Situation de la nation: La rupture n’a pas encore eu lieu !

Le premier ministre Paul Kaba Thiéba a sacrifié au rituel en livrant devant la représentation nationale son discours sur la situation de la nation le 12 avril 2018. L’exercice était visiblement laborieux pour le chef du gouvernement qui s’était donné pour mission de convaincre ses compatriotes que le pays avance sous les auspices de son gouvernement. N’en déplaise aux sceptiques et à ceux qu’il a qualifiés de « charlatans » ! De son diagnostic, on retiendra que « le Burkina Faso est en marche » avec un taux de croissance de l’économie nationale de 6,7% enregistré en 2017 et à la clé des perspectives d’amplification de ce taux annoncées au cour des deux prochaines années. Le chef du gouvernement n’a pas été avare en chiffres. Comme s’il entendait confesser la bonne foi de son gouvernement, il ne manquait pas d’invoquer les chiffres pour illustrer le niveau d’efforts consentis depuis que le président Roch Kaboré et le MPP sont aux affaires.

Des efforts qui cachent mal l’absence de lisibilité et de vision qui caractérisent la gouvernance actuelle du préside Kaboré dans bien de domaines. Mais ce qui est déplorable jusque-là est que le gouvernement post insurrectionnel soit resté inerte et amorphe en matière de lutte contre la corruption et de promotion de la justice. A ce niveau, le malaise était lisible pendant le discours car le premier ministre était obligé de rester dans les généralités avec des perspectives sans aucun résultat concret à brandir et à servir à l’opinion.

En effet, comment comprendre que depuis 3 ans, les auteurs présumés de corruption, de fraudes fiscales et de détournement de deniers publics jouissent toujours de l’impunité après leur dénonciation ou leur brève arrestation? Ces derniers qui n’ont jamais été sérieusement inquiétés  ni par la justice, ni par les organes de contrôle et de répression continuent de narguer le contribuable et les lanceurs d’alerte et ce, en toute impunité. Pourtant, les dénonciations sont légions. Elles émanent de toute part : des structures de contrôle telles l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat  de lutte contre la corruption(ASCE-LC), de la presse nationale en passant par les réseaux de lutte anti-corruption etc.

Quid de la justice ? Aucun dossier dit emblématique n’a encore connu son épilogue au niveau de la justice depuis l’avènement du MPP au pouvoir. Les affaires Thomas Sankara, Norbert Zongo, Dabo Boukari végètent toujours dans les tiroirs des tribunaux civil et militaire dans l’attente d’hypothétiques procès alors que la dynamique avait été enclenchée depuis la Transition. Le procès du dossier du putsch de septembre 2015 vient d’être entamé à peine et il fait face à des manœuvres de diverses natures. Et cela donne le sentiment que rien de sérieux ne sortira de cette justice qui prend souvent l’allure d’un jeu de cirque.

S’il est vrai que comme le dit l’adage, l’homme ne vit pas que de pain, il est aussi vrai qu’un pays ne saurait prospérer ou émerger en reléguant les questions de justice et de bonne gouvernance en arrière-plan. En effet, il est louable de réaliser des infrastructures, de veiller à la disponibilité et à l’accessibilité des services sociaux dans un pays mais il est encore souhaitable d’accorder de l’importance aux valeurs et principes qui consolident la démocratie et les fondements de la république car ces instruments constituent le socle sur lesquels se reposent la cohésion nationale et le vivre ensemble. Alors que malheureusement, de nombreux burkinabè commencent à se convaincre qu’il y a deux poids deux mesures avec d’un côté les intouchables quel que soit leur forfait ou leur crime et de l’autre côté, les laissés pour compte à qui on n’hésite pas à coller des peines et autres sanctions lourdes même pour la moindre peccadille.

Et c’est illusoire de penser qu’un tel pays peut « marcher » sereinement  vers le progrès et l’émergence. Certes, le gouvernement aura bon dos de se cacher derrière le principe de la séparation de pouvoirs et de l’indépendance de la justice pour minimiser sa responsabilité face à la léthargie inexplicable de la justice. Mais à quoi bon rester indiffèrent face à une entité (le pouvoir judiciaire) qui se met volontairement à la traine quand on sait que la qualité de la gouvernance du pays sera évaluée sous le prisme de l’action des trois pouvoirs constitués que sont l’exécutif, le parlement et le judiciaire! En tout cas jusque-là, les burkinabè cherchent vainement les indices de rupture d’avec le système et le régime déchu. Et cette absence de rupture accroit le sentiment de la frustration et de la duperie. Il est temps de se ressaisir pour faire renaitre enfin l’espoir, le vrai chez le peuple.

Mutations

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