Sécurité: Quand Simon Compaoré inspire Benalla

Alexandre Benalla , ce proche collaborateur d’Emmanuel Macron est depuis un mois sous les feux des projecteurs après la diffusion de deux vidéos où il frappe des manifestants du 1er mai 2018. Il portait à l’occasion des signes (casque, brassard, radio) l’identifiant comme un policier. Ce qu’il n’est pas. Un cas similaire à l’affaire de Simon Compaoré, tenant un gilet et une Kalachnikov. Si le ministre Compaoré s’en est bien tiré, son collègue Benalla n’a pas eu cette chance. Depuis cette affaire, l’Elysée est dans la tourmente.
Le 1er mai 2018, une petite centaine de personnes se trouve à la Place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement de Paris, en marge des manifestations. Ce qui poussent les CRS sur place à intervenir. C’est en ce moment aussi que surgit Alexandre Benalla, casque policier visé sur la tête et muni d’un brassard de policier s’en prend violemment à une femme qu’il tente à deux reprises de mettre à terre, avant de l’immobiliser. On voit par la suite Alexandre Benalla qui prête main-forte à un CRS qui tente de maîtriser un manifestant. Alexandre Benalla s’approche de l’homme déjà immobilisé, le saisit, à un moment par le cou, avant de le frapper à plusieurs reprises et de le mettre violemment au sol. Cette séquence a été filmée puis diffusée par Le Monde sur son site mercredi 18 juillet, qui a identifié le collaborateur d’Emmanuel Macron. Les films des vidéosurveillances ont été récupérées plus tard des mains de la police par Alexandre Benalla. Mais une taupe, au sein de l’Elysée, balance les images au journal Le Monde. La diffusion des images entraine la descente aux enfers de Benalla, mais aussi de Macron et son gouvernement. L’affaire prend une envergure nationale. L’Elysée tente d’éteindre rapidement le feu. Mais l’exercice est corsé. Selon l’Elysée, Alexandre Benalla accompagnait les CRS à des fins d’observation « pour voir comment se gérait une grande manifestation ». « ll m’en a demandé l’autorisation, je la lui ai donnée, mais en précisant bien qu’il y allait en observateur », a expliqué Patrick Strzoda, directeur de cabinet du Président.
La réaction de l’Elysée
Une commission d’enquête parlementaire tente d’éclaircir son rôle, les raisons de sa présence et la réaction du sommet de l’Etat. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a indiqué que son collaborateur a été immédiatement entendu dès le lendemain de la manifestation devant la une commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Gérard Coolomb a indiqué devant la commission des lois de l’Assemblée Nationale, qu’il estimait que c’était au préfet de police et au cabinet d’Emmanuel Macron d’agir une fois la vidéo connue. Le porte-parole de l’Elysée Bruno Roger-Petit a annoncé qu’à l’identification d’Alexandre Benalla sur les images du 1er mai, ce dernier avait été sanctionné par une mise à pied de 15 jours sans salaire et rétrogradé à des fonctions d’organisation interne à l’Elysée. L’affaire Benalla bouscule jusque dans les rangs des syndicats de policiers. Depuis les révélations, ces derniers ont dénoncé « la confusion des rôles, l’ambiguïté des fonctions » de l’ex-collaborateur du chef de l’Etat et décrit les « relations exécrables » qu’il pouvait entretenir avec les forces de l’ordre. Auditionné mardi dernier, le président du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), Olivier Boisteaux, a déploré devant les sénateurs qui l’auditionnaient une atteinte à l’institution de la police. « La confusion des rôles, des missions, l’ambiguïté des fonctions de M. Benalla, nous posent de graves problèmes, notamment sur la lisibilité des instructions qu’il pouvait donner à nos collègues » a-t-il indiqué. Et de demander s’il y a une volonté de défiance de la présidence de la République à l’égard des gens qui sont chargés de la sécurité du président de la République. Le syndicat Vigi CGT de la Police a, par ailleurs, porté plainte pour « usurpation de fonction et usurpation de signe réservé à l’autorité publique », Emmanuel Macron a fait savoir dimanche qu’il jugeait “inacceptables” les violences reprochées à son collaborateur et assuré qu’il n’y aurait pas d’impunité. Placé en garde à vue dès les premiers moments, Alexandre Benalla a été mis en examen pour violences en réunion, immixtion dans l’exercice d’une fonction publique, port sans droit d’insignes réglementés et recel de détournement d’images, ainsi que pour recel de violation du secret professionnel. Vincent Crase, un gendarme réserviste qui l’accompagnait le 1er mai, a aussi été mis en examen pour violences en réunion, immixtion dans l’exercice d’une fonction publique et port d’arme prohibé. Trois autres policiers ont été mis en examen pour détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection et violation du secret professionnel. Les cinq ont été placés sous contrôle judiciaire.
Autres cieux, autres mœurs
On se souvient que l’ex-ministre de la sécurité Simon Compaoré s’était lui aussi substitué à la police et à la gendarmerie pour assurer la sécurité des députés frondeurs de l’UPC, menacés par des militants de leur parti. Kalachnikov en bandoulière, gilet bien visible, Simon Compaoré avait proféré des menaces, et lancé des avertissements aux militants de l’UPC. Il avait mis en garde, Zéphirin Diabré, par des menaces non dissimulées. Le chef de file de l’opposition avait porté plainte à la gendarmerie. Mais cette plainte n’a pas connu de suite. Pire Zéphirin Diabré a été convoqué par les pandores, pour lui demander s’il maintenait sa plainte. Malgré tout, la plainte n’a pas eu de suite. Alors que du côté des Français, ce sont les policiers qui sont montés au créneau pour dénoncer l’Elysée et interpelé le président Macron. Contrairement aux élus de l’Hexagone, l’Assemblée Nationale ne s’est pas prononcée sur cette affaire pourtant grave. La présidence, le gouvernement ont banalisé cette affaire, et ont apporté leur soutien à Simon Compaoré. Son comportement n’a même pas été critiqué par un officiel. La police, la gendarmerie et la justice très promptes à interpeller des activistes des réseaux sociaux n’ont pas trouvé nécessaires d’ouvrir une enquête. Le ministre Simon Compaoré a continué à narguer toutes les personnes qui se sont indignées de son comportement.
ARN

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