Sortie du MPP sur les fonds communs: Les motivations réelles du pouvoir

L’actualité, ce mois d’avril 2018 est sans doute l’affaire des fonds communs- le fameux «FC»-, revenu sur la table avec les grèves des agents du MINEFID. Une bonne partie de l’opinion et des médias s’est braquée sur les agents et plus particulièrement sur l’ensemble des syndicats. La coïncidence de certains évènements laisse penser que son intervention à l’Assemblée nationale a été savamment orchestrée.  Son intervention ne devrait pas porter sur les fonds communs mais plutôt des reformes proposées par ses services. Pourtant, les reformes ont été éclipsées au profit des fonds communs.

La somme de 55 milliards révélée par la ministre des finances à l’Assemblée Nationale a choqué une population qui ploie sous le poids de la misère. Cette révélation venait à la suite des salaires faramineux accordés aux magistrats que l’opinion n’a pas encore digérés. La ministre des finances et le MPP étaient donc conscients du choc qu’une telle annonce peut provoquer au sein de l’opinion. Mais, on ne s’est jamais posé la question de savoir pourquoi, c’est maintenant que la question du fonds commun refait surface. Le gouvernement avait pourtant signé le protocole d’accord avec les organisations syndicales dans l’opacité, le secret. Les investigations pour obtenir ce protocole ont été vaines aussi bien au niveau des circuits étatiques que de ceux des partenaires sociaux, bien que ce soit un droit élémentaire du citoyen. L’opinion avait dénoncé cet enfant que les deux parties ont fait sur le dos du peuple. C’est pourquoi, une partie de l’opinion a été choquée par cette révélation de la ministre de l’économie et des finances. Cependant elle s’est gardée de donner les détails sur la répartition des 55 milliards, bien qu’elle se soit appesantie sur la part qui revient aux agents. Pourtant, des ministres, des directeurs, des députés et des agents et cadres détachés ont été gratifiés de sommes colossales dans ces fonds communs. Il revient que les grands bénéficiaires ne sont pas les militants syndicaux, mais des grands commis du ministère et des structures rattachées. Mieux, le même ministère a créé de nouveaux profils de bénéficiaires, entrainant une augmentation de la cagnotte. Au fonds communs, certains ont été arrosés de primes de rendement. Ces primes de rendement ont été dénoncées par certains agents qui exigent –en vain jusque là-les critères de répartition et les textes y relatifs. On comprend alors les raisons qui ont amené la ministre et son secrétaire général à la retenue. Ils ne sont pas allés loin dans leur quête de transparence ; pourtant ils ont été interpellés sur le sujet à plusieurs occasions. En réalité, les autorités à tous les niveaux ne voudraient pas voir ce pactole leur échapper. La ministre sait que les résistances sont plus fortes au niveau de ses plus proches collaborateurs. Le problème de fond est donc ailleurs que le montant du fonds commun. Alors il y a lieu de creuser sur les motivations réelles, puisque la plateforme revendicative des agents ne portait pas sur les fonds communs.  Dès lors, il est normal surtout de se demander si la ministre de l’économie et des finances Rosine Coulibaly n’a pas cherché à tromper le peuple sur ses projets réels ou du moins sur ceux du gouvernement et du MPP. La coïncidence de certains évènements laisse penser que son intervention à l’Assemblée nationale a été savamment orchestrée.  Son intervention ne devrait pas porter sur les fonds communs mais plutôt des reformes proposées par ses services. Pourtant, les reformes ont été éclipsées au profit des fonds communs. Il ne faut pas être dupe, car cette sortie n’est pas anodine et elle cache bien un projet qui va au-delà des fonds communs.

Une pression fiscale et des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises

Il faut remarquer qu’il y a bien longtemps que le gouvernement a engagé une politique d’austérité, comme ses pairs de la sous-région sous le diktat des institutions communautaires, comme l’UEMOA, la CEDEAO, et les institutions financières internationales, et les partenaires du Burkina Faso mettent la pression sur les autorités pour la mise en route des reformes. Presque tous les pays de la sous-région sont soumis à cette politique. Cette politique d’austérité préconise une pression fiscale forte sur les contribuables et les petites et moyennes entreprises et des cadeaux fiscaux au profit des grandes entreprises internationales sous prétexte d’attirer les investisseurs. On a vu que le coût des prestations publiques ont augmenté, les taxes ont été multipliées. Des députés ont interpellé le premier ministre sur la situation des entreprises de l’Ouest qui ferment les unes après les autres.  Paul Kaba Thiéba a simplement botté en touche, en affirmant que l’UEMOA, l’OMC s’oppose à tout protectionnisme, alors que des grandes puissances reviennent à des actions de protectionnisme pour sauver leurs entreprises. C’est un aveu impuissant, face à une situation très grave. Depuis l’arrivée de Thieba, même les prestations au niveau des banques ont augmenté. Le seul obstacle à ces reformes anti sociales et parfois anti nationales a toujours été les syndicats. Pour y arriver, il n’y a qu’une seule manière: passer en force. La démarche du pouvoir a un double objectif. Il s’agit d’abord d’affaiblir les syndicats et de faire passer des reformes très impopulaires et qui rencontrent une forte opposition des syndicats. Ces reformes contenues dans la plateforme des six syndicats du MINEFID ne sont rien d’autre qu’une liquidation du service public et un processus de privatisation. Le gouvernement a décidé de transformer la direction générale des impôts et la douane en office avec un caractère semi-privé, en EPE. Désormais, elle fera ses propres recrutements, génèrera ses ressources propres et prendra en charge les dépenses des activités tout en gérant les carrières des agents. La ministre et son équipe technique auraient mené ces reformes de façon unilatérale. Ce que les agents ont dénoncé. Ils  réclament des reformes consensuelles prenant en compte les avis de toutes les parties concernées. Sur la réforme spécifique à la douane et aux impôts, les syndicats se sont opposés catégoriquement au projet du gouvernement qu’ils trouvent dangereux pour le pays car elle touche même à la souveraineté de l’Etat. On ouvre la voie à une forte corruption et un détournement des ressources donc une baisse des performances. L’Etat disposant de toutes les ressources nécessaires, des structures de veille et de lutte contre la corruption, de la force publique est le plus outillé pour la mobilisation des ressources. Les raisons avancées pour la privatisation de la Douane et la DGI ne convainquent pas les syndicats, d’autant que la Cotecna et la CCVA sont loin d’être des expériences réussies. L’autre inquiétude se trouve sur la charge supplémentaire que devrait supporter le contribuable. Une structure privée ou semi-privée ne dispose de ces ressources et va répercuter le coût des prestations sur le contribuable. L’autre point d’achoppement est l’installation des guichets de banque dans les services des impôts. Le guichet banque devrait recevoir tous les paiements en espèces, alors que des agents ont été formés pour le même poste. Depuis 2016, les paiements par chèque se font à la banque et leur rapporte 11 milliards de fcfa par mois. Les guichet banque devraient profiter davantage aux banquiers et augmenter de facto, la charge du contribuable. Au niveau du gouvernement, on susurre que cela évitera la déperdition des recettes liées à certaines opérations illicites, les syndicats estiment quant à eux qu’il s’agit ni plus ni moins que d’une distribution de l’argent aux banques. En ce qui concerne la société de certification des importations au niveau de la douane, Cotecna aurait montré ses limites non seulement dans la lutte contre la fraude mais aussi sur son efficacité. Une directive de l’UEMOA a donc demandé la résiliation du contrat, il y a deux ans. Le gouvernement a toujours repoussé les échéances. Il revient que Cotecna est un conglomérat d’intérêts importants des hommes d’affaires et politiques dans ce pays. Il faut dire que la ministre des finances et le MPP ont réussi leur coup qui visait à rendre impopulaire les journées de grèves des syndicats. Le gouvernement et le MPP ont cherché à discréditer les agents du MINEFID et à travers eux les syndicats. Il faut le dire tout net, le montant du fonds commun ne pose pas véritablement de problèmes au MPP. Le pouvoir ne veut plus de luttes syndicales et il a développé des stratégies pour discréditer ces syndicats aux yeux de l’opinion et les réprimer. Pour le moment, le gouvernement a réussi, et il a avec lui l’opinion, les médias et surtout les organisations de la société civile proches du pouvoir.

                                                                                                                  Abdoul Razac Napon

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