au carré d’armes », a confié le Touareg lors de sa comparution le mardi 10 juillet 2018 devant le Tribunal militaire pour répondre des faits d’attentat à la sureté de l’Etat, de meurtres, de CBV, de destruction volontaire aggravée de biens et d’incitation à commettre des actes contraires aux devoirs et à la discipline des armées. Sergent-chef, donc sous-officier, il est présenté par ses supérieurs Nion Jean Florent et Badiel Eloi comme le messager du Général Diendéré. Selon le témoignage de ses deux supérieurs, c’est lui qui est venu avec la nouvelle selon laquelle le Général Diendéré a instruit de procéder à l’arrestation des autorités de la Transition. Le Sergent-chef conte un autre récit différent de ce que ces détracteurs disent. Pour lui d’ailleurs, on ne peut accorder aucun crédit à la parole des gens comme Nion Jean Florent qui avait aussi déclaré devant le juge d’instruction avoir entendu Rambo parler avec l’épouse du Général et même qu’il a vu le Colonel Abdoul Karim Traoré avec le Général alors qu’à la barre, ce dernier a retiré ses propos. Le Touareg a été en plus clair : « Ce n’est pas vrai. Moi je suis Sergent-chef. Entre le major Badiel et moi, il y a 15 ans. Le major Badiel, c’est l’adjoint du commandant d’unité. Si je suis venu voir Badiel pour faire un Coup d’Etat, ce qu’il devait faire, c’est de me mettre aux arrêts ou me conduire directement chez le Général. Il ne l’a pas fait. » Et on revient aux événements de septembre 2015 en ces termes : « Le 16 septembre, j’étais en ville. C’est aux environs de 13h que l’Adjudant Nion m’a appelé pour me dire de le rejoindre avec Dah Sami et le Sergent-chef Zerbo Mohamed au palais…Quand je suis arrivé, j’ai aperçu des voitures des autorités qui venaient. Le major Badiel était sous le hall. Quand Rambo est arrivé, le major a ordonné d’aller chercher le Général. Nion a embarqué avec Rambo. J’ai aussi embarqué pour aller chez le Général. Il n’était pas sur sa terrasse. J’ai replié dans mon pied à terre pour me mettre en tenue…Je suis revenu chez le Général. Et on l’a amené au Poste de commandement où des officiers l’attendaient. Après avoir échangé entre officiers, le Général Diendéré et le Colonel major Kiéré sont allés au Ministère de la défense. J’ai dit au Caporal Dah Sami de me remplacer à la sécurité du Général car je ne me sentais pas bien… Le 17 septembre vers 13h, le major Badiel m’a instruit d’aller enlever les barricades vers la voie du SIAO. Ces barricades empêchaient les malades d’accéder à l’hôpital de Bogodogo. C’est de là-bas que le Colonel major Kiéré m’a appelé pour dire d’aller escorter le Président Jean Baptiste Ouédraogo. Nous sommes revenus au poste de commandement. ».

Le Sergent-chef Koussoubé est un agent de renseignements. Il était au parfum de beaucoup de choses. Pour lui, au défunt Régiment de sécurité présidentielle, il y avait trois camps. Certains comme le Sergent Compaoré et le Caporal Nadié (sans autres précisions) répondaient du Premier ministre Zida, les autres sont restés fidèles au corps. « Un troisième répondait en bas du Général Bassolé Djibrill », révèle-t-il. Ce dernier camp est incarné par les adjudants Nion Florent et Badiel Eloi. Ils rendaient compte au Général Bassolé. Après l’arrestation des autorités, le Touareg a confié que le major Badiel a fait le point au Général Bassolé. « Quand j’étais à mon poste de garde, l’adjudant Nion s’arrêtait et on échangeait de la situation nationale. Il me disait que le Général Bassolé est la personne indiquée pour diriger ce pays. Leur groupe rendait compte de tout au Général Bassolé. Leur groupe était suivi et infiltré. Le groupe des Nion et Badiel voulait profiter de la crise au RSP pour faire quelque chose pour mettre cela au compte du Général Diendéré », renseigne l’homme aux informations. Et ce « quelque chose », toujours selon le Sergent-chef Koussoubé, c’est par exemple quand en juillet 2015 le groupe des sous-officiers supérieurs composé de Nion Jean Florent et Badiel Eloi a tenté d’arrêter le PM Zida. Et il a réussi avec son élément Dah Sami à déjouer leur Coup en faisant remonter l’information. « C’est qui a permis au PM Zida et le Colonel Auguste Barry de s’échapper en quittant la salle du Conseil des ministres », évoque Le Touareg.

A la question de l’un des avocats des parties civiles, Me Séraphin Somé, de savoir comment se fait-il que le Général Bassolé qui n’est pas du RSP, puisse avoir un camp dans ce corps, l’agent de renseignements répond sans détour : « Je ne sais pas comment vous l’expliquer. Mais c’est une réalité. On n’est qu’au début de ce procès…D’ici la fin, vous allez comprendre que le Général Bassolé n’est pas parmi nous par hasard ». L’interrogatoire du chef Koussoubé a levé un coin du voile sur cette affaire putsch. Au deuxième jour de son interrogatoire, le public était au rendez-vous parce que l’accusé avait annoncé un grand déballage à une seule condition :  lui, son épouse et ses cinq enfants soient protégés. Le parquet dit avoir pris des dispositions. Mais l’accusé a préféré se réserver pour le moment. En tout cas, tous ont reconnu la clarté du propos du Sergent-chef Koussoubé plus connu sous le nom du Touareg. Parquet, avocats des parties civiles et même la plupart de ceux de la défense sauf le conseil du Général Bassolé, Me Dieudonné Bonkoungou qui trouve qu’il y a trop de contradictions dans le récit du Touareg. L’avocat se demande pourquoi au cours de l’instruction, l’accusé n’a jamais fait cas des éléments qu’il évoque à la barre de la juridiction de jugement. « Je vous comprends, maitre. Ce qui vous fait mal, le fait que j’ai révélé des choses sur votre client, le Général Bassolé. Mais c’est la réalité », conclut le Sergent-chef Roger Koussoubé. A la fin de son interrogatoire, il a échangé une chaude poignée de main avec Me Guy Hervé Kam constitué auprès des victimes. Les deux hommes ont échangé quelques minutes. « Qu’est-ce qu’un accusé et une partie civile peuvent bien se dire ? » S’étonne l’un des avocats de la défense, Me Idrissa Badini !

Idriss K. Ouédraogo

Moussa Nébié Alias Rambo, avec Badiel ont organisé l’assaut

Encadré : La Radio de la résistance, la 108.00 : « C’était une clé USB fixée sur un ordinateur »

Les putschistes de septembre 2015 ont été sans pitié pour les médias. Des engins ont été incendiés dans des locaux de certaines stations de radio. Le signal de certains médias a été coupé. En un mot, c’était aussi un coup d’Etat contre les médias et contre la liberté de la presse. Après avoir pris les télévision et radio nationales, les putschistes ont fait taire toutes les autres médias (audiovisuels) de la ville de Ouagadougou. Ceux des provinces n’ont pas été épargnés. C’est le cas de la Radio Laafi de Zorgho qui a reçu la visite des militaires du RSP sur indication « d’une dame » qui conduisait dans une Mercedes et qui est aujourd’hui sur le banc des accusés. Ce fut dans cet atmosphère de mutisme médiatique que l’on découvrira une radio mystère, sortie du bois, émettant sur la 108.00. Cette radio diffusait en boucle les appels à la résistance du président du Conseil national de la Transition (CNT), l’organe législatif de la période transitoire. Cette radio a aiguisé la curiosité de plus d’un citoyen. Même des éléments du RSP qui se sont mis activement à la recherche de cette radio qui est restée longtemps invisible. Grace à un appareil, ils sont parvenus à découvrir le signal de la 108.00 dans les locaux de la radio Savane FM. Cette information n’a pas échappé au Touareg qui décida par curiosité de s’y rendre. Arrivé sur place, il trouva le sergent Bouda Mahamado, Pagbelgum et des agents de l’ARCEP. Ils firent ouvrir la porte du studio par le gardien. Une fois, à l’intérieur, on a « trouvé que c’est une clé USB qui était fixée sur une unité centrale qui diffusait en boucle les appels à la résistance. Quand on a retiré la clé, la radio a cessé d’émettre. » Le parquet estime que le Sergent-chef Koussoubé s’est rendu à la Radio en renfort à ces frères d’armes qui étaient en difficulté là-bas. « Y a quoi à Savane FM, pour qu’on puisse aller en renfort ? Il n’y avait pas des gens armés là-bas. La 108.00 émettait en toute illégalité. Pour émettre, il faut avoir une autorisation. Je me dis que ce n’est pas bien d’appeler les enfants et les femmes des gens à résister, à sortir et se mettre soi-même à l’abri. Savane FM émet sur la 103.4. Comment une radio peut émettre sur deux fréquences ? », interroge l’accusé Koussoubé. Pour les avocats des parties civiles, même si la radio émettait en toute illégalité, ce n’était pas du ressort des militaires d’aller la démanteler. « Vous ne faites pas partie des effectifs des instances de régulation pour faire cesser une radio », a développé Me Yanogo Pierre de la partie civile. Les conseils de l’accusé ont invité leurs confrères du média à démontrer que la 108 émettait légalement et présenter leurs réclamations civiles.

I.K.O

Le chef d’Etat Major particulier de Ouattara Vogondo a convoyé des fonds pour appuyer les putschistes

Encadré 1 : Des millions transférés de la Cote d’Ivoire à des soldats du RSP

Pendant le Coup d’Etat de septembre de 2015, beaucoup d’argent a circulé. Certains éléments du RSP ont empoché plusieurs millions d’argent. Le major Badiel a reconnu à la barre avoir reçu la somme de 900 000 francs de la part de Nion Jean Florent. « J’ai perçu plus que cela de la part de Nion. » Selon le rapport d’expertise des téléphones portables versé au dossier, un numéro de la Côte d’Ivoire identifié au nom Ouattara Kadidja a transféré des sommes d’argent à plusieurs éléments du RSP. Ces sommes vont de 1 941 000 à 1 945 000 francs CFA. Le premier bénéficiaire est une certaine Marietou Ouédraogo. Les Adjudants Florent Nion, Ouekouri Kossè et le major Badiel Eloi en ont reçu des sommes de plus d’un million chacun. Les soldats Issaka Ouédraogo et Diallo Adama en ont reçu selon le parquet. L’accusé Badiel Eloi dit n’avoir jamais été auditionné sur cette somme d’argent qu’il a reçu. Son avocat, Me Bali Bazemo, a plaidé que ce rapport d’expertise soit écarté du dossier car un des experts n’a pas prêté serment. Ce qui est en violation de l’article 160 du Code de procédure pénale qui a fait obligation à tout expert non inscrit auprès des cours et tribunaux du Burkina Faso de prêter serment. « J’ai vérifié dans mon dossier et je n’ai pas vu de procès-verbal de prestation de serment d’un des experts. Si l’expert n’a pas prêté serment, son travail ne peut survivre dans ce dossier. C’est d’un droit que j’ai entendu usé », évoque l’avocat de la défense. Pour le parquet et la partie civile, cette question a été débattue et vidée devant la chambre de contrôle de l’instruction. « L’exception telle que soulevée par la défense est anachronique car l’arrêt de renvoi a purgé la question en ses pages 78 et 79 », soutient le ministère public. A la lumière de l’article 117 du Code de justice militaire qui dit que les exceptions et incidents doivent être soulevés dans un mémoire unique avant toute défense au fond, le parquet a requis que la demande soit déclarée irrecevable. Le juge a promis d’apporter une réponse avant la clôture des débats.

I.K.O

Encadré 2 : « L’armée burkinabè va savoir qui est soldat Zouré »

Quand on purge une peine de 10 ans de prison et qu’on doit répondre de cinq autres chefs d’inculpation, que peut-on craindre encore ? C’est le sort du soldat Zouré Boureima de l’ex-RSP interrogé le vendredi 13 juillet 2018. Militaire dans l’âme, cet homme robuste ne veut rien entendre de ce qu’on lui reproche. Il se réfugie derrière son statut de soldat et analphabète pour soutenir ne rien savoir de ce qui s’est passé le 16 septembre et jours suivant de l’année 2015. « Moi je suis simple soldat. Les choses comme ça, on ne me dit pas. Il y a quelqu’un qui est au-dessus de moi, il faut lui demander. Je ne sais pas. » A la barre, le pensionnaire de la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) nie tout en bloc. « Je ne suis pas sorti. Je suis resté sur place au camp. C’est le 18 septembre que je suis sorti pour aller à Zorgho avec le chef Ali Sanou », dit-il. Quel était l’objet de la mission, interrompt le parquet ? Je ne sais pas. Et pourtant, selon son PV d’interrogatoire au fond devant le juge d’instruction, le soldat a expliqué s’être rendu à Zorgho pour arrêter une radio qui émettait contre le putsch. Toujours devant le juge d’instruction, l’accusé avait reconnu avoir effectué des patrouilles dans la ville de Ouagadougou avec son chef Ali Sanou. « J’ai fait des patrouilles dans la nuit des 16 et 17 septembre. Je reconnais avoir tiré plusieurs fois en l’air à la Place de la Nation et à la Patte d’Oie », avait déclaré au cabinet du juge d’instruction. Dans ses réponses aux questions, le soldat Zouré s’est illustré par une grande désinvolture. Il s’est montré très remonté contre « ce que Zida a fait ». A l’en croire, Dieu lui a doté d’un certain pouvoir pour arrêter les semeurs de terreur. « Moi soldat Zouré, quand j’apprends qu’une personne a tué quelqu’un, même si tu rentres dans un trou, je vais aller te sortir de ton trou pour te présenter au commandement. Les jeunes que Zida avait envoyé pour tuer le Général, le Colonel Kiéré et le chef de corps Céleste Coulibaly, je les ai gobés pour les présenter au commandement », narre le soldat. « Je n’ai pas été formé pour faire du mal à quelqu’un. Mais si on m’envoie en mission hors du pays, c’est ça que l’armée burkinabè va savoir qui est soldat Zouré », lance-t-il aux juges.

I.K.O

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