Putsch du 16 septembre 2015: Quand Badiel Eloi tente de brouiller les pistes

 

Depuis l’ouverture du procès des putschistes, les chefs d’orchestre que sont Badiel Eloi, Moussa Nébié dit Rambo, Jean Florent Nion et Koussoubé Roger dit Le Touareg ne parlent plus le même langage. En attendant les deux Généraux, l’heure n’est plus à l’union sacrée. Les têtes de proue ou les exécutants se jettent la responsabilité. Badiel Eloi se retrouve contre tous ses lieutenants qui le chargent sans égard. Cependant, le chef de la garde rapprochée ne veut rien lâcher pour l’instant.

Qui a donné l’ordre d’arrêter Michel Kafando ? Voilà une question à laquelle le chef de la garde rapprochée, Badiel Eloi, refuse de répondre. Tout indique, pourtant, que l’ordre est venu d’un de ses supérieurs. Pour l’instant, il préfère balancer ses subordonnés, comme Roger Koussoubé et Florent Nion. Pour l’Adjudant Florent Nion, ce sont l’Adjudant-Chef Major Badiel Eloi et le sergent-chef Roger Koussoubé que Diendéré avait instruit de perpétrer le coup d’Etat. Une information qu’il a vérifiée et confirmée auprès du General Diendéré. Moussa Nébié ne dit pas autre chose que Jean Florent Nion. Badiel Eloi, chef de la garde rapprochée, charge Roger Koussoubé, un de ses subordonnés. Roger Koussoubé ne reconnaît pas avoir été porteur d’une quelconque information et croit que son supérieur Badiel veut le faire porter un chapeau plus gros que sa tête. Entre Koussoubé et son chef, il y a quelqu’un qui ne dit pas forcement la vérité. Pourquoi Diendéré va passer par un subordonné, pour porter une information aussi importante à Badiel Eloi ? Les choses ne se passent pas ainsi dans la vie ordinaire, encore moins dans l’armée. Il faut remarquer que, bien que, le sergent-chef Koussoubé, a accepté publiquement le déclarer, il n’était pas le seul agent double. Les agents doubles, il y en avait beaucoup au sein du RSP. Badiel Eloi, par exemple était fidèle à Gilbert Diendéré, mais entretenait des relations étroites avec le General Bassolé et Fatou Diendéré. C’est par lui que parvenaient les fonds pour des soldats de l’ex-RSP. Sur l’identité exacte de la personne qui a contacté Badiel Eloi pour lui porter le message du General Diendéré, Badiel Eloi essaie de brouiller les pistes. Roger Koussoubé aurait reçu l’information d’un canal, autre que celui de Badiel Eloi. Le nom de son chef Abdoulaye Dao revient. Ce dernier en déplacement à Bobo-Dioulasso a été rapidement rappelé à Ouagadougou. Badiel Eloi n’a donc pas été informé par son subordonné Roger Koussoubé comme il le prétend. L’information aurait transité par un officier de l’armée et un civil. Certaines sources parlent de Fatou Diendéré.

Préparation du putsch

Les accusés qui sont déjà passés à la barre affirment qu’ils ne se reconnaissent pas dans la préparation du putsch. Pourtant, tout indique que le projet a été préparé de longue date et l’échéance repoussée en fonction de l’évolution de la situation politique. Mais tout bascule, lorsque le président Kafando reçoit le groupe de l’ex-Front Républicain, venu dénoncer la Loi Chérif qui exclue certains barons des consultations électorales de 2015. À l’issue de cette rencontre, la délégation est ressortie déçue et décide de recourir à son plan B. Dans la même soirée, une réunion discrète, regroupant des officiers et des sous-officiers s’est tenue au Poste de commandement de l’ex-régiment de sécurité présidentielle, sise à l’ex-conseil de l’entente. D’autres rencontres restreintes ont suivi. Cependant la date pour le Coup d’Etat n’avait pas encore été arrêtée, lorsqu’un évènement va se produire. Le 16 septembre 2015, le Colonel Sidi Paré, ministre de la sécurité, informe le General Diendéré que le conseil des ministres avait programmé l’acte de dissolution du RSP. Il fallait donc agir très vite. La machine, déjà prête a été simplement activée. Ce putsch n’est pas une œuvre spontanée comme veulent le faire croire les accusés.

 

Le rôle du général Bassolé

Le rôle de Bassolé se précise, depuis le passage du sergent-chef Koussoubé. Il est pour l’instant, le seul à évoquer le rôle joué par le General Bassolé. Ses déclarations viennent simplement confirmer ce que d’autres avant lui avaient déjà dit. Le General Bassolé est entré activement dans la danse, lorsque Gilbert Diendéré a manifesté des signes de relâchement sous la pression des chancelleries et de certains chefs d’États africains. Dans un premier temps, il entre en contact avec Fatou Diendéré et Badiel Eloi, pour demander à la troupe de continuer à résister. Bassolé a promis un renfort de l’extérieur. Les amis ivoiriens de l’ex-majorité présidentielle sont mis à contribution en expédiant de fortes sommes d’argent à la troupe. Diendéré reçoit également un appui matériel et logistique. Bassolé contacte certains chefs de corps dont le commandant Damiba de Kaya et le chef de corps de la région militaire de Bobo-Dioulasso, Giles Bationo. Guillaume Soro et les chefs militaires ivoiriens apportent leur concours et demandent à Bassolé de prendre la tête des opérations pour appuyer Diendéré et une partie de ses hommes qui montrent des signes de « faiblesses ».

                                                                                                                            Abdoul Razac NAPON

 

L’itinéraire du chef d’orchestre, Badiel Eloi

Il était jusque-là inconnu du grand public, le sous-officier, l’Adjudant-chef Major Badiel Eloi. Désormais, il est sous le feu des projecteurs. La plupart des soldats qui se sont succédé à la barre, ont imputé à Badiel Eloi, le premier rôle dans l’exécution du putsch. Badiel Eloi est le plus gradé des soldats du RSP, avec à son compteur 32 ans de service. Ce sous-officier supérieur est arrivé au Centre d’entrainement Commando (CNEC) de Pô au lendemain du coup d’Etat sanglant du 15 octobre 1987. Pour les autorités militaires de l’époque, ce groupe de militaires devrait noyauter les éléments restés encore attachés au président du Conseil National de la Révolution. Ces fidèles de Gilbert Diendéré et de Blaise Compaoré étaient l’œil et l’oreille de la présidence du Faso au CNEC, avec pour mission de neutraliser tout envie de rébellion. De ce groupe, on peut citer entre autres, Marcel Kafando, Yaro Ousseni, Edmond Kouama, Banagolo Yaro, Naon Babou. En 1994, Badiel Eloi et certains soldats sont appelés à servir au Régiment de sécurité présidentielle, précisément à la garde rapprochée sous le commandement de Hyacinthe Kafando. Mais, les déboires d’Hyacinthe le contraignent à quitter le poste de chef de la garde rapprochée. D’ailleurs, on soupçonne, cette bande conduite par Naon Babou et Badiel Eloi d’avoir mené la traque d’Hyacinthe Kafando et ses camarades. C’est dans ces circonstances que l’Adjudant Arzouma Ouédraogo dit Otis, un proche d’Hyacinthe Kafando fut assassiné. Le poste de chef de la garde rapprochée fut confié par la suite successivement aux Adjudants-chefs Major Kambou et Rouamba. Le groupe de Marcel Kafando, de Naon Babou, de Ousséni Yaro et de Badiel Eloi était investi de pleins pouvoirs et contrôlait l’ensemble de la garde rapprochée placée pourtant sous le commandement de Giles Bationo. Si la plupart était loyale au chef d’État-Major particulier de la présidence Gilbert Diendéré, d’autres par contre rendaient compte à François Compaoré. Ce dernier avait son propre réseau de renseignement et avec à leur tête Marcel Kafando. La succession des évènements du 13 décembre 1998 et de 2011 va entrainer une réorganisation de la garde rapprochée qui a permis l’arrivée de l’Adjudant-chef major Badiel Eloi à sa tête. C’est un poste hautement stratégique au sein du Régiment de sécurité présidentielle. En accédant à ce poste, Badiel Eloi, devenait incontournable dans le dispositif sécuritaire du chef de l’Etat. Avant d’accéder à ce poste, il était déjà avec Marcel Kafando, Ousséni Yaro, et Marcel Kafando, des chefs de section de la garde rapprochée du président du Faso. Chaque chef de section avait sous son commandement des soldats. Certains éléments de Badiel ont été épinglés par la commission d’enquête indépendante (CEI) sur l’assassinat de Norbert Zongo et ses compagnons. À l’époque l’homme avait été gardé à la gendarmerie pendant 72h pour les besoins de l’enquête. Il a toujours nié une quelconque complicité dans l’assassinat de Norbert Zongo, bien qu’il ait été capable de renseigner sur l’emploi du temps de ses éléments dans la journée du 13 décembre 1998. Mais, les investigations se rapprochent de lui. Le juge d’instruction a pu retrouver des éléments corroborant sa complicité pour avoir menti dans le but de protéger ses hommes ayant participé à l’assassinat de Norbert Zongo. À l’époque, François Compaoré les avait distribués des motos Yamaha.

ARN

Assassinat de Norbert Zongo

La piste qui mène à François Compaoré

L’Affaire Norbert Zongo ne finit pas de livrer ses secrets. De nombreuses pistes sont aujourd’hui explorées et certains mènent directement à l’ex-petit président, François Compaoré. L’une des pistes, les plus intéressantes, bien qu’elle ne soit pas nouvelle, est les nombreux cadeaux envoyés à tous les soldats suspectés dans l’assassinat de Norbert Zongo. Après la découverte du véhicule qui a transporté les assassins à Sapouy, c’est autour d’une autre voiture que se concentrent les enquêteurs. Au lendemain de l’assassinat de Norbert Zongo, François Compaoré a gratifié un groupe de militaires de motos, de voitures et de villas. Badiel Eloi et certains de ses camarades auraient reçu des motos, Marcel Kafando, une voiture et Edmond Kouama, une villa à la cité Azimo. En plus, il a été découvert des transferts d’espèces sonnantes et trébuchantes. Le juge s’est particulièrement intéressé à la voiture remise à Marcel Kafando. Mais, cette voiture a mystérieusement disparu avec la mort de ce dernier. La famille avait entretemps laissé croire que la voiture était entre les mains d’un frère du défunt Kafando. Pourtant, les investigations ont permis de découvrir que cette voiture a été enlevée par une autorité de l’époque et dépiécée. Les langues commencent à se délier et des révélations importantes sont attendues.

ANR

 

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