Renoncement des Présidents Kabila et Nkurunziza: La victoire des luttes citoyennes en RDC et au Burundi

Le président Joseph Kabila de la République démocratique du Congo (RDC) n’est pas candidat à l’élection présidentielle à venir. Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), le parti au pouvoir qu’il dirige s’est trouvé -presque à la sauvette-, un autre candidat pour défendre sa cause lors de la prochaine élection. Mais qu’est-ce qui a bien pu dissuader Kabila à foncer tout droit dans le mur alors qu’il faisait preuve d’un entêtement bovin à s’accrocher au pouvoir! Sauf que ce qui aurait pu être salué par des applaudissements nourris n’est accueilli que par de simples grises mines tant les ambitions dynastiques du fils de Laurent Désiré Kabila étaient insupportables et irritants !
Tout ça pour ça ? Est-on tenté de dire après la décision de Joseph Kabila de ne pas briguer un autre mandat lors de la présidentielle du 23 décembre 2018. Le Président actuel a opéré une volte-face de dernière minute en décidant de ne pas faire acte de candidature. Et c’est Emmanuel Ramazani Shadary qui représentera dans la foulée, la majorité à cette compétition électorale. Cette décision a été prise à la surprise générale des Congolais et de l’opinion internationale tant Kabila fils ne faisait mystère de sa volonté de prolonger son règne à la tête de la RDC. Il faut rappeler que le mandat constitutionnel de Joseph Kabila avait expiré depuis 2016. Les élections qui devaient se tenir depuis lors pour élire son successeur étaient chaque fois repoussées aux calendes grecques. Les retards constatés dans le déclenchement du processus électoral (révision des listes…) illustraient à souhait la volonté de Kabila et de ses hommes de jouer les prolongations tout en peaufinant leurs stratégies de conservation du pouvoir aussi bien dans un contexte hors élection que dans le cadre d’un éventuel scrutin. Pour donner chance à ce projet, le pouvoir n’a cessé d’utiliser la force et la violence pour contraindre les opposants et les activistes des mouvements citoyens à la clandestinité ou à l’exil. L’ancien gouverneur du Katanga Moise Katumbi, dissident du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) et principal opposant de Kabila s’est vu obligé de quitter le pays pour vivre en exil en Afrique du sud. Il a même été empêché de rentrer en vue de déposer sa candidature dans la perspective des élections du 23 décembre. Les activistes de la Lucha et de Filimbi, -deux mouvements sociaux proches du Balai citoyen et de Yen a marre- sont persécutés et certains de leurs militants ont même perdu la vie dans des circonstances plus que suspectes ou qui n’ont pas encore été élucidées. C’est le cas de Luc Nkulula, jeune leader de la Lucha mort le 10 juin 2018 dans l’incendie de sa maison. La justice vient de prononcer un non-lieu dans cette affaire qui a tout d’un crime d’Etat. Certains cadres sont en exil en Belgique tandis que d’autres sont en Afrique du Sud ou dans d’autres pays. De nombreux Congolais doivent leur salut à cette option depuis le coup de filet spectaculaire opéré contre les représentants des mouvements citoyens du Sénégal (Yen a marre) et du Burkina Faso (Balai citoyen) et ceux de la RDC en mars 2015. La police avait interrompu une conférence de presse conjointe organisée par les représentants de ces mouvements le 15 mars 2015 à Kinshasa. Ces derniers avaient été conduits manu-militari dans les locaux de l’agence nationale de renseignement (l’instrument répressif de Kabila) où ils passeront quelques jours de détention avant d’être libérés suite à une forte pression diplomatique et citoyenne tous azimuts.
Face au régime de Kabila, même le clergé en a eu pour sa soutane. Les manifestations initiées par l’Eglise catholique pour protester contre les violations des accords de la Saint sylvestre avaient été violemment réprimées. Kinshasa était resté sourd aux multiples injonctions de la communauté internationale et des instances onusiennes. C’est à croire que l’homme s’était résolu à se mettre tout l’univers (son peuple, la constitution, la communauté internationale…) à dos pour conserver le pouvoir qu’il a hérité dès l’âge de 29 ans juste après l’assassinat de son père intervenu en 2001.
Cet entêtement intriguait au-delà du pays de Patrice Lumumba. Surtout que l’histoire avait déjà donné de quoi instruire les adeptes du tripatouillage des constitutions. Le Président Mamadou Tandja du Niger n’avait-il pas appris à ses dépens ? Ce dernier qui était obnubilé par un « tazarché » (prolongation) à la tête de son pays avait été renversé par une junte militaire en février 2010. Que dire de Blaise Compaoré du Burkina Faso qui avait été contraint de quitter le pouvoir à quelques mois de la fin de son quatrième mandat suite à une insurrection populaire les 30 et 31 octobre 2014. Au regard de toute cette jurisprudence politique foisonnante où les tripatouilleurs ont essuyé des échecs historiques, on était curieux de savoir ce qui pouvait bien motiver autant un président relativement averti à s’embarquer dans un tel projet aux relents suicidaires. L’argent ? Les honneurs et les lambris du pouvoir ? La hantise des tribunaux après le pouvoir ? On le saura peut-être un jour mais en attendant, Kabila a opté de faire profil bas au moment où on s’y attendait le moins.
Du reste, il n’est pas le seul à s’être fait hara kiri. Son voisin, le Burundais Pierre Nkurunziza qui s’était lui aussi lancé dans une voie sans issue s’est vu obligé de lâcher prise en déclarant qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections présidentielles de 2020. Pourtant, il avait bataillé ferme pour faire adopter la constitution taillée sur mesure le 17 mai 2018. Cette nouvelle constitution qu’il venait de promulguer lui offrait la possibilité de briguer deux nouveaux mandats de sept ans chacun. C’est-à-dire de rester au pouvoir jusqu’en 2034. Là aussi, la bataille fut très rude car une frange considérable du peuple burundais s’était levée pour barrer la route à ce projet qui est aux antipodes de la démocratie. Le pouvoir y a également usé de répression et de violence contre les opposants à la modification de l’article relatif aux mandats présidentiels quand bien même le passage en force du président et de son clan semblait irréversible. Mais à la surprise générale, le président qui avait réussi à mettre à rude épreuve l’autorité et la clairvoyance de la Commission de l’Union africaine a renoncé à briguer un autre mandat.
C’est à croire que les deux voisins ont subitement été gagnés par une inspiration vertueuse qui leur a commandé de faire amende honorable. Sous réserve de leur comportement et de leur attitude pendant le reste de leur magistère et sans présumer de ce qui a pu déterminer leurs décisions respectives, il y a que ces renoncements sont à mettre aussi à l’actif des luttes citoyennes qui ont été engagées dans ces deux pays. Ces deux peuples viennent d’engranger ainsi une grande victoire dans leur lutte pour le respect de la constitution.
A l’image du peuple Burkinabè qui a compris quatre ans plutôt que seule la lutte libère, les Congolais et les Burundais ont pris courageusement leur destin en main pour défendre la démocratie dans leur pays. Les énormes sacrifices consentis de part et d’autre n’ont pas été vains. Il reste donc à maintenir la veille pour obtenir –à bonne date- des élections libres, transparentes et crédibles en vue de restaurer la paix et la prospérité dans ces deux contrées. Et ceux qui veulent peuvent toujours y prendre de la graine !
Touwendinda Zongo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
27 + 16 =