Tueries de Yirgou : des Kogl-Weogo poursuivis pour génocide

Si le Gouvernement et les organisations de la société civile ne s’accordent par sur le bilan de la tuerie de Yirgou, une chose au moins est sure, plusieurs centaines de personnes ont fuit le village après que leurs habitations ont été détruites aux flammes par leurs agresseurs

Neuf (9) mois après le drame de Yirgou, les parents des victimes commencent à sentir les choses bouger. Ces derniers mois (juillet et aout), les premières interpellations sont enfin intervenues. Les personnes interpellées, tous membres des groupes d’auto-défense, Kogl-Weogo, ont été inculpées pour des crimes graves de génocide, d’assassinats, de destructions volontaires aggravées de biens, etc. et déposées à la Maison d’arrêt et de correction de Kaya. Qu’est-ce qui s’est passé pour les premières interpellations prennent autant de temps ? Eléments de réponses.

C’est l’assassinat du chef du village de Yirgou dans la nuit du 31 décembre 2018 au 1er janvier 2019 qui a mis le feu au poudre. Les populations et des membres des Kogl-Weogo, ayant découvert le corps sans vie de leur leader se sont mis dans un premier temps à la poursuite des assaillants. Ne les ayant pas rattrapés, des membres des groupes d’auto-défense se sont retournés contre la communauté peulh des villages de Yirgou, Foubé, Guendbila, Bigué et de plusieurs autres localités et hameaux de cultures. Des assassinats, incendies et saccages des biens des membres de la communauté peulh dont certains membres sont soupçonnés à tort ou à raison de pactiser avec les terroristes. Les familles des victimes indexent des éléments des groupes d’auto-défense Kogl-weogo d’avoir semé la mort et la violence au sein d’une population multiculturelle qui a toujours su vivre ensemble. Bien avant la polémique sur sur le bilan exact de ses tueries, le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Kaya, Abdoul Kader Nagalo, a ouvert une enquête.

Le procureur a été diligent

Conformément aux dispositions du Code de procédure pénale, à l’annonce de la mort du Chef de Yirgou, le Procureur du Faso près le Tribunal de grande de Kaya a instruit les Officiers de police judiciaire (OPJ) de se rendre sur le terrain pour faire les constations d’usage et ouvrir une enquête. Chemin faisant ou y étant, les OPJ ont appris que la poursuite des assassins du chef s’est transformée en une expédition punitive contre la communauté peulh de plusieurs localités environnantes. Pour parvenir au village de Yirgou, les officiers de police judiciaire ont dû passer par des voies détournées car les événements de Yirgou intervenaient seulement quelques jours après les triste événements de Toeni (une attaque terroriste) où des gendarmes avaient trouvé la mort dans une embuscade. Contrairement à ce qui a été jusque-là dit, le ministère public a dès le début fait les diligences pour voir poindre la vérité dans l’assassinat du chef de Yirgou mais aussi des tueries contre les Peulhs. Pour le dossier Yirgou, la particularité, c’est que les victimes connaissent ou disent connaitre leurs bourreaux pour avoir vécu ensemble depuis des lustres. L’audition des parents des victimes a permis d’identifier près de 180 personnes citées comme faisant partie des assassins. Malgré tout, les victimes ont attendu longtemps avant de voir l’arrestation de certaines personnes mises en cause.

Quelle est la main invisible qui a voulu bloquer les arrestations

Le Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Kaya, Abdoul Kader Nagalo, a entre les mains une des affaires les plus emblématiques de la justice burkinabè

Le traitement du dossier a révélé les faiblesses de l’institution judiciaire. Cette affaire enseigne que la seule volonté des acteurs judiciaires ne suffit pas. Il faut que cette volonté des acteurs judiciaires soit soutenue ou facilitée par le politique dans certaines circonstances ou dans certaines affaires. La preuve, explique un acteur, dans le cadre de l’Affaire Yirgou, quelques temps après la commission des infractions, les autorités judiciaires ont été alertées de ce que des membres Kolg-weogo tenaient une réunion à laquelle avait pris part des suspects. Le ministère public a donné ordre aux OPJ d’encercler les lieux et de procéder à des interpellations. Il a fait venir un renfort et un car pour le transport des éventuels prévenus. Selon notre source« Au bout du compte, les gendarmes qui étaient sur le terrain ont appelé le ministère public pour dire qu’ils n’ont pas pu faire les arrestations demandées. Tout porte à croire que ces Officiers de police judiciaire qui travaillent sous la coupe du procureur ont reçu un ordre contraire venus d’ailleurs. Quelqu’un situé hors du giron judiciaire n’a pas voulu de ses interpellations », poursuit notre interlocuteur. Et ce problème demeurera tant que la police judiciaire continuera d’avoir une double hiérarchie. En réalité les éléments de la police et de la gendarmerie nationales qui ont qualité de police judiciaire répondent à la fois du procureur du Faso mais aussi de la direction générale de la police pour les premiers et de l’état-major général des armées pour les seconds. Craignant risquer leur carrière, lorsqu’il y a des ordres, des OPJ préfèrent se plier aux injonctions de la hiérarchie de leur corps que de la hiérarchie judiciaire. Conséquence, dans certains cas, l’action publique est fortement comprise dans les affaires délicates.

Dans le dossier Yirgou, malgré les gros efforts du parquet, le politique n’a pas montré sa volonté de voir triompher la vérité dans ces crimes de masse. Déjà quelques jours après les tueries, le président du Faso a fait un déplacement dans la zone pour rassurer les uns et les autres. Mais pour la circonstance, il a préféré débuter sa visite auprès des personnes présentées par les victimes comme les bourreaux. Il a même demandé pardon aux Kogl-weogo qui avaient sonné le rassemblement au domicile du défunt chef de Yirgou et s’y étaient rendus avec leurs armes. Pourtant, certains s’attendaient à voir le Chef de l’Etat commencer sa visite chez la communauté peulh lourdement endeuillées et par des personnes identifiables. Selon certaines informations, la démarche du Chef de l’Etat a ragaillardi les membres des groupes d’auto-défense dont certains éléments incontrôlés ont continué leur basses besognes en menaçant, en enlevant certaines personnes des camps de déplacés qu’ils torturaient, avait dénoncé le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) lors de sa conférence de presse du 4 février 2019. Dans le cadre de ce dossier, la détermination des autorités judiciaires a permis à ce jour de mettre le grappin sur près d’une dizaine de personnes dont des chefs Kogl-weogo de la zone concernée. Ces personnes ont été inculpées pour des crimes de génocide, assassinats, de destructions volontaires aggravée de biens, violences et voies de fait (…)avant d’être placées en détention préventive.

Bimensuel Mutations N°181 du 15 au 30 septembre 2019

Idriss K. Ouédraogo

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