Protocole d’accord CNSE/ Gouvernement : La hache de guerre enterrée

La Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) a signé un protocole d’accord avec le gouvernement dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 janvier 2018.  Cet accord met un terme à un bras de fer qui a duré quatre mois. Du coup, tous les mots d’ordres sont levés. En clair, les évaluations, qui étaient jusque-là suspendues, reprendront de plus belle. Mais que propose le gouvernement aux acteurs de l’éducation ?

« Le gouvernement a donné la preuve que tant qu’on n’est pas déterminé, on ne gagne rien ». Ainsi s’exprimait Dr Moussa Diallo, membre de la CGT-B, au cours d’une conférence publique sur les grèves. C’est fort de ce constat que les syndicats de l’éducation n’ont montré ni signe de fatigue ni d’essoufflement dans la lutte engagée depuis le mois d’octobre dernier pour l’amélioration de la qualité de l’éducation au Burkina Faso. Cette lutte a permis « d’arracher » un protocole d’accord jugé satisfaisant dans l’ensemble. Au titre des acquis, le coordonnateur de syndicats de l’éducation, Windyam Zongo, a relevé que le gouvernement s’est engagé « à octroyer une bonification d’un échelon à tout le personnel de l’éducation à compter du 1er janvier 2018 et à créer des emplois des administrateurs d’établissements et des personnels de laboratoire » et, ce « dans un délai de trois mois ». Leur lutte a permis d’obtenir du gouvernement la promesse « d’améliorer l’offre éducative », à travers notamment « une réalisation rapide des infrastructures scolaires et le suivi rigoureux des travaux de construction ». Le gouvernement a, aussi accepté d’élargir le périmètre de la gratuité de l’éducation au préscolaire public, d’allouer un budget de fonctionnement aux établissements, de recruter le personnel en nombre et de qualité.

Vers une augmentation progressive de la part du budget l’éducation

Dans leur plateforme revendicative, la CNSE réclamait l’allocation d’au moins 30% du budget national au secteur de l’éducation. Sur ce point, Windyam Zongo a expliqué que « le gouvernement a accepté de poursuivre l’augmentation progressive du budget alloué à l’éducation et d’octroyer un kit pédagogique à tous les enseignants » mais le contenu et les modalités d’acquisition seront précisés ultérieurement. L’autre point de revendication qui a trouvé satisfaction est celui lié à l’amélioration des indemnités spécifiques de logement. Cette indemnité connaitra désormais « une augmentation de 7 800 francs pour la catégorie C, 11 050 pour la catégorie B, 14 300 pour la catégorie A et 17 500 pour la catégorie PB. Les conseillers pédagogiques de l’enseignement secondaire (catégorie PC) auront augmentation de 30 000 francs ». Sur le plan du contrôle des établissements privés, le gouvernement s’est engagé à publier la liste des établissements reconnus au plus tard le 31 août de chaque année. Les difficultés de mandatement seront aussi résorbées. Les nouveaux agents seront mandatés au plus tard un mois après la date de leur prise de service. Les personnels des ex-garderies populaires et les ex-formateurs des Centres d’éducation non-formelle (CEBNF) pourront enfin essuyer leurs larmes car l’Etat s’est engagé « à donner une suite au dossier des premiers et à payer les arriérés de salaires des seconds d’ici fin février ». Les agents du MENA ont aussi « arraché » une augmentation de leur indemnité spécifique à hauteur de 5000 francs. Quant au sort du calendrier scolaire qui a déjà connu des perturbations, les parties se sont engagées à « réexaminer au plus tard le mardi 31 janvier 2018, la gestion du reste de l’année scolaire afin qu’elle se déroule dans de bonnes conditions ». Selon le doyen Mamadou Barro, Secrétaire général d’honneur de la F-SYNTER, cette lutte a permis de poser les bases de la réhabilitation du système éducatif burkinabè et de ses acteurs. Les élèves, par la voix du coordonnateur de l’Association des élèves du secondaire de Ouagadougou (AESO), Dramane Sankara, trouvent que « cet accord est à l’honneur du monde de l’éducation, du peuple burkinabè ». Le coordonnateur de l’Association des élèves du secondaire de Ouagadougou Dramane Sankara a félicité les enseignants pour le combat. « Nous avons foi que l’année scolaire va bien se dérouler car nous avons confiance à nos enseignants. Nous savons que la lutte qu’ils ont menée n’est pas une lutte pour faire du tort aux enfants du peuple. C’est une lutte qu’ils ont menée pour l’intérêt des enfants du peuple, pour l’intérêt du peuple burkinabè », estime-t-il.

                                 « Nous avons géré notre lutte »

Ce ne seraient pas les autorités coutumières et religieuses qui ont décanté la situation. A écouter les syndicalistes, ces autorités morales n’ont pas participé aux négociations. « Ils étaient à coté et nous on menait nos discussions avec le gouvernement. Ce ne sont pas des gens qui sont venus prendre notre lutte et gérer à notre place. Nous avons géré notre lutte jusqu’à la fin », a confié Mamadou Barro. A l’appel du Moro Naaba, les responsables syndicaux sont allés écouter leur message. Mais la coordination des syndicats a opposé le fait qu’ils étaient en négociation avec le gouvernement et a demandé aux autorités religieuses et coutumières « de bien comprendre et de les laisser poursuivre les négociations ». Mieux, poursuivent-ils, les coutumiers et les religieux se sont attribués des rôles qui n’étaient les leurs, car ils ont parlé « de la mise à plat » qui n’était pas de leur ressort. Tout compte fait, les enseignants restent sur leur garde. « On apprécie le protocole à sa juste valeur. Mais moi, je doute de la bonne volonté du gouvernement. Si les autorités ne l’appliquent pas, les actions ne vont pas manquer à notre niveau », lance un enseignant du Lycée municipal Bambata.

Idriss K. Ouédraogo

Stagiaire

  1. Le SG d’honneur de la F-SYNTER, Mamadou Barro, personne de ressource de la Coordination : « Cette lutte a permis de poser les bases de la réhabilitation du système éducatif  et de ses acteurs »
  2. Les enseignants ont spontanément pris d’assaut la Bourse du travail pour prendre connaissance du contenu du protocole d’accord
  3. Le Coordonnateur des syndicats de l’éducation, Windyam Zonngo : « Nous sommes fiers des fruits de la lutte parce que si ce protocole est mis en œuvre, le paysage du système éducatif burkinabè va changer »

 

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