Sibry Y Traoré: Le DG devenu mendiant

Sibiry Y. Traoré est inspecteur des Eaux et Forêts. Il a été nommé directeur général de l’Office national des aires protégées. Poste qu’il a occupé jusqu’en décembre 2014 où commencera sa descente aux enfers ! Nous l’avons rencontré le jeudi 28 décembre 2017 à Ouagadougou. 

Un  beau soleil colore la capitale burkinabè avec ses traditionnelles  nuisances sonores de véhicules et vélomoteurs.  Les feux tricolores de la station Total du Centre-ville, en face de la SONAPOST, non loin du Rond-point des Nations unies  sont au rouge. La longue file d’usagers marque l’arrêt obligatoire. Juste  un coup d’œil vers la station et notre regard croise celui d’un vieil homme. Paré de sa tenue militaire, celle des eaux et forêts avec ses médailles, qui symbolisent son amour pour le travail bien fait,  le visage grave, cet homme tremblotant et émacié  tient la boite du désespoir. Il se tient en ces lieux dans l’espoir que son sort attendrisse les cœurs des nombreux usagers de cette artère de la capitale. Certains passants le lui rendent bien en jetant dans sa boite quelques pièces d’argent. Cet homme, Sibiry Y. Traoré, n’est pas un mendiant comme les autres. C’est un cadre supérieur de l’administration burkinabè  réduit à la mendicité du fait  de l’administration. Il s’agit de l’ancien Directeur général de l’Office national des aires protégées, Sibiry Y. Traoré qui a été obligé d’élire domicile dans la rue du fait de la misère à lui réserver par « son administration ».  Mais comment un DG dans une République peut-il être réduit à la mendicité ? Les origines de  ses déboires avec le ministère de l’Environnement remontent en 2014,  où en   mission à Paris, le DG Sibiry Traoré fut frappé par un malaise cardiaque. Par les soins de l’Ambassade du Burkina Faso en France, les autorités burkinabè ont vite été informées. Admis à l’hôpital, il a attendu plus d’un mois avant d’être pris en charge. « J’ai été une fois en mission à Paris. J’étais DG dans mon ministère (ndlr de l’environnement). Au cours de la mission, j’ai eu un malaise cardiaque. Pour me prendre en charge, c’a été vraiment un problème là-bas. D’urgence en urgence, bien que le ministère ait été informé en quelques heures par l’Ambassade, on ne m’a pris en charge qu’au bout de quarante (40) jours. Il y a eu des complications et en fin de compte, on m’a pris en charge par engagement. Mais ils n’ont rien payé », explique l’ancien DG des de l’Office national des Aires protégées, Sibiry Y. Traoré. L’engagement, poursuit-il, était pour cinq mois mais même après l’épuisement du délai, les patrons du ministère de l’Environnement de l’époque n’ont rien payé. Une fois de retour au pays, il est entré en pourparlers avec les autorités qui l’ont fait tourner  en rond.  En désespoir de cause, « j’ai pris des défenses d’ivoires au niveau de mon administration qui est l’Office national des aires protégées, un EPE (ndlr Etablissement public de l’Etat), donc les défenses nous appartiennent. J’ai vendu ça et je suis parti donner une avance parce que le gars qui avait payé (ndlr, nos soins) avait hypothéqué sa maison. Je suis allé verser ça, comme avance à la banque. Et j’ai pris le reçu de la banque, je suis venu rendre compte au Secrétaire général (ndlr du ministère de l’Environnement de l’époque), il a trouvé que je me suis enrichi illicitement. On a discuté. On ne s’est pas entendu. Il m’a suspendu », glose Sibiry Traoré. Depuis sa suspension le 2 décembre 2014, l’ex-DG des Aires protégées végète dans une misère noire puisqu’il a vu son salaire coupé. Et ce, jusqu’aujourd’hui. Trois ans sans salaire, l’inspecteur des Eaux et forêts, Sibiri Traoré, est aujourd’hui dans les rues en train de quémander. L’infraction d’enrichissement illicite  dont l’accuse le secrétaire général du ministère de l’environnement d’alors, Urbain Belemsebgo, a été porté devant la justice judiciaire depuis 2014. Mais, c’est le statu quo. « J’ai passé par tous les moyens, y compris la justice. J’ai voulu que le jugement ait lieu parce que je ne suis pas d’accord avec ce qu’il me reproche », dit-il.   « Comme le seul choix qu’il me laisse, c’est mendier, je vais venir mendier, si c’est bon comme ça, c’est à eux d’apprécier et à la population et aux autres fonctionnaires de ce pays-là, d’apprécier », lance l’ex-DG  des aires protégées devenu mendiant.

                                                                                                                                Idriss K. Ouédraogo

                                                                                                                                                     Stagiaire  

     Encadré : Faites  parler vos cœurs !

Le Dg Sibiry Traoré a été contraint par son administration de grossir les rangs des mendiants de la capitale burkinabè. Suspendu depuis le 2 décembre 2014 pour enrichissement illicite non encore établi par le juge, il n’a plus perçu le moindre salaire. Et ce, en violation des règles administratives en la matière. Pourtant l’article 167 du statut général de la fonction publique est formel : « Le  fonctionnaire  suspendu  pour  poursuites  judiciaires continue  de percevoir la moitié de son traitement et la totalité des suppléments pour charges familiales. Toutefois, en cas de poursuites judiciaires pour détournement de deniers publics,  le  fonctionnaire  suspendu  ne  perçoit  que  les  suppléments  pour charges familiale ». Le vieux Traoré, qui doit être admis à la retraite ce mois de janvier 2018, ploie sous le coup de la misère. C’est pourquoi il a pris sur lui la décision de mendier. Même si l’administration a décidé de bafouer tous ses droits, à vous qui passez au centre-ville, faites parler vos cœur !

                                                                                                                                                           I.K.O

 

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