Vulnérabilité des forces armées burkinabè: La faute à une hiérarchie militaire désuète et inopérante

En quatre ans, les Forces de défense et de sécurité burkinabè ont payé énormément de leur vie dans la lutte contre le terrorisme mais les autorités militaires peinent encore à trouver la stratégie et la tactique militaires appropriées.

Après Koutougou, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) a mené des assauts contres des positions militaires à Tinakoff dans l’Oudalan et à Tongomayel à quelques kilomètres de Djibo. La multiplication des attaques intervient après six mois d’accalmie et coïncide avec les nouvelles sur la mort de son leader Iyad Ag Ghali. Pendant longtemps, il avait laissé les initiatives au groupe Etat islamique dans le Sahel et à des petits groupes locaux isolés qui menaient des massacres des civiles dans les régions du Centre-Nord et du Nord.

L’indignation et la colère sont toujours vives au niveau des soldats et de la population. Trop de questions et peu de réponses. Toujours le même procédé utilisé par les terroristes et toujours sans ripostes appropriées, alors que les problèmes et les solutions sont connus. La prise du détachement de Koutougou dans le Soum, avec plus d’une vingtaine de victimes, du matériel militaire emporté et la destruction du camp est sans doute le camouflet le plus important infligé au pays, après celui de l’Etat-Major Général des armées en mars 2018. C’est la première fois qu’ils ont réussi à emporter du matériel militaire d’un un camp avancé. Ce qui a suscité une vive émotion au sein de la population et au niveau de l’armée. Les Burkinabé dans leur majorité ont été touchés dans leur orgueil, au-delà de l’émotion. Pourtant pour tous les observateurs des opérations terroristes dans la région, des attaques contre les cibles militaires sur le sol burkinabé étaient une question de temps. La coalition des groupes terroristes dans la bande sahélienne a mené des attaques contre des bases militaires au Niger, au Tchad et au Nigeria, quelques mois avant. En Mars, la branche de l’Etat islamique au Nigeria a tué 23 militaires et mené plusieurs autres contre des postes de gendarmerie. Le même groupe a mené des assauts contre des camps militaires au Nigeria où, il a tué des dizaines de soldats et détruit un camp militaire. C’est encore la branche de ce groupe basé au Niger qui a tendu une embuscade à un convoi de l’armée nigérienne et a fait 33 victimes. Le groupe d’Etat islamique au Sahel a encore prêté main forte à Aqmi pour attaquer un détachement militaire nigérien à la frontière du Mali. Toujours au Mali, des bases des forces de l’Onu ont été également attaquées dans la même période, et c’est le même mode opératoire partout où ils sont passés. Le Burkina Faso devrait donc savoir que l’accalmie observée pendant les six mois n’était que stratégique. Les groupes terroristes ne mènent plus de grandes opérations séparément, malgré les divisions qui existent en leur sein. Les chefs terroristes dans le projet du califat du Sahel travaillent dans une large coalition et mutualisent leurs efforts. Les services secrets occidentaux et mauritaniens avaient mis la main sur ce projet de Abou Bakr Al Bagdhadi, le chef du groupe Etat islamique qui serait réfugié au Sud de la Libye. L’organisation et les stratégies des organisations terroristes est en perpétuelle perfectionnement, or les autorités burkinabé ont pensé à un moment donné, avoir trouvé une solution aux attaques terroristes suite à quelques victoires sur le terrain.

Roch complice de l’oligarchie militaire

Ces attaques ont mis une fois en évidence la vulnérabilité du système de défense des forces armées. Les frères d’armes ont réagi au camp Guillaume pour exprimer leur colère, parce qu’ils ne se sentent pas suffisamment soutenus et dénoncent les mesures prises par le commandement. Le chef d’Etat-major, de l’armée de terre, le colonel Giles Bationo a vu derrière ce mécontentement au sein des soldats des mains manipulatrices. Une fuite en avant pour ne pas répondre aux besoins réels des militaires. Le commandement militaire voit dans chaque revendication des soldats des complots, alors que les problèmes sont visibles à l’œil nu. Mais Giles Bationo sait de quoi il parle, lui qui a toujours été dans les bonnes grâces de Blaise Compaoré et ensuite de Roch. Le délitement de l’armée a été acté avec la corruption et le développement de clans. Le procès du putsch a montré que l’armée avait mal à sa discipline, alors qu’on dit qu’elle est la force de la grande muette. L’insubordination, l’indiscipline, l’arrogance des subalternes tenant la dragée haute à des chefs, à des supérieurs qu’ils traitaient en mineur. Les chefs militaires se sont compromis dans des réseaux et l’enrichissement illicite. Des soldats de rangs étaient craints et mieux renseignés que des officiers supérieurs. La frustration a donc grandit à tous les niveaux. L’armée burkinabé a perdu sa noblesse héritée des régimes précédents. Lorsque Roch est arrivé au pouvoir, des officiers comme des soldats avaient espéré un changement, mais, il a préféré garder les mêmes avec leurs pratiques. Des chefs militaires reconnus pour leur incompétence et empêtrés dans des scandales de corruption ont été même promus. Il faut savoir que rien n’a changé au niveau de la hiérarchie militaire avec le départ de Blaise Compaoré. L’ex président est parti, mais le fonctionnement de l’armée reste intact, avec des chefs militaires affairistes, abonnés aux maisons et véhicules de luxe. Ces chefs militaires sont complètement dépassés et sont organisés en clans pour défendre les intérêts. Malgré, l’incapacité notoire de certains chefs au niveau du commandement, il n’existe aucune sanction. Des chefs auraient été responsables des failles sur des opérations qui ont coûté la vie à des militaires, sans être sanctionnés. Ailleurs, dans les mêmes conditions, les autorités ont pris des sanctions. Le vendredi 29 juin 2018, les terroristes avaient frappé le quartier général du G5 à Sévaré dans le centre du Mali. Le président mauritanien a condamné « des failles inacceptables dans le dispositif ». Le Général malien Didier Dacko, commandant en chef du G5 et son adjoint, le burkinabé Yaya Séré ont été immédiatement relevé de leurs fonctions. Les deux officiers ont été remplacés par des officiers mauritaniens et tchadiens. Roch quant à lui continue de perpétuer une armée d’oligarques faites d’intouchables.                                                                                                                                           

Le GISM et l’Etat islamique au Sahel, les deux groupes qui écument le Sahel

Le mois d’Août 2019 a été le plus difficile pour les forces de défense et de sécurité. Les terroristes ont mené des attaques sur plusieurs régions du pays et ont fait une quarantaine de victimes dans le seul mois d’Août 2019, dont 34 militaires et policiers. Le GISM comme à son habitude a revendiqué toutes les attaques contre les cibles militaires par son organe de communication Al Zaqa, repris par un site algérien. Le GISM avait attaqué en début d’année, le détachement militaire de Nassoumbou dans le Soum et celui de Oursi dans l’Oudalan. Il s’est éclipsé, pour réapparaitre quelques mois plus tard dans le Sourou et à Koutougou où il a tué quatre gendarmes et 24 militaires. Ce retour en force intervient au moment où les autorités du Burkina-Faso affirmaient que l’armée a porté un coup dur aux terroristes avec l’opération à l’Est. Cette coalition d’organisations terroristes vient donc rappeler qu’elle conserve ses capacités, et mieux elle se bonifie. Deux grands groupes terroristes tentent d’occuper le territoire burkinabé. Il y a d’un côté, le GISM, composé de plusieurs organisations criminelles aux intérêts et aux objectifs parfois divergents. Le GSIM crée le 2 mars 2017 est une coalition formée d’éléments d’Al-Qaida au Maghreb islamique dans le Sahel, d’Ansar Eddine, d’Al-Mourabitoun et d’autres groupes, comme celui du prédicateur Amadou Koufa. Ce dernier est bien implanté au centre du Mali et c’est à lui que le mouvement de Malam Dicko a fait allégeance. Les assassinats de masse des civiles a ciblé principalement la région du Centre-Nord et du Nord. Ces assassinats seraient l’œuvre des groupes locaux affiliés à des organisations terroristes en représailles à des conflits entre des communautés. Au contraire de l’Etat islamique, le GISM ne s’en prend pas aux civils, sauf à des personnes soupçonnées de collaborer avec l’administration ou les renseignements. Il excelle dans le rapt des occidentaux et tente de contrôler les trafics de cigarettes, de drogues, d’armes et de produits divers dans le Sahel. « Si nous gagnons la lutte contre le grand banditisme, nous fragilisons le terrorisme », puisque « ce qui est dimensionnant dans les caractéristiques du terrorisme, c’est que le terrorisme travaille à la connexion avec différents phénomènes tels les trafics illicites, la criminalité », avait prévenu le Colonel Auguste Denise Barry.

Abdoul Razac Napon

 

                                                                                                                                                                         

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