Remise à plat des rémunérations et répression: Un processus de liquidation des syndicats

Syndicats et gouvernement sont toujours à couteau tiré sur les différentes plateformes revendicatives. Pour le gouvernement, les revendications ne sont pas réalistes. Le pouvoir s’est lancé dans une bataille de l’opinion et un recours à des actions fortes contre les syndicalistes. Mais derrière cette confrontation, il y a lieu d’examiner le contexte sous régional et international pour comprendre la politique du pouvoir de Roch.

 

S’il y a une victoire que Paul Kaba Thieba a engrangé dans son bras de fer avec les syndicats, c’est bien celui de l’opinion à travers une communication adaptée. Le gouvernement et le parti au pouvoir sont parvenus à braquer l’opinion contre les travailleurs du public et surtout contre toutes les revendications syndicales. Le pouvoir a même mis à profit ses OSC, les autorités coutumières, religieuses et des personnes ressources. À la grève des travailleurs de l’action sociale, des groupes de femmes avaient envahi le ministère afin d’apporter leur soutien à la ministre de la promotion de la femme et de l’action sociale. À Pouytenga, les agents du syndicat de la santé (Syntsha) ont été valsés suite à leur mouvement de grève, qui a conduit au départ du Médecin chef de district(MCD) pour malversation. Le Haut-commissaire, les maires et les autorités coutumières et religieuses ont été mis à contribution pour casser le mouvement des agents de santé qui se sont opposés à ce qu’ils qualifient d’affectation arbitraire, dont le seul crime est d’être syndiqué. L’air du temps est à une liquidation des mouvements syndicaux par les actions du gouvernement qui n’a pas renoncé à ses vieilles habitudes. Sous Blaise Compaoré lorsque le gouvernement était aux abois, il faisait recours à la manipulation de l’opinion et à ses soutiens traditionnels, que sont les coutumiers, les religieux et des activistes, des villes et des campagnes. Et cette fois, le coup a réussi ou du moins pour l’instant. Le gouvernement affirme que plus de 50% du budget de l’Etat est destiné aux salaires des agents du public, les agents gâtés de la République insatiables et boulimiques. Pour briser l’élan des revendications, il a proposé la remise à plat des rémunérations dont les discussions sont ouvertes à toutes les couches de la population. Cependant, les forces vives dont il s’agit ne sont pour la plupart que des soutiens politiques du pouvoir.  Le gouvernement a produit un document intitulé « Diagnostic du système de rémunération des agents publics de l’État », dans lequel il présente la situation globale des rémunérations et leurs conséquences sur les actions du développement. D’abord le gouvernement maintient que suivant les critères de convergence de l’UEMOA, le ratio masse salariale/ recette est de 48% pour le Burkina Faso, et supérieure de 13% en comparaison avec les critères admis dans la zone économique. Il estime alors qu’il faut revenir sur ces critères. L’autre point porte sur ce qu’il convient d’appeler les discriminations dans le traitement des agents du public. Tout serait parti des statuts autonomes accordés à des corps comme la police, et les agents des eaux et forêts en 2010. Ces agents se sont retrouvés avec des traitements largement supérieurs aux agents de la même catégorie et régis par la loi 013 devenue la loi 081 en 2015. Ce traitement a ouvert la voie à d’autres revendications de plusieurs corps de la fonction publique. Le gouvernement a été obligé d’accorder quelques avantages à tous les niveaux sans vraiment corriger le déséquilibre. Ainsi, plusieurs textes ont été adoptés sur les traitements salariaux. Des lois, des décrets ou des arrêtés ont été pris à cet effet. Parfois ce sont de simples notes de services. De nombreux fonds communs  ne sont pas régis par des lois, ils fonctionnent donc sans base légale. Des ministres ont fait de simple note pour accorder ces avantages. C’est le cas au ministère des finances avec le tout puissant ministre de l’époque Marie Noel Bembamba.  Dans les faits, il n’existe aucune volonté de redresser des torts ou de réparer des injustices. Les syndicats ont vu le piège où les agents sont présentés comme étant ceux qui se sont accaparés les ressources du pays au détriment de la majorité de la population. Ils ont contre attaqué en exigeant comme condition de leur participation, que les débats soient élargis à toutes les ressources du pays. Pour les agents du public, la transparence est indispensable pour mener des débats francs et utiles. Le pouvoir devrait donc présenter au peuple les ressources de l’Etat et le mode de redistribution. Cette position a mis le pouvoir dans l’embarras qui ne s’y attendait pas. Un grand déballage sur la gestion des ressources peut l’éclabousser, car les grosses dépenses sont souvent dans les missions à grands frais, des prestations à des coûts faramineux à des sociétés ou cabinets derrières lesquels se cachent des personnalités politiques.  Il faut, le savoir, cette entreprise n’ira peut-être pas, loin, mais elle permet au gouvernement de rendre impopulaires les luttes syndicales. Les autorités, acculées par les revendications syndicales ont visiblement engagé une politique de liquidation des syndicats par le dénigrement à travers une campagne médiatique et la répression. Il est important de placer cette politique dans le contexte mondial et global. Le pouvoir fragile de Roch Kaboré à l’image de celui de son prédécesseur dans une moindre mesure est téléguidé par cette « main invisible » des lois de la finance néolibérale. Partout dans le monde, les entreprises et les autorités ont engagé une guerre contre le mouvement syndical. Des leaders syndicaux ont été assassinés ou emprisonnés dans beaucoup de pays. Des pays comme le Burkina Faso ont été contraints d’adopter des lois antisociales. Le droit de grève est même interdit dans certaines entreprises. Le code de travail a été taillé au profit de ces entreprises qui ont tous les pouvoirs et tous les droits. Le marché néolibéral a mis les États au service des intérêts étrangers et sont contraints de pratiquer des politiques d’austérité budgétaire. Les institutions sous-régionales et internationales les obligent à faire des économies sur les dépenses publiques et sociales. Elles exigent de l’Etat de gérer les finances publiques avec une rigoureuse austérité budgétaire, notamment en ce qui concerne les politiques sociales (coût de la sécurité sociale, de l’éducation, de la santé, etc.) et qu’ils privatisent les entreprises et les services publics qui sont susceptibles d’engendrer des profits. En clair, elles exigent de chaque État national qu’il dépense le moins d’argent possible. L’accès des usagers aux avantages que leur prodiguait l’État dans les domaines de la santé, l’éducation, la sécurité sociale, etc. se trouve évidemment limité. La conséquence est que toutes les organisations du secteur public ou parapublic (la justice, les écoles, les hôpitaux, les centres publics d’aide sociale, la police, les entreprises publiques…) doivent gérer une contradiction entre, d’une part, une forte croissance de la demande (due à la hausse des inégalités, du chômage et de l’exclusion sociale) et des ressources financières insuffisantes pour  répondre aux nombreuses sollicitudes. Les problèmes dans la mise en œuvre de ces programmes, à chaque moment sont les organisations des travailleurs, les syndicats et parfois des organisations de la société civile. Pour avoir les mains libres, le marché libéral doit nécessairement s’attaquer aux syndicats et mettre fin à leur influence sur les travailleurs. Ces stratèges à la solde des lois et règles du marché se battent afin que les travailleurs du public comme du privé renoncent aux droits acquis de haute lutte par le mouvement syndical. Ils veulent simplement les soumettre à ses exigences, disposés à accepter des contrats précaires, flexibles, mobiles, créatifs, « licenciables » à souhait.

                                                                                                                                                       ARN

 

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